La pandémie du Covid-19 aura eu bien des effets pervers. Mais pour Aleksandr Vlasov, elle aura eu au moins une vertu : avec le remodelage du calendrier l'an passé, il n'aura pas eu à attendre une année complète pour bénéficier de l'occasion d'effacer ce qui reste pour l'heure la plus grande déception de sa carrière. Le Tour d'Italie s'est tenu exceptionnellement au cœur de l'automne en 2020. Le Russe en avait fait son principal objectif. Très ambitieux, il avait dû quitter le peloton après seulement deux petites journées à cause de maux d'estomac qui le pliaient en deux, et pas de rire.
Ce fut une souffrance morale autant que physique de devoir renoncer avant même l'engagement de la grande bataille d'Italie, où Vlasov entendait frapper un grand coup. Si son nom ne résonne pas encore tout à fait aux oreilles du très grand public, dans le milieu, il ne fait plus guère de doutes que le grimpeur d'Astana a de quoi faire du grabuge ces prochaines années. Et si Bernal, Pogacar ou Evenepoel sont en train de faire exploser les codes de ce qu'est la jeunesse dans le cyclisme actuel, Vlasov est à 25 ans (il vient de les fêter en avril) un coureur en maturation puisqu'il n'est passé professionnel qu'à 22 ans, à l'âge où certains ramènent déjà le maillot jaune à Paris.
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J'ai l'impression d'avoir un travail à terminer sur le Tour d'Italie
Pour l'instant, ce serait plutôt le rose, son horizon. "J'adore cette course, et c'est mon rêve de faire le Giro, le faire vraiment, d'un bout à l'autre", a-t-il expliqué cette semaine. Il l'a d'ailleurs déjà gagné. Le Baby Giro, celui des Espoirs. C'était en 2018. Il avait alors succédé au palmarès à Pavel Sivakov. L'Italie, c'est son truc. Il y a beaucoup brillé, notamment l'an dernier : vainqueur du Tour d'Emilie, 5e de Tirreno-Adriatico, et 3e du Tour de Lombardie. D'où la désillusion de son abandon précoce sur le Giro. "Après avoir renoncé au bout de deux étapes, j'ai l'impression d'avoir un travail à terminer sur le Tour d'Italie", prévient-il. Ici, il n'est pas comme chez lui. Il est chez lui : il vit à Livigno, en Lombardie.
Né à Vyborg, véritable usine à cyclistes puisque c'est aussi là qu'on vu le jour Viacheslav Ekimov ou Evgueny Berzin, Aleksandr Vlasov est taillé pour les grands tours. Grimpeur redoutable, jamais aussi bon que sur les très longs cols, il a montré à de multiples reprises de quoi il était capable quand la route s'élevait.
A la reprise de la compétition à l'été 2020, il avait été le seul à pouvoir suivre Egan Bernal sur la Route d'Occitanie. Après ses malheurs du Giro, il s'était rabattu sur la Vuelta et avait terminé 2e au sommet de l'Angliru. Et personne n'a oublié sa victoire dans le Ventoux Dénivelé Challenge au mois d'août 2020. Lors de la double ascension du mont chauve, il avait maté Richie Porte et Guillaume Martin. Comme, en plus, l'animal ne se défend pas trop mal dans l'exercice du contre-la-montre (il l'a montré sur Paris-Nice, 16e sur le chrono de 14,4 kilomètres autour de Gien), il n'y a aucune raison pour qu'il ne joue pas un rôle d'envergure sur les plus grandes courses par étapes.

La plaine, ce danger

Tout son début de saison a été articulé pour atteindre son pic de forme au mois de mai. S'il n'a pas décroché la moindre victoire, ses podiums sur Paris-Nice en mars (2e du classement final) et le Tour des Alpes en avril (3e) l'ont conforté dans son statut de très, très gros outsider avant cette 104e édition du Giro. "Je me sens plutôt bien et je suis optimiste, je veux faire le maximum pour bien figurer au classement général", dit-il avec toutes les précautions d'usage. "On a vu à quel niveau il était lors du Tour des Alpes et je suis certain qu'il peut être un des grands favoris de ce Giro", juge de son côté Giuseppe Martinelli, le directeur sportif d'Astana.

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Il y a presque quelque chose d'incongru à installer Alexander Vlasov parmi les trois-quatre principaux candidats à la victoire finale. Après tout, on parle d'un coureur dont l'expérience sur les grands tours est minimaliste. Le Giro 2020 devait constituer son galop d'essai. Il a donc tourné plus que court. Certes, il a ensuite achevé la Vuelta à la 11e place, mais son vécu demeure faible. Chez Astana, on le sait, sur trois semaines, il y a beaucoup de pièges à déjouer. Ce que redoute Vlasov, ce n'est pas le Zoncolan ou les Dolomites, mais plutôt les étapes de plaine. "Je vais essayer d'éviter les pièges et de ne pas prendre de risques", avance le Russe.
Astana l'a plutôt bien entouré, avec les vieux briscards Luis Leon Sanchez et Gorka Izagirre, ou encore Fabio Felline et Samuele Battistella. "L'équipe aura les moyens de le soutenir", promet Martinelli. Une chose est sûre : s'il est bien placé au général à l'entame de la dernière semaine, dont le menu est, comme souvent sur le Giro, assez ébouriffant, alors il sera temps pour la concurrence de s'alarmer. Là, sur son terrain, Aleksandr Vlasov pourrait bien mettre tout le monde d'accord.

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