Il a fallu attendre le 2 824e kilomètre d'un Giro qui en compte près de 3 420 pour voir Egan Bernal flancher. Pas dans les grandes largeurs mais suffisamment pour que le doute s'installe. Parce que l'histoire du Tour d'Italie est faite de grands chambardements et que ce qu'ont conjointement montré le Colombien et Simon Yates, chacun dans un style différent, incite à un peu plus de retenue que ce qu'avait dégagé jusqu'ici le maillot rose. Non Egan Bernal n'est pas invincible et à vrai dire il est désormais dans la position du défenseur, plus tout à fait dans celle du conquérant.
"C'était une journée compliquée pour moi, c'est sûr, a-t-il reconnu à sa descente du podium. Les derniers kilomètres étaient vraiment très pentus. J'ai essayé de suivre Dani (Martinez, son coéquipier), de suivre Yates mais je n'ai pas pu. Il a fait une montée impressionnante, c'était peut-être une erreur d'essayer de le suivre immédiatement." Chacun a vu ce que Bernal commente. L'affaire s'est jouée en deux temps : d'abord l'accélération de Yates, à laquelle Bernal n'a pu répondre et ensuite une image peu banale, celle de voir un maillot rose lâché par son équipier qui a dû l'attendre. Daniel Felipe Martinez, qui pourrait très bien terminer dans le Top 5 de ce Giro tout en ayant joué l'équipier, s'est même permis d'haranguer son compatriote. Preuve que ce dernier n'était pas au mieux.
Tour d’Italie
Classement général : Bernal coince mais garde la main, Yates retrouve le podium, Bardet 6e
26/05/2021 À 15:47

"Inquiet ? Non, je suis heureux !"

Certes, comptablement la journée d'Egan Bernal n'est pas mauvaise. Elle n'est même pas loin d'être bonne. Il l'a démarrée avec 2'24'' d'avance sur le deuxième, il l'achève avec un matelas de 2'21''. On reconnaîtra qu'il y a pire comme débours et Damiano Caruso regrettera peut-être de ne pas avoir osé l'attaquer. Le troisième était à 3'40'' et s'appelait Hugh Carthy, il est désormais à 3'23'', toujours britannique mais se nomme Simon Yates. "Inquiet ? Non ! Je suis heureux, rétorque Bernal. Je n'ai pas perdu trop de temps sur cette étape qui était plutôt bonne pour Simon Yates. J'ai perdu quelques secondes sur Damiano Caruso. Sur une mauvaise journée, j'ai bien limité."

Et Bernal s'est écarté : le moment où il a été lâché par Yates... et son équipier

Notre consultant, Jacky Durand ne dit finalement pas autre chose : "Aujourd'hui, c'était une journée sans pour le maillot rose. Mais finalement, il a pris du temps à presque tous les coureurs qui étaient derrière lui au classement général donc, d'une certaine manière, il sauve la face parce qu'il était menacé par des coureurs comme Vlasov et Carthy qui ont perdu encore plus de temps." Reste l'impression générale et le doute qui est désormais permis. Ce qui est déjà beaucoup.
Est-ce juste un jour sans pour Bernal ou est-ce qu'il commence à être sur la jante ?
Simon Yates sait, pour avoir été dans la position de Bernal en 2018 (leader au matin de la 18e étape) avant d'achever le Giro à 1h15 du vainqueur Chris Froome, que le grand tour italien permet tous les fantasmes en troisième semaine. Il ne lâchera pas le maillot rose, qui a peut-être simplement connu une journée compliquée au lendemain d'une journée de repos et après être passé en 48 heures d'un froid glacial à une température plus clémente. Mais dans ses mots, Bernal a déjà changé. "Je vais essayer d'arriver à Milan (sur le contre-la-montre) avec cette avance et ça devrait bien se passer". Limiter la casse donc, pas augmenter son avance.
Sean Kelly, consultant pour Eurosport et GCN, croit possible un retournement de situation : "Vous pouvez énormément souffrir dans les derniers jours et quand vous commencez à craquer, ça peut être très inquiétant. C’est toujours une question que les autres équipes se posent : où peuvent-elles vraiment vous mettre sous pression ? Est-ce juste un jour sans pour Bernal ou est-ce qu'il commence à être sur la jante ? [...] Si vous commencez trop bien dans une course, il est toujours difficile de savoir si vous pouvez tenir pendant trois semaines." Bernal a encore deux étapes de montagne à aborder et un chrono de tous les dangers. Peu et beaucoup à la fois. Beaucoup si vos jambes ne répondent plus aussi bien.
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