Au départ de Turin, ils devaient être peu nombreux ceux qui osaient imaginer, ne serait-ce qu’une seule seconde, que Damiano Caruso pouvait espérer accrocher le podium final à Milan. L’Italien a beau être un solide coureur par étapes, il ne venait pas sur ce Giro en tant que leader, mais en qualité de lieutenant de luxe de Mikel Landa. "Bien sûr, cela aurait été différent si Mikel Landa avait été là, avouait-il lors de la journée de repos. Pour être honnête, je ne sais pas si je serais meilleur que lui s'il était là". Même après la chute du Basque, la meilleure carte de la formation Bahrain-Victorious semblait être Pello Bilbao, 5e l’an passé.

Toujours derrière mais jamais loin

Un top 5 que Caruso n’avait jamais atteint dans sa carrière sur un Grand Tour. "Mais j'ai déjà montré que je pouvais courir pour un classement général", rappelait-il à juste titre. Après tout, il comptabilise une 10e place sur le Tour 2020, une 9e sur la Vuelta 2014 et une 8e sur le Giro 2015. Mais il avait toujours fini loin du leader, à plus de 10 minutes. Mais Caruso 2021 n’a rien à voir avec celui des années passées. L’Italien ne paie pas de mine, on en parle rarement mais il est là, souvent en deuxième rideau ou pas loin derrière les cadors. Toujours régulier, il limite la casse à chaque arrivée au sommet, avec un débours minimum de 11’’ à Sestola et un maximum de 39’’ perdues à l’occasion du Monte Zoncolan.
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Damiano Caruso (Bahrain-Victorious) dans le Passo Giau, lors de la 16e étape du Giro 2021

Crédit: Getty Images

Jusqu’à Sega di Ala, le leader de la Bahrain-Victorious a donc toujours perdu du temps sur Bernal en montagne, mais son niveau est fiable, constant, contrairement par exemple à Simon Yates, l’autre adversaire majeur du maillot rose. Une tactique payante jusqu’ici puisque cela lui permet d’occuper la 2e place du général après deux semaines de course. Un résultat inespéré au départ qui n’étonne pourtant pas totalement l’intéressé. "Ce n'est pas une surprise totale que je sois ici, assurait-il lors de la journée de repos. Je ne sais pas si mes adversaires sont impressionnés. Je fais juste ce que j'ai fait l'année dernière et j'essaie maintenant de le faire encore mieux". Et le voilà en position de jouer un podium en Grand Tour pour la première fois de sa carrière.
Dans la tête de Caruso, ça doit commencer à le titiller
"Caruso, on a compris sa tactique : il veut faire 2e du Giro, expliquait notre consultant Jacky Durand dans les Rois de la Pédale. On l’a vu se retourner régulièrement, pour voir où était Carthy, où était Vlasov, qui étaient lâchés… Son objectif, c’est de faire deuxième". Un objectif dont Damiano Caruso ne se cachait pas vraiment, lors de la journée de repos. "Je veux monter sur le podium", clamait-il. Mais la montée de Sega di Ala ce mercredi aura peut-être grandement chamboulé les ambitions de l’Italien. Avec 3’42’’ d’avance sur le quatrième, le Russe d’Astana-Premier Tech Aleksandr Vlasov, l’Italien est désormais assuré de finir sur le podium, sauf grosse défaillance. D’autant que ses qualités en chrono sont sensiblement supérieures à celles de ses adversaires directs. Et le jour sans de Bernal doit lui donner des idées.

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Avec 2’21’’ de retard sur le maillot rose à quatre jours de Milan et encore deux étapes de montagne – dont l’étape-reine de samedi – ainsi qu’un chrono de 30km le dernier jour, il y a le temps encore pour renverser la course. Le Giro n’est pas avare en maillots roses qui s’écroulent la dernière semaine, quelle qu’en soit la raison. Demandez donc à Simon Yates et ses 2 minutes d’avance sur son dauphin après 15 étapes en 2018… "Aujourd’hui, il était peut-être plus fort que Bernal, analyse Durand. Dans la tête de Caruso, ça doit commencer à le titiller". Caruso sera à l'affût, prêt à saisir l’opportunité. Reste à s’en donner les moyens et c’est justement à ce niveau là que le bât blesse pour l’Italien de 33 ans.
C’est l’opportunité de sa vie
"Il n’a jamais été en position de gagner un Grand Tour", explique notre consultant mayennais. Jouer placé et jouer gagnant n’est pas vraiment la même chose, surtout en dernière semaine. Verra-t-on Caruso tenter de forcer son destin, lui qui n’a plus été offensif depuis sa tentative à plus de 120km de l’arrivée vers Campo Felice ? Verra-t-on la Bahrain-Victorious tenter un coup de force vers l’Alpe Motta ? C’est assez peu probable, d’autant qu’elle est décimée par les chutes (ils ne sont plus que cinq). Mais, si l’opportunité se présente, Damiano Caruso ne la laissera pas passer. "C’est l’opportunité de sa vie et on ne sait jamais, il reste encore de la montagne, prévient Durand. Si Bernal craque…". Alors celui qu’on n’attendait pas pourrait nous offrir une des plus grandes surprises de ces dernières années.

Damiano Caruso dans la roue de son équipier Pello Bilbao (Bahrain-Victorious) dans la montée de Sega di Ala, sur la 17e étape du Giro 2021

Crédit: Getty Images

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