Des larmes du Grand Colombier à celles de Campo Felice, six mois auront passé. Six mois durant lesquels Egan Bernal aura alterné inquiétude, confiance, espérance, doute et bien d’autres sentiments aussi contradictoires les uns que les autres. Six mois pendant lesquels le Colombien de la formation INEOS Grenadiers a cherché à soigner un dos douloureux qui ne semble aujourd'hui plus qu'un mauvais souvenir.
A Campo Felice, sur le final non asphalté de la 9e étape du Tour d'Italie, le vainqueur du Tour de France 2019 s'est de nouveau envolé, comme il l'avait fait dans le Galibier puis dans l'Iseran il y a deux ans. Bien sûr, les écarts sont tout autres mais le plus important est ailleurs : Egan Bernal a retrouvé confiance en son corps et le voici leader sur son premier Tour d’Italie.
Tour d’Italie
Le sacre de Bernal, c'est aussi celui du collectif INEOS
30/05/2021 À 20:00

Comme une fusée : Bernal a mis le turbo pour enlever sa première étape sur un grand tour

Cette victoire, elle est plus pour mes équipiers que pour moi
"J'ai même du mal à y croire..., avouait-il. Mais c'est bien arrivé". Surpuissant dans le dernier kilomètre en sterrato, sans doute mis en confiance par sa belle 3e place sur les Strade Bianche en mars mais aussi par son passé en VTT, le Colombien en a surtout profité pour décrocher sa première victoire sur un Grand Tour.
Oui, il était passé en tête au sommet de l'Iseran, là où avait été pris les temps sur la 19e étape du Tour 2019, mais la victoire n'avait, elle, pas été attribuée. Cette fois, pas de piège pour le grimpeur d’INEOS Grenadiers. "Cette fois, ça y est, j'ai remporté ma première victoire sur un Grand Tour, racontait-il. Je suis très fier et très heureux". Il y a de quoi, d'autant que lui et sa formation sont allés la chercher dans le final, en assumant leurs responsabilités dans la dernière montée.

Egan Bernal s'envole vers la victoire, dimanche lors de la 9e étape du Giro, poursuivi par Giulio Ciccone et Aleksandr Vlasov

Crédit: Getty Images

"J'ai beaucoup pensé à l'étape et au maillot rose aujourd'hui mais je n'étais pas sûr de pouvoir me battre pour ça, avouait-il après sa victoire. Ça ne s'est pas joué à grand-chose (l'échappée a été reprise à 500m de l'arrivée). Ça a pu se passer grâce au gros travail de mes équipiers, ils m'ont dit : ' Tu peux le faire ! On va prendre les responsabilités de la course pour toi et tu sais ce qu’il va se passer après.' Je pense que cette victoire, elle est plus pour eux que pour moi, pour avoir cru en moi".
Il faut dire qu'Egan Bernal leur rend parfaitement cette confiance. Depuis le départ du Giro, le Colombien court à la perfection, attaquant dès que la pente s’élève et se montrant le plus fort dans chaque ascension. Dans le final en sterrato, il ne s'est pas posé de question lorsque Vlasov a lancé les hostilités pour le contrer et finir en trombe. "Pendant quatre minutes, j'ai tout donné, j'étais à fond", racontait-il. A l'arrivée, les écarts ne sont pas très importants (12" entre les 14 premiers) mais cela suffit à Bernal pour taper une première fois du poing sur la table. Une victoire morale encore plus importante que celle sur la route.

Bernal : "J'ai fait tant de sacrifices pour me retrouver dans cette position après le Tour 2020"

C'est à nouveau le Bernal du Tour 2019
Au-delà de mettre un coup derrière la tête de ses adversaires, qui savent désormais que Bernal leur est supérieur actuellement, le leader d’INEOS Grenadiers s’est surtout rassuré sur lui-même. Se relever de sa douleur au dos et de son échec au Tour 2020 n’était pas chose aisée et encore fallait-il se convaincre que c’était possible. Que les efforts en valaient la peine et qu’il serait récompensé.
Mais il n’a rien lâché et le voici en rose, avec un succès sur le Giro. "J'ai du mal à croire que je porte le maillot rose..., a-t-il avoué, avant de fondre en larmes, submergé par l'émotion. La vérité, c'est qu'il s'est passé beaucoup de choses ces derniers mois, j'ai fait énormément de sacrifices. Et je crois que cette victoire et porter le maillot rose, dans la même journée, ça valait toute la peine que je me suis donnée pour revenir".
Même son de cloche du côté d'un autre ancien vainqueur du Tour et désormais consultant pour Eurosport UK, Bradley Wiggins. "Imaginez ce que vous traversez avec une blessure pareille..., explique-il. Tous ces doutes, ces questionnements, cette incertitude sur votre capacité à revenir au niveau auquel vous étiez avant… Mais Bernal y est revenu. C'est à nouveau le Bernal qui avait gagné le Tour en 2019. Une performance comme celle-ci était primordiale pour sa confiance comme pour l'équipe et ça va lui faire un bien fou".
Ne reste plus qu'à confirmer cette forme étincelante en haute montagne après dix jours de course. Après tout, c'est là que cela avait coincé en septembre dernier. Mais pour l'heure, tous les signaux sont au vert pour Egan Bernal. Enfin, au rose.
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