Lorsque EOLO-Kometa a été annoncé dans les équipes invitées pour le Tour d’Italie 2021, à la place notamment d’Androni-Giocatolli, le choix a fait grincer des dents. Il faut dire que sportivement, l’équipe d’Alberto Contador et d’Ivan Basso, tous deux à l'initiative de ce projet, avait pâle allure face à l’une des formations italiennes historiques du Continental Pro. Depuis sa création en 2018 sous le nom de Polartec-Kometa, elle n’a remporté en tout et pour tout que huit succès professionnels, tous acquis en 2018 par Matteo Moschetti, désormais à la Trek-Segafredo. Et le plus beau d’entre eux était la 2e étape du Tour du Burgos, une épreuve HC. Rien de comparable donc avec l’immense palmarès donc d’Androni et ses 14 succès sur le Giro sans oublier une 3e place au général avec José Rujano en 2005. Mais EOLO-Kometa a su saisir sa chance, à l’image de Lorenzo Fortunato.

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Un recrutement intelligent, à l’image de Fortunato

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Depuis le départ, l’objectif de l’équipe de Contador et Basso était simple : animer les échappées et tenter de glaner un succès d’étapes. A la vue de l’effectif aligné sur ce Tour d’Italie, le deuxième dépendait clairement du premier. Rien d’étonnant considérant les moyens de l'équipe transalpine, qui vise à terme le World Tour et le recrutement de grands coureurs mais elle n’en est pas encore là. EOLO-Kometa a toutefois misé sur un recrutement à deux vitesses, entre coureurs expérimentés et jeunes prometteurs, avec quelques paris à tenter pour une formation de ce niveau. Et ça fonctionne sur ce Giro, avec une 2e place pour Gavazzi à Guardia Sanframondi (8e étape) au terme d’une échappée mais aussi des tops 10 au sprint pour Belletti (5e étape) et Albanese (10e étape), ce dernier ayant en plus porté le maillot bleu de meilleur grimpeur en début d'épreuve. Sans trouver l’ouverture, jusqu’à ce samedi. Et, comme un symbole, la réussite de la formation italienne est venue d’un de ses coureurs les plus sous-estimés.

Vincenzo Albanese, porteur du maillot bleu de meilleur grimpeur, mène l'échappée lors de la 3e étape du Giro 2021

Crédit: Getty Images

Moins expérimenté qu’un Gavazzi ou un Belletti, moins prometteur chez les jeunes qu’Albanese ou Dina, Lorenzo Fortunato est une des vraies réussites du recrutement d’Ivan Basso et d’Alberto Contador. Passé par la Bardiani puis au sein de la Neri Sottoli devenu Vini Zabu, l’Italien de 25 ans n’avait jamais vraiment percé malgré quelques prémices de promesses égarées par-ci par-là, à l’image de sa 8e place sur le Tour de Langkawi 2020. Mais l’Italien montre de belles aptitudes de grimpeur depuis le début de la saison et sa 7e place au sommet de l’Alto de Naranco sur le Tour des Asturies (13e du général) laissait entrevoir des qualités susceptibles de le voir briller en montagne sur le Tour d’Italie, en échappée en tout cas. Et son début de Giro confirmait cette impression. On n’est pas 28e du général d’un Grand Tour après 13 jours de course sans savoir grimper. Et ça s’est vu dans le Zoncolan.

Grandir étape par étape, oui, mais vite

Fortunato ne s’est pas affolé lorsque Tratnik est sorti en facteur, laissant dans un premier temps Bennett et Mollema assumer leurs statuts de favoris avant de le contrer lorsqu’il a compris qu’ils n’étaient tout simplement pas au niveau. L’Italien est alors revenu tranquillement sur le Slovène de la Bahrain-Victorious, sans se mettre dans la rouge. Pareil au moment de le décrocher dans les plus forts pourcentages. Une victoire de grimpeur à laquelle lui-même ne croyait pas mais qui récompense une stratégie bien pensée de l’EOLO Kometa. Si les résultats n’ont pas toujours suivi, l’équipe ne cesse de grandir et de s’affirmer au sein du peloton professionnel. Mais voit déjà plus loin.

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"On espère trouver un autre sponsor pour ajouter et recruter des coureurs de qualité, déclarait Contador sur Eurosport pendant le Tour de Catalogne. Ce sera sûrement possible l'année prochaine, et on pense même à la possibilité, pourquoi pas, de faire le saut dans la catégorie WorldTour". L’ambition de World Tour d’Alberto Contador parait certes encore lointaine, alors qu’EOLO-Kometa ne vit que sa première saison en Continental Pro mais l’équipe italienne a le mérite de faire les choses dans l’ordre. Même si elle a tendance à franchir les paliers bien plus vite que la moyenne.
Gagner au sommet d’un mythe du cyclisme comme le Monte Zoncolan est une marche importante, au même titre qu’un premier succès sur un Grand Tour. Et l’histoire, toujours aussi fan de ces clins d’œil là, retiendra sans doute que c’est sur les pentes du géant du Frioul, là où Basso avait commencé à construire son succès sur le Giro 2010, qu'EOLO-Kometa a véritablement lancé son histoire avec le cyclisme professionnel. Quitte à ne pas faire les choses à moitié…
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