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"C'est bien qu'il soit là"

"C'est bien qu'Alberto soit là"
Par Eurosport

Le 28/06/2011 à 10:08Mis à jour Le 28/06/2011 à 15:35

Si Contador n'avait pas pris le départ du Tour, les frères Schleck auraient fait office de grands favoris de cette 98e édition. Mais Andy et Frank se réjouissent de la présence de l'Espagnol, qu'ils espèrent bien battre à la loyale. Entre sérieux et décontraction, ils se sont confiés à Eurosport.

Comment vous situez-vous avant le début de ce Tour de France?

Frank SCHLECK : Je suis bien. Je suis au poids que je voulais atteindre, ma forme est bonne. Je suis tout à fait dans les temps. Il ne faut pas oublier que c'est la troisième semaine du Tour qui sera décisive.

Andy SCHLECK : Pareil. J'ai fait un Tour de Californie très dur, après je suis allé tout de suite dans les Alpes avec mon frangin, Jakob (Fuglsang), Maxime (Monfort) et Linus (Gerdemann), pour reconnaitre les étapes des Alpes. Après, j'étais un peu fatigué après ce stage et avec le décalage horaire. C'est pour cette raison que j'ai décidé de ne pas disputer le Tour du Luxembourg avant le Tour de Suisse. Je n'ai aucun souci. Je suis là où je voulais être avant le Tour. J'ai l'habitude d'être un peu moins bien au Tour de Suisse et d'être fort au Tour de France.

La nouveauté pour vous, cette année, c'est que vous disputez le Tour avec une nouvelle équipe, Leopard-Trek. Elle a beaucoup fait parler d'elle, notamment avec ce sponsor inhabituel. Avez-vous ressenti des jalousies, y a-t-il eu des critiques qui vous ont touché?

F.S. : Des critiques, on en reçoit tout le temps. On peut toujours faire mieux ou autrement. Alors, il y a des critiques, que ce soit dans des nouvelles structures ou dans de vieilles équipes. Mais ce n'est pas forcément négatif. Il y a aussi de la jalousie, mais on essaie de jouer avec ça.

L'équipe Leopard-Trek a vécu un drame avec la mort de Wouter Weylandt sur les routes du Giro. Comment avez-vous traversé cette période?

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Y a-t-il une réelle alchimie au sein de l'équipe, entre les anciens de la Saxo Bank et ceux qui sont venus se greffer, comme Maxime Monfort, par exemple?

A.S. : Oui, on avait tout à fait confiance en Kim Andersen. C'est lui qui a choisi les coureurs pour composer l'effectif. De notre côté, on voulait absolument avoir Jens, Stuart ou Fabian, évidemment. Mais un gars comme Maxime Monfort, c'est un super coureur, 100% loyal. On a besoin de mecs comme ça dans l'équipe.

Votre principal adversaire, Alberto Contador, évolue maintenant chez Saxo Bank, votre ancienne équipe, avec votre ancien manager, Bjarne Riis. Qui peut tirer avantage de cette situation? Riis, parce qu'il vous connait par cœur, ou vous, parce que vous connaissez ses stratégies et sa façon de diriger une équipe?

F.S. : Les deux ! Il nous connait bien et on le connait aussi très bien. C'est vice-versa. Cela dit, je pense que pour n'importe quel directeur sportif, notre façon de courir n'est pas un secret. On ne peut pas attendre le dernier chrono pour gagner ce Tour de France. Pour nous, ça se jouera dans la montagne. Il n'y aura pas de surprise.

A.S. : Je suis d'accord. Tout le monde se connait de toute façon. Aujourd'hui on travaille avec Kim comme avec Bjarne avant. Je pense que Bjarne nous respecte, il sait que tous les deux, nous sommes dangereux dans la montagne.

Andy, avez-vous été particulièrement impressionné par la performance de Contador sur le Giro?

A.S. : Je n'ai pas suivi beaucoup d'étapes parce que j'étais aux Etats-Unis. Mais sur ce que j'ai vu, je l'ai trouvé impressionnant, mais pas plus que les années précédentes. Il a attaqué à 5 kilomètres de l'arrivée, il a fini avec 50 secondes d'avance. On a déjà vu ça avant avec lui. Je pense que si je suis au sommet de ma forme, je peux le suivre en montagne et même être mieux que lui en montagne. On peut le battre. Puis je pense que le niveau général du Tour est plus élevé que celui du Giro. On verra.

Comment avez-vous vécu l'affaire Contador et cette incertitude sur sa présence au départ du Tour?

A.S. : Franchement, ça ne m'a pas du tout perturbé. Je n'ai jamais pensé à ça. Je fais mon chemin, je suis concentré à 100% sur le Tour. Je ne pense pas aux autres. Maintenant, Alberto sera là finalement et je suis content. C'est bien qu'il soit là.

La haute montagne n'arrivera qu'au bout de 12 jours de course. Y a-t-il néanmoins des étapes que vous redoutez avant les Pyrénées?

F.S. : Le départ, déjà, en Vendée et en Bretagne. Il y a des pièges partout. Des arrivées en côte, le risque de bordure en Bretagne. Tous les coureurs redoutent ça.

A.S. : Super-Besse, aussi.

F.S. : Oui, Super-Besse. Il n'y aura pas de grandes différences, mais quelques petits écarts. Il faudra faire très attention, parce que ce serait dommage qu'Andy perde le Tour de France pour 39 secondes, non?

A.S. : Oui, ou toi ! (rires)

Si tout se passe normalement, c'est donc dans les Pyrénées que la grande bagarre débutera vraiment. Quel sera le rendez-vous déterminant? Luz-Ardiden? Ou le Plateau de Beille, où le vainqueur de l'étape a toujours remporté le Tour derrière?

F.S. : Ah bon? Je ne savais pas. On a intérêt à gagner là-bas alors ! On n'a pas le choix ! Sérieusement, le Plateau de Beille, si je me souviens bien, c'est très difficile, le début surtout. Après, ça va un peu mieux. Les Pyrénées vont être difficiles de toute façon, comme les Alpes.

Vous avez reconnu les étapes alpestres. Il faudra notamment franchir le Galibier deux fois, dans les deux sens. Y a-t-il un côté que vous redoutez davantage ou que vous préférez?

A.S. : Je préfère le versant où il y aura l'arrivée au sommet. C'est la plus belle pour moi, parce que le Galibier, c'est quelque chose mythique. J'adore quand on est presque en haut. Il y a le tunnel et on continue de monter après sur la petite route. C'est l'étape la plus dure pour moi.

La plus dure du Tour 2011?

A.S. : Oui, parce qu'l faut monter le col d'Agnel, puis l'Izoard, puis le Lautaret et la fin du Galibier. Pfff... C'est costaud. On monte trois fois à plus de 2000 mètres et on finit, je crois, à 2725 mètres.

F.S. : 2725? Vous avez vu, il a fait des études, hein?

A.S. Mais non, j'ai vu le panneau en haut.

Il y aura aussi l'Alpe-d'Huez. Vous avez gagné là-bas en 2006, devant Cunego, Frank, mais vous y avez aussi perdu le maillot jaune en 2008…

F.S. : Gagner à l'Alpe-d'Huez, c'est un mythe. Il y a une telle histoire derrière. C'est vrai qu'en 2008, l'équipe Saxo Bank a gagné le Tour de France là-bas, mais on ne voit pas souvent le maillot jaune attaqué par un de ses coéquipiers (NDLR: Carlos Sastre était parti devant, les Schleck restant derrière. L'Espagnol avait pris le maillot au profit de Frank Schleck et remporté le Tour). On peut en discuter. C'est comme ça, on n'y changera rien. Aujourd'hui, si la situation se présente à nouveau, j'irai jouer la victoire dans le Tour. Je penserai à moi. C'est sûr, avec le recul, j'aurais aimé voir quelqu'un d'autre que Carlos au sommet du podium…

A.S. : Ton frère? Ah non, moi, j'étais trop loin cette année là après Hautacam. (ils rient tous les deux)

L'Alpe, c'est aussi une étape très courte (109 km), avec le Télégraphe et le Galibier avant l'Alpe d'Huez. Comment voyez-vous les choses?

A.S. : Je pense que pour le général, il ne se passera rien avant l'Alpe-d'Huez. Partir dans le Télégraphe, avec le Galibier derrière et une descente de 80 km en haut du Galibier, peut-être avec le vent défavorable, c'est risqué. Il y aura une échappée devant, mais les favoris attendront la dernière montée à mon avis. Je ne vois pas quelqu'un attaquer de loin pour le général.

F.S. : De toute façon, on peut écrire 100 scenarios différents, et c'est encore un autre qui va se produire, alors…

Vous aimeriez un scenario comme celui du Grand-Bornand, en 2009, quand vous étiez tous les deux devant avec Alberto Contador?

A.S. : Non, on espère qu'il sera derrière cette fois !

A la sortie des Alpes, Grenoble accueillera l'unique chrono du Tour 2011. Peut-il vous convenir davantage que celui de Pauillac l'an dernier, Andy?

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Le même chrono était au programme du Dauphiné. Aucun regret de ne pas avoir disputé le Critérium plutôt que le Tour de Suisse?

F.S. : Personnellement, parce que je n'ai jamais fait le Dauphiné, j'ai toujours préféré le Tour de Suisse. J'aime bien ce pays, et je suis toujours bien sorti du Tour de Suisse. Pourquoi changer un plan qui marche bien?

Le Tour, ça reste l'épreuve qui vous fait rêver plus que toutes les autres?

F.S. : Oui, le Tour, c'est la première course dont j'ai entendu parler quand j'étais gamin. On le suivait tous les étés à la télé, en famille. C'est une grande histoire, un mythe. Pouvoir simplement y participer, c'était un rêve.

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