Si on avait dit à Thomas Voeckler, il y a trois semaines, qu'il terminerait devant Alberto Contador au classement final à Paris, il ne l'aurait probablement pas cru. Contador non plus. Que ceci ait pu se produire permet de mesurer l'importance de l'exploit accompli par le Français mais aussi l'ampleur de la désillusion de l'Espagnol. Vainqueur des six derniers grands tours auxquels il avait pris part avant cette Grande Boucle 2011, le champion de Pinto a dû se contenter cette fois de la 5e place. Une expérience nouvelle pour lui. Pas forcément agréable. Du coup, il s'est juré de ne plus revivre ça.
Alberto Contador n'est pas du genre à tergiverser. Alors, lorsqu'il connait un échec, et ce Tour en est un, il en tire aussitôt les leçons. Pendant trois semaines, il n'a presque jamais eu l'impression d'être lui-même. Ce fameux "coup de pédale", si tranchant habituellement, le Madrilène n'a pas pu l'exploiter. Il croit en connaitre la cause: le Tour d'Italie. Sa défaite française de l'été prend directement sa source dans son triomphe italien du printemps. Ayant déjà remporté chacun des trois grands tours, il peut se permettre de faire des choix. C'est décidé, en 2012, ce sera tout pour le Tour. "J'axerai ma saison exclusivement sur cette course, qui est la plus importante, et je ne disputerai pas le Giro", a-t-il promis, avant d'aller beaucoup plus loin en assénant: "Je n'irai plus jamais au Giro."
"Je pars avec un goût agréable"
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Evans avait tout prévu
23/07/2011 À 23:30
Il ne faut jamais dire jamais et Contador n'a encore que 28 ans. D'ici deux ou trois ans, il a le temps de changer d'avis. Mais pour le futur proche, il ne plaisante sans doute pas. "Je veux revenir pour gagner, pas pour faire de la figuration", assure le triple vainqueur de l'épreuve. "Ça a été difficile pour lui d'avoir ce sentiment d'impuissance certains jours", explique Bradley McGee, directeur sportif de l'équipe Saxo Bank. Ce fut effectivement un drôle de Tour. Accueilli par des sifflets lors de la présentation des équipes au Puy-du-Fou, pris dans une chute qui lui a coûté plus d'une minute dès la première étape, victime d'une autre chute quelques jours plus tard, il a trainé sa misère pendant deux semaines avec un genou à moitié en vrac. "J'ai mal entamé ce Tour, admet-il. Après, il y a eu des bons et des mauvais jours, mais je n'ai jamais senti que je serais en mesure de l'emporter."
Sa fierté, c'est de ne pas avoir baissé les bras. Il a affiché un orgueil de champion lors de la dernière semaine, notamment en attaquant dans le Télégraphe vendredi. Une audace qui lui a peut-être coûté la victoire, quelques heures plus tard, à l'Alpe d'Huez. Mais il ne regrette rien. Le dernier tiers de la course, où il s'est senti plus fort, lui permet de partir sur une impression positive. On ne termine pas troisième d'un chrono du Tour la veille de l'arrivée sans être costaud. "Les derniers jours, je me sentais mieux, confirme-t-il. Je n'ai pas gagné d'étape mais je termine le Tour avec de bonnes sensations. Je pars avec un goût agréable." De toute façon, à partir du moment où il n'est pas au sommet de la hiérarchie, peu lui importait de finir 2e, 5e ou 44e.

2011 Tour de France Etape 20 Alberto Contador

Crédit: AFP

Voilà pourquoi il n'était pas chiffonné de ne pas avoir accroché le podium à l'issue du contre-la-montre samedi. "Je n'ai pas réussi à monter sur la troisième marche, mais de toute façon j'étais venu pour gagner, rappelle-t-il. Le reste ne comptait pas." Dans un an, il entend bien revenir avec la même intention, mais pas avec la même préparation. "J'ai fait une très belle saison et je garderai un grand souvenir de ma victoire au Giro", admet Contador. "Mais, ajoute-t-il aussitôt, il n'y a rien de plus important que le Tour." On remarquera que, dans sa bouche, et manifestement dans sa tête, il n'envisage pas une seconde l'hypothèse d'une suspension. Pourtant, cette perspective plane de façon très concrète au-dessus de lui. Début août, l'Espagnol sera entendu par le Tribunal arbitral du sport. Il devrait ensuite être rapidement fixé. Si les choses se passent mal pour lui, il pourrait ne pas avoir à choisir entre le Giro et le Tour. Mais Contador n'envisage jamais le pire.
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