1985 : Le coup de gueule de LeMond

La première apparition de Luz-Ardiden sur le Tour coïncide aussi avec la dernière victoire française. La 5e de Bernard Hinault. Le Blaireau souffre sur cette fin de Tour. Depuis sa chute à Saint-Etienne, qui l'a laissé avec une fracture du nez et des difficultés pour respirer, le Breton fait ce qu'il peut. A cinq jours de l'arrivée à Paris, Hinault en bave dans le Tourmalet puis, dans la montée sous le brouillard vers Luz-Ardiden, il doit laisser filer son coéquipier et dauphin au classement général, Greg LeMond. Le jeune Américain lui reprendra un peu plus d'une minute au sommet. Il en comptait trois de retard au départ de cette 16e étape.
Mais l'Américain est furieux. Il estime qu'on lui a tenu la bride, et qu'il aurait pu gagner ce Tour, "promis" à Hinault par le patron de La Vie Claire, Bernard Tapie. "Je maudis Koechli (Paul Koechli, son directeur sportif, NDLR). Il m'a fait perdre le Tour le jour où je pouvais le gagner", peste LeMond sur CBS. Hinault n'apprécie ni son attitude ni ses déclarations le soir, l'explication est corsée : "On n'attaque pas le maillot jaune quand il est dans sa propre équipe", tonne Hinault. Devant, la victoire revient à Pedro Delgado, qui résiste pour 25 secondes au retour furieux de Lucho Herrera. C'est la première victoire de "Perico" sur le Tour, et le début d'une grande histoire d'amour entre les Espagnols et Luz-Ardiden.
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1987 : Historique Lauritzen

Une des rares fois où Luz-Ardiden n'a pas été précédé par l'ascension du Tourmalet. Cette fois, c'est un autre géant des Pyrénées, le majestueux Aubisque, qui sert de marchepied à la montée sur les hauteurs de Luz-Saint-Sauveur. De ce Tour 1987, magnifique et palpitant, l'étape de Luz-Ardiden ne constitue pas vraiment un des temps forts.
Mais cela n'en reste pas moins une journée historique avec la toute première victoire d'un coureur norvégien sur le Tour : Dag-Otto Lauritzen, coéquipier d'Andy Hampsten chez 7-Eleven, s'impose en résistant au retour de la fusée Lucho Herrera. Le Colombien, comme souvent, était le plus fort dans la dernière ascension, mais là aussi comme souvent, il lui a manqué d'avoir le bon timing. Charly Mottet, lui, connait un bon petit coup de buis et cède plus de trois minutes, même s'il conserve son maillot jaune. Mais il comprend ce jour-là à Luz-Ardiden qu'il ne gagnera sans doute pas le Tour.

1988 : Cubino devant... Duclos

Un menu monstrueux, comme on n'en concoctera sans doute plus, sous peine d'être taxé de fou furieux. Jugez plutôt : Portet d'Aspet, Menté, Peyresourde, Aspin, Tourmalet et, enfin, Luz-Ardiden, théâtre d'une arrivée pour la troisième fois en quatre ans. Ce tracé dantesque est fatal à trois personnages ayant marqué les précédentes éditions : Urs Zimmermann, Jean-François Bernard et Charly Mottet abandonnent en cours d'étape.
Ce Tour 1988 est d'un rare ennui. Calé entre une édition passionnante (1987) et une autre de légende (1989), il reste surtout dans l'histoire pour "L'affaire Delgado", avec le vrai-faux contrôle positif du "mayo yaune" de Ségovie. Perico est intouchable. Trois ans après sa victoire à Luz-Ardiden, il se contente d'asseoir sa supériorité en attaquant ses adversaires à deux kilomètres de l'arrivée. Six minutes devant, son compatriote Laudelino Cubino s'impose en solitaire. La plus belle victoire de sa carrière. Cubino devance... Gilbert Duclos-Lassalle. Duclos, l'anti-grimpeur, signe à sa manière un exploit, même s'il ne lève pas les bras.

1990 : La der du futur roi Miguel

Lors de cette édition 1990, Luz-Ardiden constitue, comme cette année, la dernière grande ascension du Tour. Greg LeMond y attaque Claudio Chiappucci, et si l'Italien, héroïque, sauve son maillot jaune pour cinq petites secondes, il sait que le Tour est perdu pour lui avec la perspective du contre-la-montre de Vassivière deux jours plus tard. A défaut de victoire dans la station pyrénéenne, LeMond a donc fait l'essentiel en posant les bases de sa troisième (et dernière) victoire dans le Tour.
Le vainqueur, ce jour-là, se nomme Miguel Indurain. Celui qui n'est encore que le lieutenant de Pedro Delgado chez Banesto s'envole irrésistiblement à 500 mètres de la ligne en lâchant LeMond. A 26 ans, le Navarrais s'annonce. Et une question se pose : la Banesto s'est-elle trompée en lui demandant de seconder Delgado, finalement 3e à Paris ? Après sa victoire à Luz-Ardiden, il pointe à 13 minutes de Chiappucci au général. Sachant qu'il en a perdu 12 à l'Alpe-d'Huez après avoir travaillé pour son leader... Dans un an, il prendra le pouvoir, amorçant son quinquennat en jaune. Mais Luz-Ardiden 1990 restera à jamais sa dernière victoire d'étape en ligne sur le Tour.

Miguel Indurain victorieux à Luz-Ardiden en 1990.

Crédit: Getty Images

1994 : Virenque et le début de la rougeole

Luz-Ardiden est en train de devenir un classique avec cette 5e arrivée en moins d'une décennie. Mais la source va se tarir. Depuis plus d'un quart de siècle, le Tour n'y est revenu que trois fois... Il règne une chaleur torride sur la course ce 15 juillet (15 juillet, comme ce jeudi) et ce sera le Richard Virenque show. Comme souvent, le Tourmalet est placé juste avant Luz sur le parcours. C'est là que le Varois s'envole en lâchant Laudelino Cubino pour creuser des écarts irrémédiables sur le groupe des favoris. Il va tenir bon, jusqu'au bout.
Dans la montée finale, Virenque cède une minute à Marco Pantani, mais l'Italien partait de bien trop loin pour espérer revenir. Miguel Indurain, en route vers son quatrième Tour consécutif, se contente de gérer les affaires courantes en prenant encore du temps à Tony Rominger, son principal adversaire. Mais le héros du jour, c'est donc ce Richard Virenque dont la France va devenir folle pendant plusieurs années. La "Virenque-mania" est sans doute née ce 15 juillet 1994 à Luz-Ardiden, où il signe sa première victoire d'étape et endosse le maillot à pois qui deviendra presque une deuxième peau pour lui. La France va avoir la rougeole.

2001 : Laiseka et la vague orange

En 1990, lorsque Miguel Indurain triomphe à Luz-Ardiden, un jeune homme de 21 ans est présent sur le bord de la route dans un des derniers lacets. "J'ai vu Indurain et LeMond passer, avant que Miguel ne gagne...", raconte-t-il. Il s'appelle Roberto Laiseka. Né à Guernica, ce Basque 100% pur jus, tellement accroché à ses origines qu'il refuse de disputer le Championnat d'Espagne, va s'imposer à son tour, à Luz-Ardiden, onze ans après son idole navarraise.
A 32 ans, c'est la victoire d'une vie pour ce grimpeur de poche de 57 kilos. Laiseka porte les couleurs de l'équipe Euskaltel-Eusakdi, à 100% basque, elle aussi. C'est le premier succès de la formation sur le Tour. De cette montée, il reste une couleur, l'orange, et un grondement, phénoménal. Des dizaines de milliers de supporters basques se sont massés dans l'ascension finale. Cette vague rugit et porte Laiseka jusqu'au sommet, une bonne minute devant Lance Armstrong et Jan Ullrich, qui se serrent la main sur la ligne, dans un geste que certains jugeront comme un acte de fair-play de la part de l'Allemand, et d'autres comme un acte de soumission.

2003 : Armstrong enterre Ullrich

Officiellement, de ce Tour de France 2003, il ne subsiste rien. Comme les quatre précédents et les deux suivants, soit l'intégralité du septennat devenu factice de Lance Armstrong, cette époque a été rayée de la carte. Mais quoi qu'on en pense, sur la route, ce Tour 2003, peut-être sublimé par l'esprit du centenaire, fut un des plus intenses de l'ère moderne. Ce fut aussi le seul, dans l'ère Armstrong, à ne pas être frappé du sceau d'un profond ennui. Parce que Armstrong est loin d'y être souverain. Attaqué de toutes parts, tous les jours, l'Américain prend pourtant le maillot jaune à deux semaines de l'arrivée, mais avant la dernière étape de montagne, qui s'achève à Luz-Ardiden, il ne tient plus qu'à un fil.
Beaucoup pensent que Jan Ullrich, ressuscité cet été-là, va gober le Texan. Dans le Tourmalet, il passe à l'offensive, mais ne peut creuser l'écart. Puis, dans Luz-Ardiden, ce Tour connaît un nouveau pic de dramaturgie : Armstrong attaque avec Mayo et Ullrich dans sa roue. L'Américain accroche un spectateur et tombe, entraînant l'Espagnol avec lui. Il repart (il faut revoir cette image où il dépose au sprint le pauvre Carlos Sastre comme s'il n'était qu'un vulgaire cyclotouriste) avant de frôler une nouvelle chute en déchaussant ! Finalement, Armstrong va s'envoler à 9 kilomètres du sommet et s'imposer pour conforter son maillot jaune. Evidemment, il gagnera le Tour. La suite, tout le monde la connait.

Tour de France 2003 : Lance Armstrong et Iban Mayo à terre dans la montée de Luz-Ardiden.

Crédit: Imago

2011 : Le message de Voeckler

Sept ans plus tôt, Thomas Voeckler a passé dix jours en jaune et la France s'est entichée du "Ti-Blanc". En 2011, l'Alsacien a grandi, mais quand il récupère le maillot jaune, sa marge semble trop faible pour qu'il puisse espérer revivre pareille aventure. Pourtant, le protégé de Jean-René Bernaudeau gardera à nouveau le maillot pendant dix jours avant de terminer au pied du podium à Paris. Et c'est à Luz-Ardiden, lors de la première grande arrivée au sommet, que ce Tour a changé de dimension pour Voeckler.
Alors que, devant, Samuel Sanchez file vers la victoire d'étape pour renouer avec la grande tradition ibérique sur les hauteurs de Saint-Sauveur (c'est la 5e victoire espagnole en huit arrivée), Voeckler s'accroche aux meilleurs, qui ont peut-être le tort de ne pas le prendre assez au sérieux. Certes, le maillot jaune coince un peu sous l'accélération de Cadel Evans dans le final mais, flanqué d'un Pierre Rolland magnifique de talent et de dévouement, il ne perd que 40 secondes sur Frank Schleck et 20 sur Evans, Basso et Andy Schleck. Le leader d'Europcar reste aussi celui du classement général et ce qui ne devait être qu'un intérim insignifiant pour les favoris va désormais constituer une réelle menace. Presque jusqu'au bout.
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