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Présentation du Tour de France 2014 - Thomas Vergouwen, le Sherlock Holmes du Tour

Thomas Vergouwen, le Sherlock Holmes du Tour
Par Eurosport

Le 22/10/2013 à 19:37Mis à jour Le 22/10/2013 à 21:10

Chaque année, Thomas Vergouwen mène une véritable enquête pour découvrir le parcours du Tour de France avant qu'il ne soit dévoilé pour le publier sur son site Velowire.com. Excellent dans cet exercice, cela fait cinq ans qu'il effectue un sans-faute. Eurosport.fr l'a donc rencontré pour en savoir un peu plus sur ce chasseur d'étapes de la Grande Boucle.

Thomas Vergouwen, comment vous est venue l’idée de chercher le parcours du Tour avant qu’il ne soit dévoilé ?

Thomas Vergouwen : A la base, ça a commencé depuis tout petit. J’étais toujours intrigué par le parcours du Tour. Mais en 2007, j’ai fait ma première Grande Boucle. A la fin du mois de juillet, encore tout émerveillé de mon aventure sur le Tour, je me suis dit que ce serait intéressant de réfléchir au parcours de l’année suivante, histoire de savoir où j’irais l’été suivant. Au départ, c’était vraiment une volonté personnelle de faire ça. Je me suis dit, puisque j’avais quelques informations, je me suis dit, autant les partager ! J’ai mis le parcours en ligne début octobre.

Le phénomène a vite pris de l’importance…

T. V : En terme du nombre de vues pour l’article oui, mais ce n’était pas le cas au niveau des commentaires. Au départ, Velowire n’était pas un site entièrement dédié au cyclisme. C’était plus un blog où je racontais ma vie pour que ma famille et mes amis aux Pays-Bas puissent voir ce que je fais en France. Mais au fil des ans, cette petite spéculation avant l’annonce officielle a commencé à faire le buzz.

Mais concrètement, comment faites-vous pour découvrir le parcours du Tour en avant-première ?

T. V : Je pars toujours du grand départ qui est déjà annoncé car c’est une info sûre à 100%. A partir de là, je sais déjà la région dans laquelle auront lieux les premières étapes. Ensuite, j’essaye de construire dans les grandes lignes le parcours avec les quelques infos que j’ai. La première carte que je sors est très schématique. Après il faut trouver les villes où le Tour va s’arrêter et ça c’est le plus dur. Ma principale source d’information est la PQR. Heureusement que je ne fais ça que depuis 2007, car avec Internet, je peux lire toute la PQR partout en France. Sans l’ordinateur, je serais obligé d’avoir un réseau de correspondants partout dans l’Hexagone. Le deuxième outil qui m’aide à cibler les villes, ce sont les réservations des hôtels. Ça ne me donne pas la ville exacte, mais au moins le coin en général. Et ça indique la plupart du temps le lieu du départ du lendemain. Quand les réservations sont faites sur deux jours, ça veut dire qu’il y aura une journée de repos. C’était le cas de Carcassonne cette année. Enfin, j’ai aussi des informateurs personnels qui m’apportent des infos bénévolement. Mais en aucun cas je demande qu’on me les donne. Ce n’est pas le principal de mes sources, mais on va dire que c’est complémentaire.

Cette recherche doit vous prendre un temps fou…

T. V : Enormément ! Les années précédentes, je mettais vraiment beaucoup, beaucoup de temps. Ce qui me ralentit aussi, mais ça fait partie du jeu, c’est quand ASO change de décision. Mais j’essaye d’être le plus réactif possible. Christian Prudhomme m’a même dit "parfois je prends une décision et dès le lendemain je la retrouve en ligne sur ton site"! Il faut être en veille tout le temps. Mais c'est aussi une question d'expérience. Je me base sur des infos publiques essentiellement, mais toujours est-il qu'il faut connaître le fonctionnement du Tour. Par exemple, ça m'est déjà arrivé de lire dans un journal le point de départ et d'arrivée d'une étape. Sauf qu'en recalculant l'itinéraire, l'étape faisait 350km ! C'était impossible ! L'autre jour encore, un autre journal annonçait une étape dans les Pyrénées avec je ne sais plus combien de cols et au total 265km ! Il faut faire le tri entre ce qui relève du rêve et la réalité. Au fil des années, je me suis fait mon idée mais surtout ma propre base de données. La preuve, ça fait cinq ans que j'ai tout bon.

Qu'en pense ASO ? Ce que vous faites ne fait pas trop grincer des dents à l'organisation du Tour ?

T. V: J'ai déjà eu droit à des remarques négatives en effet. Mais c'est infime. Et puis j'ai eu un retour "positif" de Christian Prudhomme donc ça va. Il comprend l'intérêt pour lui que je fasse ça.

C’est-à-dire ?

T. V: Je crée un buzz vers septembre alors qu'à ce moment-là, ASO n'a aucune raison de communiquer sur la marque Tour de France. Je leur fais de la pub ! Et puis ça contribue à entretenir le mythe du Tour. Après, je comprends tout à fait que ça ne plaise pas à tout le monde. Mais je fais ça bien. Encore une fois, je ne prends que des données publiques et je n'affirme rien. Si quelqu'un d'ASO venait me voir fin juillet et me proposait de me communiquer le parcours du Tour pour les trois prochaines années à venir, je dirai non ! Je n'en veux pas. D'un point de vue éthique, ce n'est pas correct. Mais aujourd'hui, l'idée est que ça fasse le buzz. Si dès la première publication, je dis "c'est le bon parcours", ça ne marchera pas. Les gens vont se dire qu'ils connaissent déjà tout. Ça ne va plus alimenter les petites discussions et les petites devinettes, alors que c'est ça le plus important.

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