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Les débats du Tour : Révolte ou deuxième couche, quel scénario à l'Alpe d'Huez ?

Les débats du Tour : Révolte ou deuxième couche, quel scénario à l'Alpe d'Huez ?
Par Eurosport

Le 19/07/2018 à 10:03Mis à jour Le 19/07/2018 à 10:15

TOUR DE FRANCE - Chaque jour, trois questions sont posées à deux membres de la rédaction. Chacun donne son point de vue et vous invite à prendre part à la discussion. Ce mercredi, il est question de Geraint Thomas, de Romain Bardet et de la 12e étape avec l'arrivée au sommet de l'Alpe d'Huez.

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Thomas est-il le nouveau favori du Tour ?

François-Xavier Rallet

Geraint Thomas m'a fait forte impression ce mercredi. Victoire d'étape et maillot jaune en poche, le Gallois s'est invité à la table des géants au terme d'un show assez impressionnant. Mais Chris Froome n'est pas partageur et l'Anglais reste à mes yeux le grand favori à sa propre succession. Le vainqueur du Giro 2018 devra combler près d'1'20" mais on est encore très loin de l'arrivée sur les Champs-Elysées. Beaucoup de choses peuvent encore se poser.

Et un constat s'impose quand on scrute la carrière de Geraint Thomas : le vainqueur du Dauphiné 2018 ne compte aucune référence sur un Grand Tour et pas un seul Top 10 (15e du Tour en 2015 et 2016…) au classement général. La faute à des troisièmes semaines souvent catastrophiques. Froome monte lui en puissance et m'a paru facile dans l'ascension de la Rosière. Personne n'est à l'abri d'un coup de mou mais l'Anglais conserve les faveurs de mon pronostic.

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02:17

Laurent Vergne

Non, il est "seulement" le nouveau maillot jaune. Geraint Thomas est fort, très fort. On l'avait déjà vu sur le Dauphiné, il le confirme sur ce Tour. Dans une trajectoire à la Bradley Wiggins, l'ancien pistard est devenu un redoutable client en montagne et on pouvait voir venir depuis un moment une démonstration de ce genre. La question, maintenant, est de savoir si le Gallois peut avoir les coudées franches chez Sky.

C'est difficile à envisager, tant que Chris Froome est là. Froomey a le Giro dans les jambes et peut-être le paiera-t-il en troisième semaine, mais je demande quand même à voir. Jusqu'à preuve du contraire, il est le personnage central du Tour, donc des Sky. Mais l'équipe britannique a aujourd'hui un leader et un maillot jaune. Comme ces deux entités émanent de deux coureurs différents, forcément, la situation n'est pas inintéressante. Si Thomas tient la distance à l'Alpe, gare au mal de crâne pour Brailsford...

Bardet peut-il déjà faire une croix sur la victoire finale ?

François-Xavier Rallet

Comme dit plus haut, le Tour est encore long. On ne vient de passer finalement que la moitié de l'épreuve. Mais il faut être honnête et un brin fataliste : le bilan à mi-course est très inquiétant pour le leader d'AG2R-La Mondiale. Huitième du général à près de trois minutes du maillot jaune, Bardet a pris un coup sur le casque ce mercredi. Peut-il encore remporter le Tour ? Difficile à dire. Mais le Français n'est finalement qu'à 1'14" de la 3e place de Tom Dumoulin. Pour rêver à nouveau d'une victoire finale sur les Champs-Elysées, Bardet va devoir inventer quelque chose.

A l'arrivée de l'étape, il a affirmé que pour espérer, il lui faudrait changer sa façon de courir. C'est une première chose. Mais il n'y a pas que ça. Il faudra aussi compter sur une baisse conséquente de régime des deux ogres du Team Sky. Car contrairement aux années où Bardet est monté sur le podium de la Grande Boucle, cette fois-ci, l'hydre britannique a deux têtes.

Laurent Vergne

La montagne vient tout juste de débuter. Le Tour est encore long. Mais derrière ces évidences s'avance une autre : Romain Bardet est déjà loin. Quasiment à trois minutes de Thomas, à plus d'une minute et demie de Froome. C'est beaucoup, d'autant qu'il faut ajouter à ce débours ce qu'il concèdera plus que probablement lors du dernier contre-la-montre la veille de l'arrivée à Paris. A mi-Tour, le leader de l'équipe AG2R La Mondiale se retrouve donc dans une situation beaucoup plus compliquée que l'an dernier, par exemple.

Il est trop tôt pour condamner Bardet. Parce que, contrairement à Froome ou Dumoulin, il n'a pas un Giro dans les cannes. Et contrairement à Thomas, il est l'incontestable leader de son équipe. Mais le temps commence à presser. Si, jeudi, à l'Alpe d'Huez, il n'a pas réduit l'écart ou, pire, si celui-ci s'est encore creusé, ça deviendra mission impossible pour le natif de Brioude. D'autant que personne ne lui laissera de marge de manœuvre. Il est trop dangereux pour cela, et la manière dont Froome a bondi sur lui à La Rosière le confirme...

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Révolte ou deuxième couche, quel scénario à l'Alpe d'Huez ?

François-Xavier Rallet

Cette 11e étape aura eu le mérite de dégager une hiérarchie. Derrière le problème de riches du Team Sky, peut-on viser autre chose qu'un accessit ? Ma réponse est dans la question. Mais si les candidats à la victoire finale n'ont pas montré grand-chose ce mercredi, il se pourrait qu'ils affichent un autre visage jeudi. Enfin, je l'espère fortement sinon on risque d'émettre de nouveau quelques critiques sur l'ambition de tous ceux-là. Rare équipe à s'être hasardée à tenter quelque chose, la Movistar a les munitions pour secouer à nouveau le cocotier et ce, bien avant le début de l'ascension finale.

Nairo Quintana, replacé au général (9e), aime l'Alpe d'Huez. En 2013, le Colombien avait repoussé Froome à 1'06" et en 2015, l'Anglais avait concédé 1'20" au grimpeur de poche. Mais le contexte était bien différent. C'était en fin de Tour et Froome avait (quasiment) scellé sa victoire. Mais soyons clair, si Landa ou Quintana veulent renverser la Sky, c'est demain qu'il faut jouer son va-tout. Sinon, ils n'auront plus que leurs yeux pour pleurer.

Laurent Vergne

De la réponse à cette question dépend sans doute l'intérêt des dix derniers jours du Tour. Si les Sky sont en mode "deuxième lame qui coupe le poil", attention aux dégâts. Capable de verrouiller la course, l'équipe britannique dispose en prime des deux coureurs les plus impressionnants du peloton désormais. De quoi avoir peur. Avec la Madeleine, la Croix de Fer et, bien sûr, l'Alpe d'Huez, l'étape de mercredi est la reine des Alpes, au moins sur le papier.

Maintenant qu'ils ont le maillot jaune, les hommes de Brailsford vont cadenasser encore plus ce Tour. Si Quintana, Bardet, Dumoulin ou Roglic sont à nouveau contraints de subir jeudi sur les hauteurs de Bourg d'Oisans, ce Tour 2018 pourrait se résumer assez vite à un combat entre Froome et Thomas. Ce n'est pas le scénario le plus souhaitable, mais ce n'est pas le moins improbable. S'ils en ont les moyens, les duettistes britanniques ne se gêneront pas pour dynamiter la concurrence. Il est probable qu'une tentative de révolte survienne jeudi. Mais il n'est pas du tout impossible qu'elle soit matée pour, qu'au final, la deuxième couche soit passée...

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