En pensant au Tour de France 2020, la Bretagne rit et pleure. Elle rit parce que, pour la première fois, deux équipes bretonnes y participeront : Arkéa-Samsic, basée à Bruz, en Ille-et-Vilaine, et B&B Hôtels-Vital Concept, installée à Theix, dans le Morbihan. Toutes deux ont été invitées par Amaury Sport organisation. C'est presqu'une habitude pour Arkéa, mais une première pour B&B. "Les Bretons prennent leur tour" a titré Minuit Sport, le supplément de Ouest-France, lui-même premier quotidien français.

Mais elle pleure aussi, la Bretagne, quand elle regarde le parcours : comme en 2019, le Tour ignore ses terres. Il faudra descendre vers la Vendée pour voir passer le peloton. Pis encore : la dernière décennie du Tour n'a pas été très généreuse avec la Bretagne, l'ignorant totalement en 2010, 2012, 2014, 2017 et 2019. Une année sur deux. En 2016, elle lui a même fait un involontaire mais vilain clin c'œil en faisant passer les coureurs au Mont Saint-Michel, chez l'ennemi héréditaire de Normandie…

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En 2011, après un Grand départ en Vendée, le Tour avait planté son chapiteau pendant trois jours en Bretagne, avec trois vainqueurs : Olonne-Redon pour Tyler Farrar, Lorient-Mûr-de-Bretagne pour Cadel Evans (futur vainqueur de l'épreuve) et Carhaix-Cap Fréhel pour Mark Cavendish. Puis le Tour était reparti de Dinan vers Lisieux.

En 2013, Marcel Kittel avait gagné l'étape St Gildas de Bois-Saint Malo. En 2015, Marc Cavendish l'avait emporté à Fougères, Alexis Vuillermoz à Mûr-de-Bretagne et l'équipe BMC s'était imposée contre la montre entre Vannes et Plumelec. Christopher Froome était en jaune.

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Hinault, Bobet, Petit-Breton, Robic...

Enfin, en 2018, après un nouveau Grand départ de Vendée, Peter Sagan avait gagné le sprint de l'étape Lorient-Quimper et Dan Martin s'était imposé à Mûr-de-Bretagne, décidément gâtée par les années 2010. Greg van Avermaet portait le maillot jaune quand le Tour avait quitté Fougères pour Chartres. Depuis, ce sont les vaches maigres. Avec un départ du Danemark en 2021, une petite descente vers le sud pourrait bien visiter la Bretagne pour qu'Ille-et-Vilaine, Morbihan, Côtes d'Armor et Finistère accueillent de nouveau la Grande Boucle comme ils le savent le faire : en rangs serrés sur le bord des routes et en étroite communion avec la course et ses coursiers.

Dans l'histoire du Tour, la Bretagne n'a pas toujours connu une telle disette, au contraire : depuis 1905 et un premier arrêt à Rennes (vainqueur : Louis Trousselier), le Tour de France a fait étape en Bretagne 65 fois en 106 éditions, selon les calculs précis et précieux du site ledicodutour.com. Le Tour est venu 55 fois à Brest, 23 fois à Rennes, 20 fois à Vannes, 18 fois à Saint-Brieuc, 16 fois à Lorient, 15 fois à Saint-Malo, 12 fois à Dinan, 7 fois à Quimper, 5 fois à Fougères.

Mais si l'on a parfois pu dire que la Bretagne était "la fille aînée du Tour" comme la France serait "la fille aînée de l'Eglise", c'est surtout grâce à ses champions. Quatre sont montés sur la plus haute marche : Bernard Hinault (5 fois), Louison Bobet (3 fois), Lucien Petit-Breton (2 fois) et Jean Robic, qui l'emporta en 1947 dans la dernière étape, ne portant au total le maillot jaune qu'une seule fois, en 1953. On peut presque dire que la Bretagne a porté le maillot jaune pendant 161 jours. A lui tout seul, Bernard Hinault a roulé en jaune pendant 79 jours ! On peut aussi citer Georges Groussard, Pascal Lino, Désiré Letort, Joseph Groussard, Ronan Pensec, Stéphane Heulot, Jean-Pierre Genêt, Dominique Gaigne, François Mahé ou Jean Malléjac…

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L'habitué Barguil, les nouveaux Bouhanni et Quintana

Lucien Petit-Breton n'a pas porté un maillot jaune qui, en 1907 et 1908, n'existait pas encore. Il était d'ailleurs né en Loire-Inférieure, la Loire-Atlantique actuelle, mais on ne va pas relancer le débat sur l'appartenance ou non de ce département à la Bretagne. Pour Petit-Breton, le patronyme vaut naturalisation. Ou plus exactement le pseudonyme, puisqu'il s'appelait en réalité Lucien Georges Mazan, ayant adopté ce nom géographique pour faire des courses cyclistes sans le dire à ses parents. Hélas, Lucien Petit-Breton, comme Octave Lapize et François Faber, n'est pas revenu de la guerre de 14-18. Mobilisé dans le 20e escadron du Train, il se rendait au front quand il a été tué dans un accident de la route, en décembre 1917.

Revenons à 2020. Pour essuyer leurs larmes, les Bretons comptent donc sur deux équipes et quelques beaux champions. Chez Arkéa-Samsic, l'enfant du pays Warren Barguil, né à Hennebont, dans le Morbihan, et les deux transferts de l'intersaison : Nacer Bouhanni et Nairo Quintana, dont on dira peut-être bientôt qu'il est le plus breton des Colombiens et qui entend bien monter à nouveau sur le podium sur les Champs-Elysées. Chez B&B Hotels-Vital Concept, l'équipe de Jérôme Pineau, Brian Coquard et Pierre Rolland chercheront à gagner des étapes.

Avec Total-Direct Energie et son siège vendéen, il y aura même trois équipes du Grand Ouest dans le peloton, sur six équipes françaises. Pour un peu, les plus anciens se mettraient à regretter le temps des équipes nationales et régionales. En 1947, c'est même l'équipe de l'Ouest, avec la victoire de Jean Robic (et la 9e place de Jean-Marie Goasmat) qui avait fait la nique à l'équipe de France. Le maillot tricolore de Warren Barguil, cet été, aura aussi des airs de maillot breton.

Béatrice Houchard

Auteur de Le Tour de France et la France du Tour (Calmann-Lévy, 2019)

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