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Chaleur, altitude, stratégies... la troisième semaine en six questions

Chaleur, altitude, stratégies... la troisième semaine en six questions

Le 23/07/2019 à 08:57

TOUR DE FRANCE - Julian Alaphilippe est-il condamné à être sur la défensive ? C'est l'une des principales interrogations de la troisième semaine de la Grande Boucle, qui débute mardi par la 16e étape. On vous suggère également de scruter les effets de la chaleur et de l'altitude, deux équipes en particulier et un classement annexe. Le tout résumé en six questions.

Alaphilippe va-t-il attaquer sur la route de Gap ?

Mercredi, le peloton met le cap sur Gap, ville étape rarement anodine sur le Tour. En 2003, Joseba Beloki a dit adieu à ses rêves de victoire, et a même vu sa carrière basculer, en chutant dans la descente de la Côte de la Rochette. Huit ans plus tard, Andy Schleck a perdu plus d'une minute sur le futur vainqueur du Tour 2011, Cadel Evans, en descendant le Col de Manse sur les freins. Cette fois, c'est du sommet du Col de la Sentinelle que les coureurs vont plonger sur Gap, avec, peut-être, une idée derrière la tête. Surtout l'un d'eux.

Julian Alaphilippe a là l'opportunité d'augmenter son avance en tête du classement général, si tant est qu'il soit encore maillot jaune à l'issue de l'étape de plaine de la veille. Il a confirmé ce dimanche que la haute montagne n'était pas son terrain d'expression favori. En revanche, son punch et ses qualités de descendeur ne sont plus à prouver. Avant un triptyque alpestre vertigineux, le coureur français de 27 ans a une ultime chance de s'exprimer dans son domaine de prédilection. Et depuis le début de cette Grande Boucle, il n'est pas du genre à laisser passer les occasions de briller, ni de gagner du temps.

Vidéo - Alaphilippe : "Je m'attendais à perdre du temps"

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La chaleur va-t-elle jouer un rôle majeur ?

"C'était une météo comme je les aime", a déclaré Thibaut Pinot, après son excellente étape dimanche, sous la pluie à Prat d'Albis. La météo de la troisième semaine risque de moins lui plaire. Des températures caniculaires sont annoncées par Météo France dans le sud de l'Hexagone pour les jours à venir. On connaît la fiabilité relative des prévisions météorologiques… mais aussi l'aversion du Franc-Comtois pour la chaleur. Alors méfiance, même si dans les Alpes, le temps pourrait virer à l'orage et, donc, à la pluie qu'il apprécie.

Mais Pinot n'a pas l'apanage du coup de chaud. Les défaillances, déjà nombreuses durant la deuxième semaine, risquent de pulluler si le thermomètre s'en mêle, alors que le menu qui attend les coureurs dans les Alpes est intrinsèquement copieux.

Vidéo - Pinot : "On est partis pour remonter au classement général"

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Quel sera l’impact de l’altitude ?

Les Alpes, on y vient. Cette année, les coureurs vont enchaîner, entre jeudi et samedi, trois étapes en très haute altitude. Au moins, la chaleur y sera sans doute moins prégnante que dans la plaine… mais passer la barre des 2000 mètres présente d'autres désavantages. Ce fameux seuil des 2000 m, plus ou moins impactant en fonction des coureurs, sera franchi lors de chacune des trois étapes alpestres.

Du Galibier (sommet à 2642 mètres d'altitude), à Val Thorens (2365 m) en passant par l'Iseran (2770 m), les prétendants au sacre tutoieront plusieurs fois le zénith. De quoi se brûler les ailes, qui plus est après près de trois semaines de course.

Vidéo - Le profil de la 20e étape : Val Thorens, apothéose hors catégorie à plus de 2300m d'altitude

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Comment Ineos va gérer son hydre à deux têtes ?

Avoir en son sein deux cadors susceptibles de remporter le Tour de France, Ineos, ex-Sky, commence à connaître… Chris Froome, l'équipier, qui lâche (puis attend) Bradley Wiggins, son leader, en 2012. Geraint Thomas, le lieutenant, plus fort que le tenant, Chris Froome, en 2018. Sans compter que ce même "Froomey" était plus que secondé par Mikel Landa en 2017. A chaque fois : le Tour s'est achevé victorieusement pour la formation britannique.

Mais cette année, la donne a un peu changé. Geraint Thomas (2e du général) et Egan Bernal (5e) sont certes très forts, mais pas dominateurs. Lors des cas évoqués précédemment, à la relative exception de 2017, l'équipe Sky maîtrisait la situation. Seule une querelle interne semblait pouvoir la perdre. Cette fois-ci, elle ne pourra peut-être pas se contenter d'un arrangement entre coéquipiers. Elle risque de devoir exploiter son surnombre pour l'emporter, tant Pinot, notamment, a semblé plus saignant que Bernal et Thomas dans les Pyrénées.

Est-ce qu'Ineos va devoir trancher ? L'équipe britannique va-t-elle adopter une tactique très différente de celle qui a fait son succès – à savoir, la mise en route d'un train qui avale les montagnes et réduit les adversaires au rôle de suiveurs – et se montrer plus offensive, envoyant un pion à l'avant, pendant qu'un autre atout marque à la culotte ses rivaux ? On a hâte de voir cela.

Vidéo - Thomas et Bernal : Changement de braquet en dernière semaine ?

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La Movistar peut-elle jouer au trouble-fête ?

Ineos n'est pas la seule formation à compter deux coureurs dans le Top 10 du classement général, après quinze étapes. Movistar, aussi, a deux hommes placés, et ce malgré un Nairo Quintana mal en point (13e) : Mikel Landa (7e) et Alejandro Valverde (8e). Mais alors que, derrière Alaphilippe, cinq coureurs se tiennent en 39 secondes, les deux cartes de l'équipe espagnole ne sont pas dans les roues du peloton des candidats au trône.

Avec respectivement 4'54" et 5'00" de retard sur le maillot jaune – et plus de trois minutes sur le podium –, Landa et Valverde vont devoir se montrer entreprenants pour faire mieux qu'une place d'honneur anecdotique. Cela tombe bien, ils ont l'équipe pour. Le parcours semble plus propice à une remontée de Landa, qui sort du Giro mais est un adepte de la très haute montagne, qu'à un coup d'éclat de Valverde. Mais le champion du monde, discrètement, réalise pour l'instant un Tour quasiment sans faute.

De là à influer sur la course à la victoire finale, voire s'y joindre ? Cela semble compliqué, étant donné le nombre de coureurs qui sépare Movistar de la tunique dorée, plus encore que l'écart en temps, presque dérisoire à l'aune de la montagne qui se profile. Mais Pinot semblait très loin de la gagne après le coup de bordure d'Albi et paraît aujourd'hui un prétendant au sacre crédible. Alors… pourquoi pas. Un replacement de Landa ou de Valverde dans la lutte pour le podium passera en tout cas par des adversaires qui craquent. Sans cela, les alliances de circonstances permettront de contrôler leurs velléités.

Mikel Landa, à l'attaque lors de la 15e étape du Tour de France

Mikel Landa, à l'attaque lors de la 15e étape du Tour de FranceGetty Images

Le maillot à pois va-t-il échoir à un favori ?

Tim Wellens, porteur du maillot à pois après quatorze étapes, a été un des premiers coureurs à lâcher prise dimanche, lors de la quinzième. Il a conservé la tête du classement du meilleur grimpeur, mais il n'est pas le plus fort des escaladeurs de ce Tour. C'est en baroudeur qu'il peut espérer étreindre ce maillot sur les Champs-Elysées. Et même dans ce registre, au-delà de sa condition semble-t-il déclinante, cela risque d'être compliqué.

En effet, les "gros points" arrivent à grands pas, avec encore, notamment, quatre cols hors catégorie au menu dans les Alpes. Or, le règlement du Tour précise que les points au sommet des HC sont doublés si ces derniers se situent à plus de 2000 mètres d'altitude… ce qui est le cas pour tous, cette année sur la Grande Boucle. 40 unités sont ainsi à glaner à chaque HC. C'est pourquoi Thibaut Pinot (50 pts, contre 64 pour Wellens) se retrouve deuxième de ce classement, un peu par hasard.

Dans les Alpes, si la bagarre entre les ténors se déclenche tôt lors de chaque étape, les baroudeurs auront du mal à rester dans le match. Attention, cependant, à des grimpeurs de très haut niveau qui n'ont plus rien à espérer du général. Romain Bardet (19e), par exemple, s'est lancé dans la course aux pois (11e avec 18 points). Sa forme est douteuse, mais si elle est ascendante dans les Alpes, il a un coup à jouer.

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