Extrait du chapitre 9 du livre Orage et désespoirs, écrit par Guillaume di Grazia, pages 172-173, Mareuil Éditions, 2020.

Jacky – J’aurais aimé être une petite souris pour voir comment ils ont pris les temps à l’Iseran.

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23/09/2020 À 13:54

Guillaume – Oui, j’aimerais savoir aussi. Cette journée mériterait un livre à elle seule.

Jacky – Tu n’as qu’à le faire. Comme ça tu me raconteras.

Depuis ce défi lancé à l’emporte-pièce, beaucoup d’eau et de neige sont tombées sur la vallée de la Maurienne. Huit mois, plusieurs heures d’interview et une crise sanitaire plus tard, c’est par visioconférence que je livre à Jacky les fruits de ma petite enquête. L’impression que nous avions à l’époque est devenue certitude.

Rien dans le règlement ne justifie les décisions finales des organisateurs et du président du jury le 26 juillet 2020. Jacky, comme vous, sait maintenant comment les temps ont été enregistrés le 26 juillet, au sommet du col de l’Iseran. Première réaction de Dudu confiné comme nous tous : "Si l’on regarde ce que stipule le règlement, c’est très simple. Soit on annule l’étape. C’est-à-dire qu’il n’y a aucun temps, l’étape ne sert à rien. Soit – car il y a une autre solution règlementaire, la seule possible pour avoir des écarts – on prend les temps de passage au sprint intermédiaire avant l’Iseran. Là, il y avait une vraie ligne équipée d’un système de chronométrage officiel. C’est la dernière ligne habilitée à donner des écarts."

Pour mémoire, les lignes des classements de la montagne ne sont pas équipées du système de photo-finish. C’est l’ordre de passage qui compte pour donner des points et établir le classement de la montagne. Le passage sur ces lignes des grimpeurs ne peut pas avoir d’incidence sur le classement général.

Contrairement aux lignes des sprints intermédiaires qui sont équipées de ce système pour départager au millième les sprinteurs en quête de bonification. Il n’est pas rare en début de Tour de voir un groupe de trente coureurs débouler à plus de 60 kilomètres/heure, attirés par l’opportunité d’aller chercher un maillot jaune à coups de bonifications. Ils seront départagés à la lecture de la photo-finish. Il est beaucoup plus rare en revanche d’observer plus de deux coureurs se mesurer au sprint au sommet d’une ascension de plusieurs kilomètres.

Nous sommes tous d’accord, Jacky, pas de photo-finish, pas d’écart. Nous avons retenu la leçon corse. Sur la ligne d’arrivée à Bastia, après que le bus s’est empalé dans le portique, il n’y avait plus de photo-finish. Ce "document exclusif", selon l’UCI, est le seul habilité pour confirmer l’ordre et les écarts pris par le juge à l’arrivée.

Kittel avait remporté la course mais tous les coureurs avaient été relégués au même temps. En 2019, au sommet de l’Iseran, malgré les multiples efforts de Guillaume Verger et de ses collègues arbitres-motos, il n’y a pas de photofinish. Donc réglementairement parlant, il est impossible de confirmer les écarts et par conséquent d’établir un nouveau classement. Le système de géolocalisation qui a confirmé les écarts n’est pas homologué par le règlement de l’UCI. Pas plus que les vidéos du pilote de Verger, de ses collègues ou des deux jeunes qui filmaient la course avec leurs téléphones cellulaires de l’autre côté du classement des grimpeurs. Que se serait-il passé si Guillaume Verger avait dépassé l’Iseran ? Comment auraient-ils fait ?

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