Que retenir du Tour de Sagan ?

  • Laurent Vergne
Tour de France
Le Tour et les JO : van der Poel et le casse-tête du calendrier 2021
29/12/2020 À 08:06

D'abord la confirmation qu'il n'est plus le Sagan de ces dernières années. Capable il n'y a pas si longtemps encore de gagner sur tous les terrains à l'exception de la très haute montagne, le triple champion du monde ne semble plus en mesure de gagner... où que ce soit. Il ne peut plus rivaliser avec les meilleurs sprinters, passe moins bien les bosses, a perdu de son punch. En toute circonstance, il trouve plus fort que lui désormais. Bien sûr, il reste l'étape des Champs dimanche, mais il lui sera bien difficile d'y lever les bras. Rappelons qu'il ne s'y est jamais imposé.

Il est logique que le Slovaque cède son maillot vert. Un petit évènement, puisqu'il n'avait jamais été battu à la régulière sur le Tour depuis le début de son règne. Malgré tout, il faut saluer le Tour de Sagan, auquel il pourra tourner le dos sans honte ni regret dimanche soir. Il a tout tenté, plutôt trois fois qu'une, pour essayer d'aller chercher cette étape et de chasser un 8e maillot vert. Tactiquement, il a tenté de bousculer la course pour mettre en difficulté ses rivaux, à commencer par Sam Bennett, et la Bora-Hansgrohe aura souvent été un antidote à l'ennui. Sagan a fait tout ce qu'il pouvait. Simplement, pour ce Sagan-là, ça ne suffit pas.

  • Julien Chesnais

Sagan a fait du Sagan sur ce Tour 2020. Je l’ai trouvé fidèle lui-même, acteur tous les jours ou presque. Mais il n’est plus aussi fort qu’avant, ce qui fait toute la différence au moment de faire le bilan, forcément décevant. A moins d’une improbable victoire à Paris doublée d’un raté de Bennett, il ne remportera pas le maillot vert, ce qui ne lui était jamais arrivé en finissant le Tour de France. Il s’est battu avec ses armes, certes limitées, mais il s’est battu quand même. C’est l’image que je vais en garder. Le Slovaque n’a jamais renoncé au classement par points, dont il briguait un 8e succès, et cette quête a animé quotidiennement un Tour qui avait bien besoin d’un peu de sel vu la domination pesante des Jumbo-Visma.

Le coup de bordure de la 7e étape, sur la route de Lavaur, était savoureux et il eut été magistral sans un souci mécanique qui l’empêcha de sprinter à l’arrivée. Même s'il est peut-être sur la pente descendante à 30 ans, je trouve qu’il a globalement manqué de réussite. Et sans celle-ci... Il a perdu le maillot vert le jour où il semblait le plus à même de gagner, à Poitiers, étant même déclassé et pénalisé pour son coup porté à Van Aert. Ce n’était pas son Tour. Ce qui ne l’a pas empêché d’en être un acteur toujours aussi incontournable, presque indispensable.

Peter Sagan, après l'arrivée de la 19e étape à Champagnole sur le Tour 2020

Crédit: Getty Images

Quelle est la belle surprise de ce Tour ?

  • Julien Chesnais

Vous serez sans doute beaucoup à faire ce choix : Marc Hirschi. Le Suisse de 22 ans était un talent déjà reconnu en débarquant sur son premier grand tour (Champion d’Europe et du monde espoirs en 2018, 3e de la Clasica San Sebastian l’an dernier). Mais la Grande Boucle, qui révèle les grands moteurs et éteint les illusions des plus modestes, l’a élevé à un rang supérieur, tout près des Evenepoel et Pogacar, ceux qui comme lui doivent dominer la décennie à venir. Il a multiplié les coups d’éclat en trois semaines.

A Nice, sur la 2e étape, il ne lui a quasiment rien manqué pour devancer Alaphilippe et prendre le maillot jaune. Sur la route de Laruns, dans les Pyrénées, son solo de 90 bornes a été digne des plus grands. Il a fini par être récompensé en s’imposant à Sarran. Puis Ineos-Grenadiers a été soulagé de le voir chuter dans la descente des Saisies, ce qui a ouvert un boulevard au duo Carapaz-Kwiatkowski vers la Roche-sur-Foron. Son bilan se résume à bien plus qu’une victoire d’étape et quelques piges avec le maillot blanc. Très bon grimpeur, super rouleur, immense descendeur, rapide au sprint, le protégé de Fabian Cancellara nous a donné très envie de voir la suite.

Hirschi : "Gagner ma première course sur le Tour... Je ne pouvais pas rêver mieux"

  • Laurent Vergne

Tadej Pogacar, pas encore 22 ans, sur le podium du Tour, cela devrait constituer LA grande surprise et révélation de cette édition 2020. Sauf que le jeune Slovène avait déjà connu un podium sur la Vuelta et son talent en montagne était déjà trop évident et connu de tous pour y voir une vértiable surprise. Nous l'imaginions autour du Top 5. Les soucis de Bernal et Pinot ont libéré deux places et le voir sur le podium n'est donc pas si étonnant. Voilà pourquoi j'opterais pour Sepp Kuss.

Chez Jumbo Visma, pour épauler Primoz Roglic, on songeait surtout à Tom Dumoulin, en lieutenant de luxe voire en co-leader, ou à Wout Van Aert. Mais l'impression laissée par Sepp Kuss depuis le week-end dernier est particulièrement impressionnante. Même si on connaissait ses qualités de grimpeur, en tout cas dans une certaine mesure, ce qu'il a accompli sur le col de la Loze installe le coureur américain dans une autre dimension, que lui-même n'aurait peut-être pas pu envisager au départ de Nice. Sur une montée aussi difficile, tout se fait à la jambe. Les siennes sont manifestement dignes des tous meilleurs.

Sepp Kuss (Jumbo Visma)

Crédit: Getty Images

Un chrono à la Planche des Belles filles, vraie ou fausse bonne idée ?

  • Laurent Vergne

J'ai envie de livrer une réponse de normand : les deux. Dans l'absolu, c'est une très belle idée de proposer un contre-la-montre en côte sur un terrain aussi sélectif que celui de la Planche des Belles Filles. L'ascension vosgienne est en train de devenir un vrai petit classique du Tour, qui y traîne ses guêtres pour la 5e fois en huit ans. Pour éviter la lassitude, Christian Prudhomme et Thierry Gouvenou ont opté cette fois pour un chrono plutôt qu'une étape en ligne. Pourquoi pas. Et en rendez-vous décisif à la veille de l'arrivée à Paris. Pourquoi pas, une fois encore.

Le vrai problème, pour moi, n'est pas de proposer un chrono à la Planche, mais qu'il s'agisse là de l'unique épreuve chronométrée de ce Tour. Il n'est pas normal à mes yeux qu'un Grand Tour puisse se dérouler sans au moins un effort solitaire dédiée aux spécialistes. Ils n'ont même pas eu un prologue à se mettre sous la dent. Marginalisé au fil des ans, le contre-la-montre est aujourd'hui devenu un exercice méprisé, considéré comme ennuyeux et tueur de suspense car susceptible de provoquer de trop gros écarts. Dommage, il mérite un peu plus de respect.

Certes, la première partie de l'étape de samedi favorisera les spécialistes du contre-la-montre, mais avec cette montée de six kilomètres aussi pentue, nous sommes loin d'un vrai pur chrono. C'est regrettable. En tout cas, je le regrette.

Le profil de la 20e étape : La Planche des Belles Filles comme juge de paix

  • Julien Chesnais

Sur le fond, je suis assez d’accord avec Laurent. Le chrono mérite une meilleure place sur le Tour. Mais finalement, vu la tournure de cette 107e édition, c’était peut-être pour le mieux cette fois-ci. Retarder jusqu’au bout l’unique chrono, tout en faisant de lui un rendez-vous favorable aux grimpeurs, a permis de ménager un suspense qui autrement aurait sans doute volé en éclat bien rapidement. Et d’ailleurs, Roglic n’est pas à l’abri d’un jour sans qui permettrait à Pogacar de combler ses 57 secondes de retard.

Mais imaginez les forces en présence sur ce Tour avec un chrono plat de 50 bornes placé en première semaine : Primoz Roglic et Tom Dumoulin auraient mis une claque à tout le monde et la question aurait été de savoir qui allait pouvoir s’inviter sur le podium au côté des deux Jumbo-Visma. Vu l’implacable mainmise de la formation néerlandaise sur le Tour, on était parti pour un Tour ô combien soporifique avec une concurrence résignée d’avance. Alors ce chrono de la Planche des Belles FIlles, à la veille de l’arrivée, s’est plutôt avéré une bonne chose pour l’intérêt de la course.

Du monde au bord de la route à la Planche des Belles, sur le Tour 2019

Crédit: Getty Images

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