Roglic a-t-il fait le plus dur ?

  • Simon Farvacque
Mondiaux sur route
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IL Y A UNE HEURE

Dans sa quête d'un premier sacre sur le Tour de France, Primoz Roglic a fait le plus dur. Il n’a pas fait l’entièreté du chemin – l’affirmer serait une insulte à la glorieuse incertitude du sport –, mais il peut adopter une posture de maillot jaune solide à qui le titre tend les bras. Ce qui ne changera d’ailleurs pas grand-chose à sa façon d’opérer, tant il agit déjà comme si c’était le cas depuis Nice.

Pourtant, Roglic n’a que faiblement repoussé Tadej Pogacar, mercredi au sommet du Col de la Loze, et il a vu revenir Miguel Angel Lopez dans le jeu dans des proportions similaires. Il s’avance ainsi avec moins d’1’30" de marge sur deux hommes qui semblent peu ou prou à son niveau en altitude, alors qu’il reste une étape de montagne et un contre-la-montre qui s’achève au pinacle de la Planche des Belles Filles.

Mais le Slovène de 30 ans a deux atouts en poche : son équipe, surpuissante, qui pourrait bien l’exonérer de sueurs froides ce jeudi en direction de La Roche-sur-Foron ; et ses aptitudes dans l'effort solitaire. Certes, Pogacar l’a battu dans l’exercice, lors de son championnat national il y a deux mois et demi. Mais c’était sur une courte distance (15,7 km) et sur un parcours montant. Samedi lors du chrono, il y aura 30 bornes de plat avant l’ascension finale. Roglic saura à mon avis les mettre à profit pour asseoir son succès.

"Pogacar a bien limité la casse mais il est désormais à une minute…"

  • Christophe Gaudot

La réponse de normand me tend les bras : oui et non. Oui car d'un côté, il a repoussé plus loin (57'') celui qui apparaissait encore ce mercredi matin comme le seul pouvant l'inquiéter, Tadej Pogacar. Forcément une bonne chose avant la dernière étape alpestre et le chrono. Non car en lâchant du temps à Miguel Angel Lopez, il l'a laissé revenir dans le jeu (+1'26''). Superman n'est pas un danger immédiat mais avec moins d'une minute et trente secondes de retard, il peut, pourquoi pas, y croire.

Le jeune slovène et le Colombien peuvent-ils être alliés de circonstances jeudi dans la difficile étape entre Méribel et La Roche-sur-Foron ? A quel point tiennent-ils à leur podium pour leur découverte du Tour de France ? Pogacar a, pour la première fois, semblé résigné au sommet de la Loze... avant d'estimer que s'emparer du maillot jaune était "toujours faisable" . Une bonne nuit de sommeil et peut-être sera-t-il prêt à passer à l'attaque jeudi.

Via le Cormet de Roselend, les Saisies, les Aravis et le Plateau des Glières, le profil se prête à une offensive de grande ampleur. Renverser Roglic ne sera pas chose aisée mais contrairement à Simon, j’ai trouvé que la Jumbo-Visma avait montré des signes de faiblesse, à l'exception très notable de Sepp Kuss, mercredi. Si Pogacar et Lopez sont prêts à perdre beaucoup, je les pense capable de mettre le feu à la course. Le Slovène seul n'aurait eu aucune chance. Avec le Colombien dans le jeu, la mission semble possible. C'est déjà beaucoup.

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Le Col de la Loze a-t-il tenu ses promesses ?

  • Simon Farvacque

Le Col de la Loze a été à la hauteur des attentes qu’il suscitait au départ de ce Tour de France. Des miennes en tout cas. Les ténors du peloton n’ont pourtant pas offert un feu d’artifice d’offensives aux suiveurs ce mercredi. Mais ils ont franchi la ligne d’arrivée éparpillés par la difficulté du final. On ne pouvait pas espérer grand-chose d’autre de cette ascension inédite sur la Grande Boucle, tant il est quasiment impossible d’attaquer sur les pentes si abruptes dont elle regorge.

Dans ces conditions, les écarts se font naturellement, à la jambe et au gré de défaillances. Tom Dumoulin, 10e de l’étape et encore au contact du groupe maillot jaune quand la course s’est décantée à l’orée des quatre derniers kilomètres, a coupé la ligne 2’13" après le vainqueur du jour, Miguel Angel Lopez. Et celui-ci n’a laissé que trois hommes le talonner de moins d’une minute. La Loze a ainsi joué le rôle de révélateur pour lequel elle est taillée.

L’idée n’est pas de multiplier les arrivées au sommet de cet acabit, tant la perspective d'affronter des derniers hectomètres vertigineux a de quoi décourager les mouvements de course précoces. Mais miser sur de tels juges de paix présente tout de même un grand intérêt sportif. La façon dont Lopez, Roglic et Pogacar ont été livrés à eux-mêmes lors du dénouement de cette 17e étape en atteste.

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  • Christophe Gaudot

Les chiffres ne mentent pas ? Regardons-les pour juger la course dans le Col de la Loze. Parmi les 30 premiers, cinq coureurs seulement sont arrivés en "groupe" : Mikel Landa et Simon Yates (+1'20'') d'un côté, David de La Cruz, Wout Van Aert et Warren Barguil (+7'15'') de l'autre. Quatre ont terminé dans la même minute (Lopez, Roglic, Pogacar et Kuss). Un dernier pour la route ? Il y a eu plus d'écart entre le 1er et le 26e (Julian Alaphilippe à 18'05'') qu'entre le 27e (George Bennett) et le dernier coureur dans les délais, Bryan Coquard (à 17'19'' du Néo-Zélandais).

Alors non, il n'y a pas eu de bagarre entre favoris pendant 20 kilomètres, ni même 15 ou 10. Celle-ci a vraiment démarré à quatre kilomètres du sommet mais ces ultimes pentes ont suffi à rendre cette arrivée palpitante. Tadej Pogacar a cru un temps pouvoir revenir sur Roglic avant de buter. Le pur grimpeur qu'est Miguel Angel Lopez s'y est régalé.

Pour qualifier la Loze, Christian Prudhomme avait évoqué un col du "XXIe siècle". Le patron du Tour n'en avait pas dit plus mais on comprenait sa volonté d'y voir les leaders livrés à eux-mêmes sans train. Ce fut le cas dans la partie finale. Ces ultimes hectomètres quasiment en ligne droite ajoutent à la dramaturgie quand chacun a une cible face à lui et une autre dans le dos. Christian Prudhomme et son équipe sont tombés amoureux de la Planche des Belles Filles ? Je prédis le même avenir au Col de la Loze.

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Quel leader peut sauver son Tour jeudi ?

  • Christophe Gaudot

Je mise sur Guillaume Martin ! Placé au général jusqu'au Massif Central, le Français vit depuis dans la frustration d'être trop juste pour rivaliser avec les meilleurs tout en étant trop près d'eux pour jouir d'une liberté totale. Avec ses presque quatre minutes supplémentaires perdues ce mercredi, il se retrouve à 10'35'' de Primoz Roglic au classement général ? Cette fois, j'espère que ce sera suffisant pour lui.

Ce serait trop cruel pour Martin de finir aux portes du top 10 et sans victoire d'étape, les deux objectifs clamés par Cofidis avant le départ de Nice. Même si ses jambes ne sont plus celles qu'il avait jusqu'à la première journée de repos, le Normand reste un client pour l'étape de jeudi. Ses adversaires seront ses compagnons d'échappée évidemment mais aussi… la Movistar.

L'équipe espagnole, parfois moquée pour ses stratégies abracadabrantesques, est du genre à défendre une dixième place au classement général du Tour de France. En l'occurrence celle d'Alejandro Valverde qui ne possède que 1'04'' d'avance sur Martin, 11e. Finalement la meilleure chance du Français serait que le champion du monde 2018 soit avec lui dans l'échappée. Ne resterait plus qu'à le battre lui et les autres. Je pense Martin capable de ça et donc de s'offrir un premier succès sur le Tour.

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  • Simon Farvacque

Sonny Colbrelli, Matej Mohoric, Wout Poels, Pello Bilbao et Damiano Caruso ont abattu un travail énorme mercredi. Pour quel résultat ? Une double 7e place de Mikel Landa, qui a tenu ce rang au sommet du Col de la Loze comme il l’occupe toujours au classement général (à 3’27" du maillot jaune). Le transfuge de la Movistar s’est raté dans les grandes largeurs lors de la 17e étape, disparaissant du groupe de tête dès le début de la bagarre entre ténors.

Ce constat, le tempérament offensif de Landa et le menu proposé ce jeudi me poussent à penser à une offensive de sa part. Certes, il ne vient pas de donner les gages d’une forme resplendissante, mais il n’a pas été non plus à la rue. Il a sans doute de quoi tenter d’attaquer de loin, se servant cette fois des autres pions de la Bahrain-McLaren comme de relais, plutôt que de les griller en étages d’une fusée qui n’a jamais décollé.

Entre Richie Porte, 4e à 3’05" et Enric Mas, 8e à 4’18", les écarts sont ténus. Il faudra qu’au moins un de ses adversaires pour les accessits soit aussi de la partie pour que les comptes d’apothicaire ne réduisent pas sa tentative à néant. Puis, pour la victoire d’étape, il serait bien inspiré d’arriver seul, tant il n’est pas un bon sprinteur. Le final en descente ne l’avantage pas dans cette optique. Mais je sens que Landa va tenter d’anticiper pour décrocher, au moins, un bouquet. Il doit bien cela à ses équipiers.

Mikel Landa a fait rouler ses hommes, mercredi... pour un résultat décevant (7e). Revanche ce jeudi ?

Crédit: Getty Images

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