Pourquoi Roglic n'a toujours pas attaqué ?

  • Christophe Gaudot
J'avoue que je ne comprends pas la stratégie de Primoz Roglic depuis le départ de Nice. Certes, il est en jaune à la veille de la première journée de repos, oui il a déjà glané une étape et après ? Quelle impression a-t-il laissé ? Celle d'être facile. Ni Pogacar et Bernal ce dimanche, ni Quintana samedi n'ont été en mesure de le lâcher. Son compatriote l’a fait samedi mais Roglic l’a laissé faire. Quand on paraît se balader comme lui, pourquoi ne pas enfoncer le clou ?
Tour de France
La victoire pour Pogacar, le maillot pour Roglic : C'est le Tour de Slovénie !
06/09/2020 À 14:31
Avant le Tour, et avant sa chute sur le Dauphiné, on se demandait s'il n'était pas en forme trop tôt. Je reconnais que je pensais moi-même qu'il profiterait de sa condition pour déjà faire le trou en première semaine. Après neuf étapes, il a un matelas de 44 secondes sur Pogacar, 7e. Je me demande s'il ne fait pas preuve d'un petit excès de confiance en se disant qu'il sera toujours temps d'enfoncer le clou à La Planche des Belles Filles où il devrait avoir l'avantage sur ses adversaires.
Peut-être se dit-il qu'aborder ce chrono en avance, même d'une courte tête, sera suffisant et qu'attaquer ne ferait que l'exposer. C'est peut-être vrai mais si c'est un Bernal pas encore au sommet de sa forme que l'on a vu dans les Pyrénées, je suis très inquiet pour Roglic dans les Alpes.

Primoz Roglic, Mikel Landa, Tadej Pogacar et Egan Bernal sur le Tour 2020

Crédit: Getty Images

  • Simon Farvacque
Primoz Roglic vire en tête, dans ce Tour de France. Avec une certaine aisance, qui plus est, puisqu’il n’a jamais semblé dans les cordes en 9 étapes. Il n’a pas une grande marge sur son dauphin, le vainqueur sortant, Egan Bernal (2e à 21") mais il n’a, surtout, même pas pris la peine d’attaquer. Le leader de la Jumbo-Visma a fait la différence en ne commettant pas d’impair dans la plaine et en récoltant des bonifications çà et là. Le voir mener ainsi sa barque avec prudence peut être interprété de deux manières très différentes à mon sens.
Première hypothèse : il est peut-être sûr de sa force. Il compte ses coups de pédale, octroie des bons de sortie aux coureurs qui ont perdu du temps (comme à Tadej Pogacar samedi par exemple), ne laisse pas la moindre marge de manœuvre aux autres, et se sait capable de conclure sur ses qualités de sprinteur. Comme tous les cadors, il attend la troisième semaine pour se dévoiler et le maigre matelas d’avance qu’il s’est déjà concocté est alors très précieux.
Deuxième possibilité : il n’est pas si fort que cela. S’il n’a jamais placé de contre franc, quand il s’est détaché avec deux ou trois rivaux, que ce soit samedi ou dimanche lors de ce week-end pyrénéen, c’est parce qu’il n’en avait pas les moyens. Il surfe sur sa forme du moment, bonne malgré sa chute du Dauphiné, mais reste sous la menace d’une légère baisse de régime similaire à celle qui lui a coûté cher lors du Giro 2019 (3e). Si Roglic feint d’être en contrôle mais aurait volontiers assommé le Tour dès la première semaine, alors, son statut de favori face à un Egan Bernal qui semble monter en puissance n’est pas si évident.

Tadej Pogacar est-il le meilleur grimpeur du Tour ?

  • Christophe Gaudot
Vainqueur dimanche, premier favori samedi, Tadej Pogacar a réalisé un weekend pyrénéen de haute volée. Le tout après avoir perdu du temps dans les bordures vendredi. Sans cet accroc, il n'aurait pas eu un bon de sortie si facile vers Loudenvielle mais il serait à coup sûr tout proche du maillot jaune de Primoz Roglic. Sa démonstration fait-elle de lui le meilleur grimpeur de ce Tour de France 2020 ? Pas tout à fait selon moi.
Comprenez-moi bien, Tadej Pogacar fait, je pense, partie du très haut du panier. Celui-ci d'ailleurs sans doute composé du quatuor qui s'est extirpé sur les pentes de Marie Blanque (Pogacar, Roglic, Bernal, Landa). Je n'exclus pas non plus Quintana qui était apparu très fort samedi dans Peyresourde. Les autres, Bardet en tête, me paraissent un petit cran en-dessous.
Pour décerner au Slovène de 21 ans ce titre honorifique, j'ai besoin d'en voir plus. Samedi, je ne considère pas qu'il a battu ses adversaires à la pédale. S'il a pu s'isoler c'est parce qu'il avait lâché 1'21'' la veille. Dimanche, ceux qui pouvaient le suivre l'ont fait, relativement facilement. Pogacar va peut-être me montrer dans les Alpes que j'avais tort mais jusqu'ici je ne le considère pas plus fort en montagne que Roglic ou Bernal.

Même pas 22 ans et déjà un bouquet sur le Tour : Comment Pogacar a coiffé Roglic et Hirschi

  • Simon Farvacque
Je suis convaincu depuis le départ de ce Tour de France que Tadej Pogacar l’achèvera sur le podium. Sa première semaine ne m’a pas fait changer d’avis. Le troisième de la dernière Vuelta est fort et il le prouve de jour en jour. Le plus fort quand la route s’élève ? Je le pense en l’état, même si Egan Bernal viendra le titiller en troisième semaine à mon sens. Tout cela restant au moins autant du domaine du pronostic que de l’analyse, tant il reste des ascensions à gravir.
Le jeune slovène (21 ans) a certes "profité" du temps perdu la veille pour attaquer samedi dans Peyresourde et mettre tous ses adversaires à une quarantaine de secondes. Mais Richie Porte et Mikel Landa ont tenté d’en faire de même, ont bénéficié d’une clémence au moins aussi importante des autres candidats au sacre… et ont fini par se contenter de ne pas perdre de temps.
Pogacar me semble d’un tout autre bois. Ce dimanche, il est celui qui m’a fait la plus forte impression. Je vois en lui un candidat à la victoire dès le premier Tour de France auquel il prend part. Rester dans ce match, avec le léger retard qu'il a pris (7e à 44" de Primoz Roglic), passera par être le meilleur en montagne sur l'ensemble des trois semaines, et je l'en crois capable.

Une bonif' très disputée et une grosse frayeur : Pogacar et Roglic ont failli tomber

Marc Hirschi a-t-il commis une erreur dans le final ?

  • Simon Farvacque
Deux erreurs peuvent, semble-t-il, être imputées à Marc Hirschi. Au bout de son échappée solitaire sensationnelle, dimanche en direction de Laruns, le coureur suisse de la Sunweb aurait pu se relever un peu plus tôt, dès le pied de la descente du Col de Marie Blanque par exemple, attendre le groupe de quatre cadors qui fondait sur lui, récupérer et les aligner au sprint. Il aurait pu, aussi, lancer son sprint en question un poil plus tard, pour ne pas se faire croquer ainsi dans les derniers mètres et prendre la 3e place.
Voilà pour le tableau noir. Mais dans les faits, j’ai plutôt l’impression qu’il a très bien mené sa barque. A l’approche des sept dernières bornes, il comptait encore 28 secondes d’avance sur le quatuor de chasse. Impossible à mon sens de s’avouer "vaincu" dans cette situation. L’erreur aurait été de se faire reprendre dans le dernier kilomètre, ce qui aurait été rédhibitoire. Rattrapé à 1 500 mètres, il a plutôt bien géré le retour des ténors. Ensuite, il a peut-être un peu trop anticipé son effort final. Certes, mais cela reste discutable. Globalement, je retiens plutôt la cruelle beauté de son échec qui appelle des réussites qu’une éventuelle mauvaise gestion de l’épilogue de sa course remarquable.

Tadej Pogacar et Marc Hirschi

Crédit: Getty Images

  • Christophe Gaudot
Deux fois sur le podium d'une étape, à 22 ans, pour son premier Grand Tour, voilà qui vous classe un coureur. Marc Hirschi n'aura sans doute que faire des félicitations s'il ne parvient pas à concrétiser d'ici Paris. Son immense talent annonce de grandes victoires mais je doute que le Suisse prenne ce retard à l'allumage avec le sourire. Je pense d'ailleurs qu'il s'en voudra énormément. Car à Nice derrière Alaphilippe, comme à Laruns derrière Pogacar et Roglic, je considère qu'il a fauté.
Quand il a franchi le sommet du col de Marie Blanque, il avait environ 25 secondes d'avance sur le premier groupe des leaders. Je comprends qu'il ait voulu tenter sa chance, juste assez pour voir si Roglic, Pogacar, Bernal et Landa s'entendaient. Quand son équipe a vu que c'était le cas et que le quatuor grignotait seconde après seconde, elle aurait dû lui dire de se relever.
Marc Hirschi, on l'a vu à Nice derrière Alaphilippe, est un sprinteur très sérieux. Problème, Tadej Pogacar et Primoz Roglic aussi. Eux se sont fait la guerre dans Marie Blanque mais ils n'avaient pas passé 80 kilomètres seuls à l'avant. Avec quelques bornes de plus dans les roues à récupérer, Hirschi aurait pu les régler au sprint plutôt que de venir mourir à quelques centimètres. Il aura finalement pris la bonne décision mais trois ou quatre kilomètres trop tard.
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