Quand avez-vous compris qu'un départ fin juin serait impossible ?

Christian PRUDHOMME : Nous étions en contact avec les représentants des coureurs, des équipes, d'autres organisateurs, et l'Union cycliste internationale, par conférence téléphonique ou visio-conférence. Il y a quinze jours, lors de la conférence sous l'égide de l'UCI, le Professeur Bigard, le médecin référent de l'UCI, nous a dit : 'la pandémie va durer, on ne va pas en sortir comme ça.' Dans le même temps, les conseillers sports du président de la République, ceux du Premier ministre, le ministère des Sports nous disaient 'le déconfinement va être très, très progressif'. Donc on s'est dit, il faut qu'on parte le plus tard possible.

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15/04/2020 À 11:02

Mais vous aviez commencé à envisager cette hypothèse depuis longtemps, non ?

C.P. : Dès la fin de Paris-Nice et l'intervention du président de la République le 16 mars, juste avant que nous n'annoncions le report de Paris-Roubaix et des classiques ardennaises, j'ai commencé à appeler des élus en leur demandant, si d'aventure le Tour partait quelques semaines plus tard, s'ils seraient partants. Et tous m'ont dit, 'le Tour, c'est le Tour, même s'il a lieu un peu plus tard. Évidemment qu'on sera partants.'

Toutes les collectivités impliquées, les villes-départs et arrivées, sont donc partantes ?

C.P. : Oui. Hier (mardi, NDLR), j'ai passé la journée au téléphone avec les élus des 49 collectivités locales concernées. Tous m'ont dit 'on sera là, on sera prêts, on est contents, c'est une bonne nouvelle, mais on sera là et vive le Tour.'

La décision solitaire de Roland-Garros de reprogrammer le tournoi fin septembre a été très mal perçue dans le milieu du tennis. Là, on a le sentiment que tout s'est fait en concertation avec toutes les parties prenantes. Etait-ce important pour vous ?

C.P. : C'est absolument essentiel. On voulait en effet éviter de jouer en francs-tireurs. Tout le monde n'est pas toujours d'accord avec nous, tout le monde ne nous aime pas, mais là, tout le monde a reconnu que le Tour de France était essentiel. On a donc tous travaillé ensemble. Toutes les parties ont été d'accord pour dire que le Tour était la pierre angulaire et qu'il fallait d'abord trouver des dates pour le Tour et reconstruire autour. Ensuite les réunions vont continuer pour établir un calendrier qui sera sans doute très court, d'environ trois mois, mais qui sera je l'espère très beau.

Le calendrier de la fin de saison s'annonce démentiel s'il suit ce nouveau programme…

C.P. : Ca va être quelque chose de très fort. L'enchainement du Tour de France avec les Championnats du monde, sur un circuit très dur. Ce qui veut dire que les héros du Tour, on les retrouvera en Suisse une semaine après pour le Championnat du monde où sera sacré un coureur-type du Tour. Ensuite, il y aura le Giro, la Vuelta et, je l'espère, toutes les grandes classiques. En tout cas, dans toutes les hypothèses sur lesquelles les uns et les autres travaillent en ce moment, il y a systématiquement les cinq Monuments et les trois grands Tours. Mais ça, David Lappartient en parlera, il a prévu je crois un calendrier au plus tard pour le 15 mai.

Quid du Dauphiné ? Espérez-vous l'intégrer dans ce nouveau calendrier ? Au mois d'août, à peu près à la même distance du Tour dans une configuration normale ?

C.P. : C'est l'hypothèse qui est la nôtre, j'espère qu'elle sera acceptée par l'UCI. Avec une course qui sera sans doute plus courte, peut-être cinq ou six jours plutôt que huit, mais qui gardera les mêmes caractéristiques, ce concentré de montagne qui fait la force du Dauphiné depuis l'origine. J'ai eu le président de la région Auvergne – Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez, à plusieurs reprises, il m'a dès le départ assuré le soutien de la région, qui est le premier partenaire de la course. On a des partenaires qui aiment viscéralement le cyclisme. Ça fait un bien fou et c'est important dans le combat que nous menons.

Christian Prudhomme lors de la présentation du parcours du Tour de France 2020.

Crédit: Getty Images

Avez-vous une crainte par rapport aux hôtels ? Le déconfinement doit débuter le 11 mai, mais les hôtels resteront fermés. Le Tour est certes encore loin, mais est-ce un sujet d'inquiétude pour vous, sachant qu'un Tour sans capacité hôtelière parait difficile à envisager ?

C.P. : Je vais vous sortir une plaisanterie : on va faire comme au bon vieux temps, comme ça se faisait jusqu'en 1978, Bernard Hinault a connu ça, on va mettre les coureurs dans les collèges. Mais ce ne sera pas possible, les collèges ne seront pas disponibles avec la rentrée scolaire. Non, septembre, ce sera peut-être plus facile. Notre service de l'hébergement est performant. Le Tour, c'est un défi permanent, et c'est encore plus vrai cette année. On trouvera des solutions, même si, je vous l'accorde, c'est un défi.

Envisagez-vous des mesures spécifiques du point de vue sanitaire ? Une caravane réduite ? Moins d'invités ?

C.P. C'est encore trop tôt pour en parler. Le Tour de France est dans quatre mois et demi. Concernant la caravane, il y aura sans doute moins de véhicules, pour des raisons économiques, parce qu'à la crise sanitaire s'ajoute une crise économique qui n'en est, je le crains, qu'à ses balbutiements. Des journalistes seront peut-être aussi plus dans leurs rédactions que sur le terrain. Il y aura certainement moins de gamins au bord des routes, parce qu'ils auront repris l'école. Moins de supporters étrangers aussi. Mais ce qui aurait été un handicap en temps normal va devenir un atout. Ce qui compte, c'est que le Tour de France existe. Les équipes nous l'ont dit : s'il n'y a pas de Tour de France, certaines risquent de mettre la clé sous la porte.

La caravane du Tour

Crédit: Getty Images

Septembre, pour vous, c'est un bon compromis ? Le Tour reste un évènement estival, malgré tout...

C.P. : Tout à fait. La volonté, c'était d'abord de se mettre le plus loin possible de la pandémie. Ensuite, c'était de donner aux coureurs ces deux mois d'entrainement et de compétition nécessaires. Mais c'est vrai que septembre, on est encore en été, c'est l'été indien, il fait souvent beau, les jours sont encore longs, même s'il y aura forcément moins de monde au bord des routes. Mais je crois que septembre, c'est effectivement un bon compromis.

Dans quel état d'esprit êtes-vous aujourd'hui ? Soulagé ? Ou toujours anxieux devant les défis qui vous attendent ?

C.P. : Dans Tour de France, le plus important, c'est France. Ce qui compte, c'est la situation sanitaire du pays. Les gens qui se battent, les médecins, les infirmières, les infirmiers, les aides-soignants, les personnels de nettoyage, les gens qui nous permettent de vivre, de l'agriculteur à la caissière en passant par les routiers. Ce sont eux les héros, aujourd'hui. J'espère qu'avec le boulot qu'ils font et le respect que nous devons, nous, avoir pour eux en respectant les règles mises en place par les autorités sanitaires, on pourra retomber sur nos pieds. L'essentiel, c'est que chacun respecte le confinement, même si ce n'est pas rigolo pour tout le monde. Mieux on le respectera et plus vite on pourra sortir et plus les assurances seront grandes de voir le retour à la mi-juillet des évènements et des compétitions sportives, sans huis-clos. Le Tour, il est lié à notre pays, la France, ce sont les racines du Tour.

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