Qui mérite le prix de "super combatif" ?

Julien Chesnais
Les dés sont jetés, puisqu’il ne reste qu’un chrono et la parade des Champs-Elysées, deux dernières étapes qui n’offrent pas vraiment l’occasion d’étaler panache et combativité. En regardant dans le rétroviseur, difficile pour moi de ne pas choisir Julian Alaphilippe. Si l’on devait faire le décompte du temps passé à l’antenne, je suis presque sûr que le champion du monde arriverait largement en tête. Après sa victoire d’étape inaugurale - et de quelle manière il l'a obtenue dans la Fosse aux Loups - le port du maillot jaune sur la 2e et une première semaine dans les hautes sphères du général, le Français s’est jeté à corps perdu dans les échappées.
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Dès l’étape de Tignes, la 9e, il a sauté sur toutes les occasions qui s’offraient à lui, même celles qu’il fallait refuser. Si aucune n’a été transformée en succès, personne ne pourra lui reprocher de ne pas avoir essayé. Et quand il restait dans le peloton, on voyait encore sa tunique irisée aux avant-postes, à protéger Mark Cavendish à l’approche des sprints. Partout, tout le temps, Alaf’ a fait parler de lui. Julien Bernard, Wout van Aert et la révélation Franck Bonnamour feraient aussi de beaux vainqueurs. Mais franchement, qui d’autre qu’Alaphilippe mériterait autant ce prix du "super combatif" ?

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Simon Farvacque
Franck Bonnamour est le "super combatif" du Tour de France à mes yeux. Le coureur de la B&B Hotels p/b KTM a déclaré au micro de Louis-Pierre Frileux, à l’issue de la 19e étape ce vendredi, qu’il avait fait de ce prix un objectif. J’ai apprécié qu’il l’assume et qu’il se mette en avant de manière positive, pas en montrant le maillot sans cohérence. Il m’a impressionné par sa propension à attaquer avec fréquence et pertinence. Sur tous les terrains qui plus est, avec quatre "top 10" à la clef.
C’est remarquable. Surtout à l’occasion d’un premier Grand Tour, à l’âge de 26 ans. Ceci-dit, cette donnée biaise peut-être mon jugement. Bonnamour est la super révélation - a minima française - de ce Tour. Cela n'en fait pas forcément le "super combatif". Des coureurs avec bien plus de références comme Julian Alaphilippe - dont Julien a défendu la candidature - ou Matej Mohoric ont, eux aussi, un dossier solide.
Mais la notion de mérite est si vaste que l’on y place quelques facteurs très personnels, et l’aspect surprenant des performances de Franck Bonnamour et son approche de la quête de cette distinction font pencher la balance de son côté selon mes critères.

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Pogacar va-t-il décrocher un quatrième succès ?

Simon Farvacque
Non. Je pense que Tadej Pogacar sera battu, samedi à Saint-Émilion. Le parcours de ce deuxième chrono du Tour lui convient tout aussi bien que le premier, à mon sens. Mais il convient surtout mieux à Stefan Küng, son dauphin à Laval lors de la 5e étape. Le champion d’Europe de la spécialité sera qui plus est revanchard. En témoigne son visage hébété lors de ce camouflet et son attitude depuis.
Cela fait quelques jours que Küng est plutôt discret. Intrinsèquement, l’échappée de 20 coureurs de ce vendredi, sur un tel parcours, était taillée pour lui. Mais il a passé la journée dans le peloton. Surtout, le rouleur suisse aura de l’ambition à Tokyo. Et dans cette optique, il aurait pu plier bagage avant la fin du Tour de France, comme il l’avait fait l’an passé pour préparer les Mondiaux.
Or, il est encore là. Plutôt à l’économie. Mais bien là. C’est qu’il compte obtenir une première victoire sur la Grande Boucle. Alors que du côté de Pogacar, la motivation sera certes au rendez-vous à mon avis, mais elle n’aura rien à voir avec celle de 2020. Le différentiel d’enjeu entre le dernier contre-la-montre de ce Tour et celui du précédent peut lui jouer un mauvais tour.

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Julien Chesnais
Comme Simon, je ne vois pas "Pogi" quadrupler la mise, ce qui serait une première pour le vainqueur du Tour depuis 2014 (Vincenzo Nibali). Car contrairement à ses triomphes de la Planche des Belles-Filles et de Laval, il abordera ce chrono avec la certitude d’avoir déjà gagné le Tour. Mentalement, ce n’est plus du tout la même chose. Sans cette carotte au bout des prolongateurs, je le vois battu, de justesse certes, mais battu quand même.
Stefan Küng n’est pas loin d’être mon grand favori aussi, mais je mise davantage sur Wout van Aert. Vainqueur à Malaucène, le champion belge a retrouvé ses meilleures jambes en cette fin de Tour. Il était encore dans la roue des favoris à 5,5 km du sommet de Luz Ardiden. Pourtant, il a fini à près de 7 minutes de Pogacar. Le super-polyvalent de Jumbo-Visma s’est en effet totalement relevé, le mode "récup" activé, la tête déjà au chrono girondin. Sa 4e place à Laval l’a vexé. Je suis sûr qu’il a à coeur de se rattraper. Et qu’il en a la capacité.

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Quel est le principal enjeu du chrono au classement général ?

Simon Farvacque
Il y a moult duels qui vont donner de l'intérêt à ce dernier chrono, au sein du Top 10. Mais je pense qu'il ne faut pas oublier celui qui concerne la 2e place. Pourtant, le podium pourrait sembler figé. Jonas Vingegaard, dauphin de Tadej Pogacar, compte 6 secondes d’avance sur Richard Carapaz… à qui il avait collé 1'17" lors du premier contre-la-montre de cette 108e édition.
Samedi, la distance sera un peu plus longue encore (30,8 km contre 27,2 km) et ce n’est pas la montagne qui a suggéré une inversion de la hiérarchie entre eux. Mais un chrono de veille d’arrivée en Grand Tour est particulier. Surtout pour quelqu’un qui s’apprête à terminer sa deuxième course de trois semaines seulement. La première durant laquelle il a été porté par une ambition personnelle.
Carapaz, lauréat du Giro en 2019, 2e de la Vuelta en 2020, a l’expérience de tels événements. Vingegaard, non. Cela ne fait pas perdre au Danois son statut de favori dans la course à la deuxième marche de la boîte. Mais il me semble bon de rappeler qu’elle existe.

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Julien Chesnais
Pour moi, le podium est déjà figé, mais quand je regarde la suite du top 10, j’identifie trois jolis duels à suivre. Ben O’Connor (4e) possède 32" d’avance sur Wilco Kelderman. Le leader d’AG2R Citroën est légèrement inférieur au Néerlandais en chrono. Mais sa marge devrait lui suffire pour conserver son rang, surtout que son adversaire devra se remettre d’une chute subie vendredi. Pour la 6e place, Enric Mas compte un matelas de 1'11" sur Alexey Lutsenko. Il va y avoir match. Car si le Kazakh est bien meilleur rouleur, il finit le Tour en plus mauvaise forme que l’Espagnol. Je mettrais donc plutôt une pièce sur Mas.
La position qui me semble la plus en danger, c’est celle de Guillaume Martin (8e). Le Français avait concédé 1'07" à Pello Bilbao (Bahrain-Victorious) sur les 27 km du chrono de Laval. Il possède un peu moins que cette marge (1'02") avant le chrono de Saint-Emilion, qui sera plus plat et plus long, pour 3km, que celui de début de Tour. A Laval, Martin semblait à sa place, mais pas Bilbao, habitué à être bien plus haut dans la hiérarchie. La tâche semble donc très ardue pour le leader de la Cofidis. Mais au fond, 8e ou 9e, ça ne changera pas grand-chose pour Martin, qui signera sauf incident son premier top 10 sur le Tour.

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