Peut-on être roi sans le vouloir ? Avisez Tadej Pogacar. Difficile de considérer que le Slovène, double vainqueur du Tour avant même ses 23 ans, n'a pas tout fait pour accéder au pouvoir. Mais, de pouvoir, Pogacar ne veut pas. Les atours de la fonction ne semblent pas vraiment l'intéresser. A peine a-t-il accepté de forcer un peu sa nature vers Libourne vendredi, quand l'insolent Skujins comptait faire fi d'une chute à l'arrière pour se porter à l'avant. La récréation est terminée. Le cyclisme, qu'il en cherchait un ou non d'ailleurs, a un nouveau patron, et il s'appelle Tadej Pogacar.
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Nouveau, oui, évidemment. Mais de qui est-il le successeur ? Julian Alaphilippe ? Même champion du monde, le Français, personnage central du peloton s'il en est, absent des classements généraux des grands tours, ne peut prétendre à la couronne. Il est plutôt un franc-tireur qui se montre quand il en a envie. Même constat pour Wout Van Aert et Mathieu van der Poel. Ces hommes comptent énormément, mais personne ne les imagine en patron symbolique du peloton. Primoz Roglic, alors ? L'autre Slovène avait tout pour. Il était le suivant dans la lignée. Et puis, la Planche des Belles Filles est arrivée.
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Roglic aurait pu l'être mais...

Qu'est-ce qu'un patron, au fond ? Dans le cyclisme, il faut gagner, forcément. Condition sine qua non s'il en est. Gagner quoi ? Des monuments bien sûr, des courses à étapes importantes aussi, mais surtout des grands tours et le plus prestigieux d'entre eux, le Tour de France. Primoz Roglic compte deux Vuelta à son palmarès et il avait, selon la formule consacrée, neuf doigts sur le trophée du troisième, le plus beau. Ce sacre sur le Tour de France 2020 aurait consacré une bonne fois pour toute le leader de Jumbo-Visma en patron. Ses magnifiques saisons 2019 et 2020 auraient trouvé là le point d'exclamation parfait. Roglic se comportait déjà comme tel, faisant, avec sa formation, la pluie et le beau temps, se montrant rarement magnanime, mais il lui manquait cette validation. Roglic n'a jamais été le patron qu'il rêvait d'être.
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Finalement, le dernier vrai patron du cyclisme mondial, c'était Chris Froome. Comment pouvait-il en être autrement alors que de 2013 à 2018, il est resté invaincu sur la Grande Boucle, quand il l'a terminée, tout comme il n'a jamais fait pire qu'une deuxième place sur la Vuelta quand il a rallié l'arrivée ? Le Britannique a d'abord vu un proche, Geraint Thomas, le faire tomber sur la route. Cette chute sur le Dauphiné 2019 l'a fait tomber de son trône. Depuis, la place était vacante mais ça c'est terminé.

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Chaque victoire acquise devant Pogacar aura une autre saveur

Avant le Slovène, Egan Bernal avait une belle gueule de patron. Malheureusement pour lui, son coup d'État de l'Iseran en 2019 n'a pas été suivi d'une période de domination spectaculaire. A ce titre, la trajectoire de Pogacar intéresse. Lui aussi a renversé la table sur une étape désormais légendaire. Un jour en jaune ne suffit pas. Pas plus qu'un Liège-Bastogne-Liège glané devant le champion du monde en avril dernier. Il lui fallait trois semaines pour imposer sa loi et son nom. Chose faite, sans aucune contestation possible.
"Je ne me considère pas comme un patron"? a dit Tadej Pogacar. Inutile. Il n'a pas besoin de se sentir dans le rôle pour en prendre les habits. Les autres, tous les autres, d'Alaphilippe à van der Poel, de Bernal à Roglic, le voient comme ça maintenant. Non pas qu'ils n'ont pas envie de le déboulonner, bien au contraire, mais il est désormais la valeur étalon. Chaque succès obtenu en son absence n'aura pas la même valeur. Chaque victoire acquise devant lui aura une autre saveur. C'est ça, être le roi.
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