"Je pense que mon Tour de France est déjà réussi." Samedi 26 juin. Il n'est pas encore 17h30 et Julian Alaphilippe a déjà réussi son Tour. Un sacré luxe. Mais le champion du monde a raison. Comme souvent, comme presque toujours sur la Grande Boucle, il a répondu présent au rendez-vous qu'il s'était lui-même fixé. Cette première étape bretonne était taillée pour lui. Alors il a assumé, il a attaqué, et il a gagné. Avec la manière. Un démarrage implacable, à plus de deux kilomètres de l'arrivée à Landerneau, et personne n'a revu le Français, qui a pris un risque. Mais son audace a payé.
Au pied de la côte de la Fosse aux Loups, Dries Devenyns, son poisson-pilote préféré dans les bosses, a pris les choses en main. Comme prévu. "On a fait comme on l'avait imaginé dans le bus pendant le meeting avant la course, a confié le Belge à Eurosport. Tout le monde a fait son boulot. On voulait imprimer un gros tempo pour couper les jambes des sprinters." Ce fut réussi. Alaphilippe, lui, a passé la deuxième lame, celle qui coupe le poil, et les jambes de tous les autres, à commencer par les plus gros puncheurs, qu'ils fussent candidats à la victoire finale (Roglic, Pogacar) ou à la victoire ce samedi (comme Mathieu van der Poel).
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Une attaque monstrueuse pour un grand bonheur à l'arrivée : Alaphilippe a fait le show

Je savais que ça allait faire mal à tout le monde
Mais s'isoler n'est pas toujours gagner, Julian Alaphilippe le sait. Comme le souligne Devenyns, "c'était encore loin de l'arrivée, je ne sais pas comment il a géré". Quand le coéquipier du champion du monde apprend à notre micro que son leader a effectué le final en solo, il n'en revient pas : "Personne n'est revenu sur Julian ? Alors, il mérite vraiment de gagner. Sur une arrivée comme ça, Julian c'est vraiment le plus fort." Une victoire à la pédale, sans discussion possible. Tous derrière, et lui devant. "Tout le monde s'attendait à mon attaque, souligne-t-il. On n'a pas caché nos ambitions, l'équipe a roulé toute la journée. Les favoris étaient bien placés. Van Aert et Van der Poel ? Je pense qu'ils étaient dans ma roue... ou pas très loin (sourire)."
Alaphilippe ne voulait pas attendre. "Dans le final, j'ai voulu jauger mes adversaires en attaquant de loin, explique le héros du jour. Quand Dries s'est écarté, j'ai accéléré. Je savais que ça allait faire mal à tout le monde. Quand j'ai vu qu'il y avait un petit écart et qu’ils étaient à bloc, j'ai tout donné jusqu’à la ligne. C'était très long, il y a eu beaucoup d'acide lactique, mais c’est comme ça qu'on obtient de belles victoires." Si risque il y a eu, il était calculé. Même si ses rivaux étaient revenus, il est convaincu que tout n'aurait pas été perdu pour lui : "Je me suis dit que s'ils rentraient ils seraient cuits aussi."
Quand tout se passe comme prévu au briefing, la satisfaction est totale. Puis il y a le contexte, forcément spécial. Julian Alaphilippe est devenu papa pour la première fois il y a deux semaines. Alors, il n'a pas gagné que pour lui : "C'est un bonheur pour moi de gagner mais aussi de leur donner des émotions, je sais qu'ils suivent. Ils me manquent. C'était un moment difficile de partir après la naissance de mon petit (Nino) mais je sais pourquoi je l'ai fait, pour aller chercher une victoire, et je l'ai fait dès le premier jour. C'est vraiment une victoire spéciale pour moi. C'était un scénario que j'avais imaginé mais de là à le faire… C'est vraiment un super feeling."

Julian Alaphilippe

Crédit: Getty Images

Mûr-de-Bretagne ? "Pas mon arrivée préférée"

Il l'avait dit, disputer ce Tour de France avec le maillot arc-en-ciel sur le dos était "une source de motivation et de joie", pour lui. Dès dimanche, il devra abandonner sa tunique irisée. Pour la bonne cause. Et quand il devra délaisser le monochrome jaune, il aura plus qu'un lot de consolation. "Le jour où je perdrai le maillot jaune, je récupérerai le maillot arc-en-ciel, il y a pire...", rigole-t-il. Aucun Français n'avait gagné une étape de la Grande Boucle avec le maillot de champion du monde depuis Bernard Hinault il y a quarante ans. Aucun Français n'avait décroché le maillot jaune le premier jour depuis Christophe Moreau il y a vingt ans. Mais Alaphilippe est une machine à écraser les disettes.

Hinault sur Alaphilippe : "J'aime son dynamisme et son envie de gagner"

Et maintenant ? Puisque son Tour est "déjà réussi", qu'attendre de lui ? Toujours plus, forcément. Mais il garde sa ligne de conduite. Pas question de voir (trop) loin, de penser à une épopée à la mode 2019. "Mon objectif n'est pas de gratter du temps mais de gagner", insiste le champion du monde, qui dit avoir couru samedi "comme s'il n'y avait pas d'étape demain (dimanche)."
Son horizon, c'est donc dimanche, cette arrivée à Mûr-de-Bretagne, encore idéale pour lui. Ou presque. "C'est une belle étape, une belle arrivée qui me correspond bien mais ce n'est pas mon arrivée préférée. Mais je vais avoir à coeur de donner le maximum." Personne n'en doute. Mais sur ce qu'il a montré samedi, il va falloir s'accrocher. Pour le battre et pour le débarrasser de ce maillot jaune qui lui va si bien, pour la troisième année consécutive.

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