"Dani (Martinez) et (Adam) Yates seront nos deux leaders sur le Tour". Ces mots de Geraint Thomas, rapportés par CyclingWeekly, ne sont pas passés inaperçus cette semaine. Ils mettaient fin au semblant de suspense qui régnait sur la question du leadership au sein de la formation INEOS Grenadiers sur les routes du prochain Tour de France, après la blessure d’Egan Bernal. Prévu sur le Giro, Richard Carapaz gardera son programme initial et laissera donc le Colombien et le Britannique tenter de replacer l’équipe britannique au sommet de la Grande Boucle. Mais, même sans cette déclaration, la candidature de Daniel Felipe Martinez est telle depuis un an qu’elle semblait évidente. Et elle a encore pris du poids sur le Pays Basque.
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Il ne cesse de monter en puissance

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12/06/2022 À 20:19
Aligné aux côtés de Yates et d’une formation INEOS Grenadiers qui pourrait bien ressembler à celle de juillet, le Colombien a montré une nouvelle fois pourquoi l’équipe britannique était allée le chercher à l’intersaison 2020-2021. Révélé sur le Tour de Catalogne 2018 (7e), vainqueur dans des conditions particulières (leader, Roglic n'avait pas pris le départ de la dernière étape) du Dauphiné 2020, Martinez a franchi un cap depuis son passage chez INEOS Grenadiers, surtout cette saison (3e du Tour d’Algarve et de Paris-Nice), se montrant très régulier. Surtout, il donne l’impression de monter en puissance course après course, étape après étape. On l’a encore vu sur ce Tour du Pays Basque. On a longtemps cru que le leader de la formation britannique était Adam Yates, d’autant qu’il avait signé un meilleur prologue que son équipier (5e contre 11e). Mais la vérité des pentes effrayantes basques était tout autre.

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Piégé vers Mallabia vendredi, Yates a en revanche complètement perdu pied (il a même fini par abandonner) samedi dans l’ascension de Krabelin, un scénario inattendu qui avait déjà eu lieu dans des dimensions bien moindres sur Paris-Nice (4e au final mais au second plan en montagne). Tout le contraire d’un Martinez pas forcément aérien, dans le style comme dans les faits, mais nettement au-dessus de son équipier britannique. Aujourd’hui, Martinez semble plus fort que jamais, plus serein aussi, plus confiant alors qu’Adam Yates laisse planer l’impression qu’il a raté le coche l’an dernier, lorsqu’il semblait au meilleur niveau de sa carrière. Juillet est encore loin mais la dynamique est clairement en faveur du Colombien.

Il a le profil parfait du vainqueur du Tour

On le sait : pour gagner le Tour de France, il ne faut pas seulement savoir grimper mais être complet et régulier. Deux caractéristiques là encore qui collent bien plus à Daniel Felipe Martinez qu’à Adam Yates. S’il est transfiguré dans l’exercice solitaire depuis son arrivée chez INEOS Grenadiers, le Britannique reste bien plus à l’aise dans les chronos courts (comme le prologue du Pays Basque) que sur une distance longue comme les 40 kilomètres que les coureurs devront couvrir sur la route de Rocamadour sur le prochain Tour de France.

Daniel Felipe Martinez (INEOS Grenadiers)

Crédit: Getty Images

Spécialiste du chrono, le triple champion de Colombie est une valeur plus fiable, même s’il ne fait pas non plus partie des meilleurs mondiaux. Et c’est justement de fiabilité dont il est question. Capable d’être exceptionnel comme à la rue en montagne, Adam Yates n’a pas cette régularité qui distingue un potentiel vainqueur de Grand Tour d’un coureur d’une semaine. Le constat peut évidemment paraitre sévère pour le Britannique, 4e du Tour 2016 et de la Vuelta 2021, mais il n’en est pas moins vrai. Son début de saison en est encore la preuve. Plus régulier, Martinez a aussi montré sur le Giro l’an passé (5e) que les troisièmes semaines ne lui faisaient pas peur (5 places de gagnées après la 13e étape).

Martinez reste le dernier "non-Jumbo" à avoir battu Pogacar

Peu importe qu’elle joue la carte Yates ou Martinez, ou même Thomas, Geoghegan Hart voire Bernal comme cela était prévu, INEOS Grenadiers ne se présentera pas à Copenhague avec le favori de l’épreuve. Ce statut est réservé au double vainqueur sortant, Tadej Pogacar, qui sera l’homme à battre. Et ça tombe bien, la formation britannique compte dans ses rangs l’un des deux derniers coureurs à avoir battu le Slovène sur une course par étapes pour la remporter ; il s’agit bien sûr de Martinez, à l’occasion de son succès sur le Dauphiné 2020.

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Les conditions de sa victoire étaient certes particulières mais celles qui lui ont permis de devancer Pogacar ne l’étaient pas. Le Colombien avait seulement été plus fort que le Slovène, qui allait gagner son premier Tour de France quelques semaines plus tard. Depuis, ils ne se sont plus affrontés et Pogacar n’a été battu qu’à une seule reprise sur une course par étape, au Tour du Pays Basque 2021, devancé par les Jumbo-Visma Primoz Roglic et Jonas Vingegaard. Comme s’il fallait gagner dans le Nord de l’Espagne pour pouvoir espérer triompher du cannibale d’UAE Team Emirates en juillet…

Un beau clin d’œil au leader initial

Il y aurait aussi un petit côté symbolique à voir Daniel Felipe Martinez prendre la place d’Egan Bernal en tant que leader d’INEOS Grenadiers sur le Tour de France. Déjà parce que cela resterait un Colombien. Mais le symbole tiendrait surtout du fait que le vainqueur du Tour 2019 doit beaucoup à Martinez lors de son succès sur le Giro 2021. Sans ce dernier, ses encouragements véhéments et son soutien dans la montée de Sega di Ala, il n’est pas certain que Bernal aurait remporté le Tour d’Italie. Le voir prendre la place de leader réservée à son compatriote avant sa blessure aurait une forte valeur symbolique. Mais elle serait surtout la résultante d’une vraie logique sportive.

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