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Tour des Flandres : Un monument pavé, ce n'est pas (encore) pour les Français

Un monument pavé, ce n'est pas (encore) pour les Français

Le 04/04/2014 à 22:56Mis à jour Le 06/04/2014 à 12:49

Pour la première fois depuis une dizaine d’années, la France se présente au Tour des Flandres avec plusieurs candidats au podium. Mais, pour la victoire, cela reste toujours aussi compliqué.

Il semble loin le temps où Sylvain Chavanel (IAM) était le seul Français à pouvoir espérer un résultat sur le Tour des Flandres. Il y a seulement cinq ans, le Poitevin se battait pour la victoire (revenue finalement à Devolder) tandis que les autres Tricolores peinaient sur le "Ronde". Mais depuis, la France est redevenue une des nations les plus compétitives sur les Flandriennes. Année après année, de plus en plus de coureurs de l’Hexagone ont joué les premiers rôles sur les pavés, notamment au Tour des Flandres. Une tendance qui a atteint son paroxysme cette année, avec pas moins sept Français à viser - au minimum - le top 10.

Infographie France Tour des Flandres

Il faut dire Sylvain Chavanel a montré que les Flandriennes n’étaient pas réservées aux Belges et à Cancellara (Trek Factory). Le Châtelleraudais est depuis devenu un outsider sérieux, désormais leader chez IAM. Mais le vrai symbole de ce changement d’état d’esprit réside dans la composition des équipes FDJ.fr, Cofidis et AG2R La Mondiale. Il y a dix ans, les leaders étaient étrangers et se nommaient Philippe Gilbert, Bernhard Eisel ou Staf Scheirlinckx. Aujourd’hui, ils ne sont plus uniques et, surtout, sont Français. Dans l’équipe de Marc Madiot, quatre coureurs rêvent d’une belle performance : les deux protégés Arnaud Démare et Yoann Offredo mais aussi Matthieu Ladagnous et Johan Le Bon. Du côté de Vincent Lavenu, Damien Gaudin et Sébastien Turgot auront également leurs mots à dire. Longue à (re)venir, la culture des classiques pavées a enfin (re)prise en France où les Flandriennes ne sont plus les courses que l’on souhaite éviter.

Ce dimanche, ils seront trois coureurs tricolores de moins de 25 ans au départ du "Ronde". Parmi eux, on retrouve l’une des meilleures chances françaises avec Arnaud Démare et la plus prometteuse avec Florian Sénéchal (Cofidis). Ce dernier symbolise vraiment la volonté des cyclistes français de courir dès les juniors les épreuves pavées. Vainqueur en 2011 du Paris-Roubaix juniors et deuxième du Tour des Flandres juniors la même année, neuvième de "l’Enfer du Nord" espoirs en 2012, le jeune (20 ans) Cofidis semble apprendre très vite. Pour ses premiers pas chez les professionnels, le coureur de Cambrai multiplie les places d’honneurs sur les flandriennes. Dix neuvième sur l’Het Nieuwsblad, Florian Sénéchal fait encore mieux sur A Travers la Flandre (17e) puis au Grand Prix E3 (14e). De quoi viser un top 10 sur le Tour des Flandres ? Peut-être. Mais plus relèverait d’un exploit inédit. Car les Monuments demandent plus que des qualités naturelles.

Du temps pour l’expérience, des échecs pour la gagne

On le dit souvent. Pour espérer gagner Paris-Roubaix ou le Tour des Flandres, il est nécessaire de connaître l’épreuve. Courir intelligemment, se placer idéalement à l’abord des "bergs", ces monts pavés si spécifiques aux Flandriennes est primordial. Savoir quand remonter, quel côté utilisé dans les monts pavés, tout ceci ne s’acquiert qu’après plusieurs participations. "Les classiques, c’est une culture où l’expérience compte pour beaucoup, déclare Florian Sénéchal sur Velochrono.fr. Pour aimer ces courses, il ne faut pas avoir peur d’aller à la guerre, il faut être attentif car chaque virage, chaque mont réserve son lot de surprises", précise le jeune Français avant d’avouer : "Mais il me reste du chemin à parcourir. Rien ne remplace l’expérience et les plus aguerris connaissent vraiment par cœur le parcours. Ils remontent aux moment clés". D’où la nécessité de faire participer les jeunes dès leurs premières années à ces courses de prestige, une chose que les équipes répugnaient à faire il n’y a pas si longtemps.

Mais ce n’est pas le seul problème de ces Français aux qualités indéniables sur les classiques pavées. Jeunes, les cyclistes manquent de caisse, de fond, de cette force physique qui permet de faire la différence et de suivre les meilleurs en fin de course. Heureusement, les nouvelles pépites du vélo français en sont conscientes, à l’image de Florian Sénéchal : "Il me manque encore un peu d’endurance. Sur 210 kilomètres, ça va, mais qu’en sera-t-il sur 260 ou plus ?", se demande-t-il au cours d’une interview donnée à Velochrono.fr. A 22 ans, Arnaud Démare en est lui à sa deuxième participation et avait fini 24e l’année passée, à 2’30’’ du vainqueur Fabian Cancellara. Une place honorable bien sûr mais qui montre bien l’écart gigantesque qui réside entre un débutant et un coureur confirmé.

CYCLISME Florian Senechal Cofidis 2014 Tour du Gabon

CYCLISME Florian Senechal Cofidis 2014 Tour du GabonAFP

En 2014, les Français ont cependant montré sur les classiques qu’ils étaient présents, à l’image de la deuxième place de Démare sur Gand-Wevelgem. Malheureusement, contrairement au sprinteur de la FDJ.fr, la plupart des autres coureurs français visant une belle place peine à gagner. Cette culture de la gagne, elle s’acquiert à la suite d’échec cuisants, comme celui subit par Sylvain Chavanel en 2011 lorsqu’il s’incline au sprint face à Nuyens au "Ronde". Le Poitevin a retenu la leçon, à l’image de sa victoire sur Paris-Nice l’an passé sur la Promenade des Anglais. Cependant, Chavanel a changé sa manière de courir, privilégiant une course d’attente. Et son manque de puissance l’a empêché de suivre Cancellara et Sagan dans le Vieux-Quaremont en 2013.

Les Français ont les qualités. On retrouvera probablement plusieurs Tricolores dans le top 10 à Audenarde. Mais, à l’heure d’aujourd’hui, beaucoup souffrent d’un manque d’expérience et de fond. Cette saison encore, Chavanel sera la meilleure chance française. Mais, pour gagner, il faudra courir comme en 2011 et prendre des risques.

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