Si Mathieu Van der Poel avait choisi d’être Belge, leur rivalité n’aurait peut-être pas pris la même tournure. Mais l’histoire entre Wout Van Aert et le Néerlandais semblait destinée à être plus qu’un duel. Tous deux nés dans la province flamande d’Anvers, à Herentals pour Van Aert et à Kapellen pour Van der Poel, le premier reste belge tandis que son futur adversaire choisit la nationalité de son père, Adrie, la néerlandaise. Un détail alors de leur histoire qui n’en deviendra pas un puisque c’est ce choix qui les opposera toute leur carrière, notamment sur les championnats du monde de cyclo-cross, là où s’est forgée leur rivalité depuis leurs premiers duels en juniors en 2011. Une rivalité qui s’est faite à coup de victoires toujours plus nombreuses depuis 2015.

Wout Van AertMathieu Van der Poel
Titres mondiaux3 (2016, 2017 et 2018)3 (2015, 2019 et 2020)
Général du SuperPrestige1 (+ 7 victoires)4 (+ 29 victoires)
Général de la Coupe du monde2 (+ 9)1 (+ 26)
Nombre de Victoires54118
Tour des Flandres
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Mais Mathieu Van der Poel a fini par prendre le dessus dans les sous-bois, à l’image d’une saison 2017-2018 légendaire où il gagne 7 des 9 épreuves de la Coupe du monde, 6 des 8 courses en Superprestige et 7 des 8 courses du Trophée des AP Assurances. Malgré Wout Van Aert. Et, à force de basculer dans l’escarcelle de Mathieu Van der Poel au fil des années, ces duels se sont peu à peu transformés en rivalité, même si les deux hommes ont longtemps évité d’employer ce terme.

"Nous ne sommes pas amis et on ne le sera jamais, mais nous nous respectons", assurent-ils tous deux. Wout Van Aert estimait même en mai dernier qu’ils étaient adversaires, rien de plus. "Sommes-nous rivaux avec Mathieu ?, évoquait d’ailleurs le Belge en mai dernier dans un passage au Gert Late Night. Non, le mot est certainement un peu trop fort. Mais nous ne sommes pas amis non plus. Lorsque vous vous retrouvez toujours face au même adversaire et que vous vous battez contre lui, vous ne pouvez pas être amis avec lui cinq minutes plus tard". Surtout quand celui-ci vous bat chaque semaine.

Il préférait que je perde plutôt que de gagner

Leur arrivée sur le route mettait l’eau à la bouche tant leurs potentiels sont sans limite et leur champ d’expression semblable. Pourtant, les deux hommes se sont rarement retrouvés, avec seulement 22 courses communes depuis 2014. Et aucun véritable face-à-face depuis 2017. Et, s’ils avaient pris ensemble le départ de plusieurs classiques, ils n’ont jamais répondu présent le même jour, seul le Tour des Flandres de l’an dernier pourrait faire exception, les deux hommes finissant dans le groupe se jouant le podium (4e et 14e).

Mais leur histoire est alors bien loin de la dimension épique de leurs duels en cyclo-cross. Du moins, jusqu’à ce fameux Gand-Wevelgem 2020. Favoris de l’épreuve, les deux hommes multiplient les offensives mais Van Aert ne parvient pas à se distancer Van der Poel, supposé selon lui ne pas jouer la gagne. "Dans le final, il n'y en avait vraiment qu'un seul qui me regardait tout le temps, c'est Van der Poel, enrageait le Belge en zone mixte. Oui, je parle bien de lui. Apparemment, il préférait que je perde plutôt que de gagner lui-même. Il a peut-être oublié que j'ai déjà eu beaucoup de victoires jusqu'ici". Et ce n'est pas son bilan de 2020 et ses six succès qui vont le contredire.

Wout Van Aert et Mathieu Van Der Poel lors des Mondiaux de cyclo-cross 2019

Crédit: Getty Images

Mais ce n’est pas parce qu’il a pris l’habitude d’être le poil à gratter de son adversaire que Mathieu Van der Poel se devait de laisser passer de telles déclarations, qu’il n’a pas du tout bien pris. Et il s’est d’ailleurs dépêché d’y répondre. "C'est un peu bas de dire que j'ai roulé pour qu'il perde, réagissait-il sur Sporza. Quand Wout a attaqué, j’ai contre-attaqué. Après tout, il était l’un des meilleurs coureurs du groupe. J’ai fait ma propre course pour gagner. Mais à un moment, je n'en pouvais plus derrière le groupe de Pedersen. C'était un peu une loterie". Une loterie remportée par le Danois Mads Pedersen et dont la rivalité entre le Belge et le Néerlandais est ressortie grandie, malgré les dires du petit-fils de Raymond Poulidor. "Ça n'a rien à voir avec notre rivalité", assure-t-il. Mais tout est lié, surtout à une semaine d’un Tour des Flandres que les deux hommes vont aborder pour la première fois en qualités de grands favoris.

Cette rivalité dure depuis longtemps

Interrogé en visio-conférence par différents médias dans l’optique du Ronde, Wout Van Aert s’est montré étonné de l’ampleur prise par leurs déclarations respectives. "Cela m'a surpris qu'un jour après on revienne là-dessus, mais en même temps non, avouait-il. J'aurais dû le dire probablement plus calmement, peut-être en le gardant pour moi, mais à ce moment-là, j'y ai pensé et je n'ai pas changé d'avis". Mais le Belge de la Jumbo-Visma est habitué à faire la Une des journaux sportifs, surtout quand il est opposé à Mathieu Van der Poel.

"La rivalité entre Mathieu et moi dure depuis plus longtemps que Gand-Wevelgem, a-t-il poursuivi. En cyclocross, nous avons déjà eu plusieurs gros duels. Après, la plupart du temps, nous étions premier et deuxième, donc on en a moins parlé. Mais selon moi, j'ai déjà été plus en colère après un cross que dimanche dernier". Mais cette réaction, après son doigt d’honneur intervenu sur le Tour de France envers Peter Sagan, et le blâme que s’est infligé Mathieu Van der Poel après sa 2e place sur la Flèche Brabançonne, témoigne encore un peu plus du caractère de champion des deux hommes, que l’on reverra surement aux avants-postes sur le Tour des Flandres.

Wout Van Aert (Jumbo-Visma) et Mathieu Van der Poel (Alpecin-Fenix), sur Gant-Wevelgem 2020

Crédit: Getty Images

Jusqu’ici, aucun n’a véritablement brillé sur l’épreuve, même si le Néerlandais avait réussi un numéro dont il a le secret l’an passé pour décrocher la 4e place au terme d’une remontée fantastique après des soucis mécaniques. Moins expérimentés qu’un Alexander Kristoff (victorieux en 2015, top 16 de chacune de ses participations), dotés d’équipes moins fortes que la Deceuninck-Quick Step, Wout Van Aert et Mathieu Van der Poel resteront les deux hommes à battre. A condition de ne centrer la course seulement sur eux deux. "J'ai tiré les leçons de Gand-Wevelgem, assure Van Aert. Je ne me ferai pas avoir à nouveau".

De son côté, Mathieu Van der Poel préfère se concentrer sur ses propres sensations. "Dimanche, ce sera une course très difficile à gagner de toute façon, mais j’ai emmagasiné pas mal de confiance pendant ce Gand-Wevelgem, expliquait-il l'épreuve. Je voulais aussi gagner cette course, même si Wout a une opinion différente". A Audenaarde, voir les deux hommes s’expliquer serait la meilleure des réponses à donner. La plus prestigieuse aussi. "Je veux gagner des courses et pour cela, je devrai souvent devancer Mathieu, conclue le Belge. C’était ainsi en cross et, sur la route, cela ne changera pas". C'est aussi le cas pour Van der Poel. Et ça promet une grandiose décennie, dans le sillage d’une merveilleuse rivalité qui a enfin atteint la route. Pour notre plus grand plaisir.

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