Depuis longtemps désormais, il y a les spécialistes des classiques flandriennes d’un côté, ceux des classiques ardennaises de l’autre, et personne vraiment qui se permet de jouer les deux, à de très rares exceptions près. Mais 2020 ne ressemble décidément à aucune autre année et, dimanche, près d’une vingtaine de coureurs ayant participé à Liège-Bastogne-Liège il y a deux semaines, dont quatre membres du top 10, seront au départ d’Anvers. Parmi eux, le champion du monde Julian Alaphilippe, venu se tester sur le Tour des Flandres. Spécialiste des classiques ardennaises avec deux victoires sur la Flèche Wallonne, des podiums sur Liège et l’Amstel, Julian Alaphilippe ne s’était jusqu’ici jamais risqué à participer quelques semaines auparavant aux Flandriennes. Mais la modification du calendrier en raison de la crise du Covid19, avec un Tour des Flandres disputée deux semaines après Liège-Bastogne-Liège, lui a permis d’envisager cette hypothèse encore plus sereinement.

Julian Alaphilippe (Deceuninck-Quick Step) en reconnaissance des pavés en juin 2020

Crédit: Getty Images

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Et avec une confiance totale depuis le Tour de France (victoire d’étape, maillot jaune) et surtout son titre mondial à Imola. De quoi aborder et découvrir le Tour de Flandres sans aucune pression. « Tout le monde sait que le Tour des Flandres est une course emblématique et la découvrir est un défi pour moi », disait-il en juin, mois au cours duquel il s'est testé à une sortie sur les pavés avec ses coéquipiers. Une pensée confirmée récemment. « J'ai envie de me faire plaisir, affirmait-il. Je veux découvrir cette course sans pression, sans stress ». Avec le maillot de champion du monde sur les épaules qui plus est. Mais le Tricolore ne sera pas forcément la carte maitresse de son équipe dimanche. Alaphilippe lui-même l’assure, la Deceuninck-Quick Step ne misera pas que sur lui. "Je veux faire une bonne course, aider mon équipe et lui donner le maximum, expliquait-il pour le Het Nieuwsblad. J’aurai bien sûr un rôle important, mais je ne serai pas considéré comme le coureur qui doit gagner."

Pas un favori mais capable de briller

Difficile en même temps de privilégier un novice, tout champion du monde qu’il soit, à un Asgreen deuxième en 2019 ou à un Stybar, trois fois dans le top 10. Sur le papier, le Français ne devrait être qu’un soutien de luxe pour ces coureurs, plus habitués que lui aux terribles monts flandriens. "C’est la première fois que je cours le Ronde, rappelle-t-il. C’est déjà assez dur pour les coureurs qui l’ont fait cinq ou six fois… Il m’est impossible de vous dire si je vais avoir les qualités physiques pour briller dans le final. Ne faites pas de moi un favori." Un favori, non. Mais il semble difficile de ne pas voir le Tricolore s’illustrer sur le Ronde et son équipe doit y croire aussi pour avoir aligné son lieutenant et ami, Dries Devenyns, pas le plus Flandrien des Deceuninck-Quick Step. Sans doute le meilleur puncheur du monde depuis deux ans, en compagnie de Marc Hirschi depuis cet été, le Français n’en est pas moins d’une polyvalence exceptionnelle, capable de gagner en contre-la-montre, d’être avec les meilleurs en montagne, de s’imposer au sprint mais, aussi, de briller sur les ascensions pavées.

"Même s'il n'a jamais participé, Alaphilippe a tout ce qu'il faut pour gagner"

Sa victoire cette semaine sur la Flèche Brabançonne, dont il avait pris la 2e place l’an dernier, en est d’ailleurs une première preuve. Certains estimeront que ce ne sont pas les mêmes pavés qu’au Tour des Flandres et ils auront raison. Mais ce serait oublier que Julian Alaphilippe a déjà brillé sur les routes du Ronde, à l’occasion du BinckBank Tour – alors appelé Eneco Tour – en 2015. Dixième du général, le Tricolore avait surtout pris la 5e place de l’étape se finissant à Grammont. Ce jour-là, il suit des Flandriens comme Philippe Gilbert, Greg Van Avermaet ou Tiesj Benoot sur les mythiques pentes pavées du Mur de Grammont et du Bosberg (absentes du parcours du Ronde 2020) mais aussi sur les ascensions asphaltées du Kanarieberg, du Leberg, du Berendries et du Valkenberg, qu’il retrouvera ce dimanche. Mais le Tour des Flandres propose bien plus de bergs, avec plus de 8000m d’ascensions pavées, contre 5300 sur l’Eneco Tour 2015. Une différence marginal, certes, mais qui change considérablement la difficulté. "Ce n’est pas parce que vous pouvez vous amuser sur quelques pavés que vous pouvez gagner", estime d’ailleurs le Français.

L’exemple Valverde, la réussite Durand

Pourtant, le passé récent tend à croire en les chances du coureur de Saint-Amand-Montrond, qui pourra se raccrocher à la performance d’Alejandro Valverde en 2019. L’Espagnol, coureur dont le Français se rapproche le plus en termes de qualités et polyvalence et dont il est d’ailleurs le successeur sur la Flèche Wallonne, avait pris la 8e place l’an dernier pour ses débuts sur le Ronde, se montrant même parmi les plus forts sur la dernière montée du Paterberg. Preuve que l’on peut briller sur le Tour des Flandres sans être un coureur particulièrement puissant, même si l’Espagnol l’est déjà plus que le Français. Mais de là à gagner, il y a un pas beaucoup plus difficile à franchir. Depuis trente-huit ans et le succès en solitaire de René Martens, aucun novice ne s’est imposé sur le Ronde, le meilleur résultat pour une première participation ayant été réalisé, là aussi l’an dernier, par son équipier Kasper Asgreen (2e). Mais, après tout, cela fait aussi 28 ans qu’aucun Français n’a remporté le Tour des Flandres, depuis le succès de Jacky Durand en 1992, pour sa deuxième participation. Alors sait-on jamais… Avec Julian Alaphilippe, on n’est plus à une (bonne) surprise près.

Julian Alaphilippe (Deceuninck-Quick Step) à la lutte avec Mathieu Van der Poel (Alpecin-Fenix) sur la Flèche Brabançonne 2020

Crédit: Getty Images

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