C’est juste incroyable", s’exclamait-il après la ligne d’arrivée. Cette fois, il le tient. A 25 ans, Mathieu van der Poel s’est offert le plus beau succès de sa carrière à Audenarde en remportant le mythique Tour des Flandres, une épreuve que son père, Adrie, avait remporté en 1986. De quoi poursuivre une superbe lignée de vainqueurs de Monuments puisque son grand-père, Raymond Poulidor, avait lui remporté Milan-SanRemo en 1961.

Pourtant, le chemin n’a pas été sans embûche pour le 4e de l’édition 2019. “Le début de la saison n’était pas si bon que cela pour moi, avoue t-il. Mais j’ai continué à travailler avec l’équipe et finir comme cela, c’est extraordinaire”. Le Néerlandais a cette fois dompté tous les éléments en courant à la perfection. Surtout, Van der Poel a très bien lu la course en prenant la roue de Julian Alaphilippe lorsque celui-ci a décidé d’attaquer loin de l’arrivée. “Julian a lancé la course dans le Koppenberg et j’ai tout de suite senti que je devais l’accompagner, raconte-t-il. Dans le Taaienberg, Wout Van Aert a réussi à nous rejoindre et je pense que nous avions alors les trois coureurs les plus forts à l’avant. Je savais que c’était un moment décisif”.

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Sprint royal et photo finish : entre van der Poel et Van Aert, c'était chaud

En tout cas le premier moment clé. Le second, lui, est arrivé quelques minutes plus tard avec la chute du champion du monde, envoyé à terre par une moto. “Van Aert assurait son relais et essayait d’éviter le vent, raconte le Néerlandais, qui a lui évité de peu la chute. Il s’est déplacé sur la droite de la route et je pense que Julian a vu la moto un peu trop tard et a percuté l’arrière du véhicule. A cet instant, je savais alors que ça allait se jouer entre moi et Van Aert”.

Je savais que je devais sortir mon meilleur sprint

Et il a eu raison puisque le contre, pointé alors à 30’’, n'est jamais revenu, la faute à la bonne entente entre les deux hommes de tête. “Il aurait fallu qu'ils se surveillent beaucoup plus et jouent au chat et à la souris dans le final pour qu'on puisse revenir”, analysait d’ailleurs justement Alexander Kristoff (UAE Team Emirates), 3e pour la deuxième année d’affilée. Mais, une semaine après leur guerre médiatique à la sortie de Gend-Wevelgem, Wout van Aert et Mathieu van der Poel ont su laisser les différends de côté pour éviter le retour de leurs poursuivants et se disputer la victoire du Tour des Flandres.

Mathieu van der Poel / Wout Van Aert - Flandern 2020

Crédit: Getty Images

Dotés d’une solide pointe de vitesse, les deux hommes étaient persuadé de pouvoir s’imposer dans la dernière ligne droite. Et le sprint, très serré, leur a donné en partie raison. “Notre vitesse n’était pas très rapide au début, nous avons attendu très longtemps avant de lancer notre sprint, raconte Van der Poel. Je voulais lancer mon sprint en premier et je savais que je devais sortir mon meilleur sprint pour le battre. J’ai donc attendu et tout donné”. Et cela a suffi au plus grand bonheur du Néerlandais, même s’il lui a fallu du temps pour être sûr d’avoir tenu. “D’habitude, je sens toujours si je l’emporte ou pas, avoue t-il. Et là, j’ai dû tellement puiser en moi pour ce sprint que je n’ai même pas vu si j’avais gagné ou pas...” Mais il y est bien parvenu.

Un rêve d'enfance pour Van der Poel

Calé dans la roue de Van der Poel au moment du sprint, et fort de ses deux victoires dans l'exercice sur le Tour de France, Wout van Aert faisait pourtant figure de favori dans la dernière ligne droite. Mais le Belge ne pouvait pas faire beaucoup mieux... “Je n'ai pas assez bien géré le sprint, analyse le coureur de la Jumbo-Visma. J'ai sprinté en étant trop exposé au vent, j'aurais dû davantage profiter de l'aspiration de Mathieu. Mais de toute façon, dans un sprint à deux, c'est le plus fort qui gagne et c'était Mathieu. Il n'y avait qu'une petite différence mais c'était quand même le plus fort”.

Van der Poel : "Gagner le Tour des Flandres, c'est un rêve d'enfance"

Déjà vainqueur de l’Amstel Gold Race en 2019, de toutes les épreuves possibles en cyclocross, Mathieu van der Poel décroche donc sa première classique majeure flandrienne. Celle qu’il tenait absolument à décrocher. “Gagner le Tour des Flandres, c’est un rêve d’enfance...”, assure-il. En luttant avec Van Aert pour la victoire, son rival de toujours, il a surtout réalisé le rêve de la grande majorité des suiveurs. Et il y a ajouté la notion de satisfaction. "C'est un nouveau gros épisode dans la rivalité avec Van Aert, souriait-il. On se bagarre depuis qu'on roule à vélo. Finir au sprint, l'un contre l'autre, ce Tour des Flandres, c'est incroyable." Le battre pour décrocher un Monument, c’est encore mieux.

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