Mathieu van der Poel (75 kgs), Wout Van Aert (78 kgs), Peter Sagan (78 kgs), Greg Van Avermaet (74 kgs) et même Oliver Naesen (72 kgs)... Briller sur le Tour des Flandres sous les 70 kilogrammes sur la balance semble être une gageure. Et pourtant, le troisième homme de l'édition 2020, celui à qui la chance n'a pas souri, ne pèserait qu'aux alentours des 62 kilos. Lui, c'est Julian Alaphilippe. Puncheur racé à qui on a promis et on promet encore les plus belles Ardennaises, le Français a découvert les Flandriennes en 2020 et y a brillé. Tout en ayant donc un morphotype différent de celui de ses adversaires.
Comment le champion du monde peut-il être à la fois bon sur les deux grands types de classiques du printemps ? Rares sont ceux à en être capable et l'histoire récente le prouve. Ni Boonen, ni Cancellara, Flandriens parmi les Flandriens, n'ont joué la victoire sur Liège-Bastogne-Liège pas plus que les puncheurs Bettini ou Valverde ne sont montés sur le podium du Tour des Flandres. Philippe Gilbert a lui remporté ces deux courses mais à six ans d'intervalle et en changeant physiquement. Sans aller jusqu'à dire que Julian Alaphilippe est unique, bien qu'il le soit à certains égards, on peut au moins dire sans se tromper qu'il fait ce que d'autres n'ont pas réussi. Et que c'est déjà un bel exploit.

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Puissance pure contre rapport poids/puissance

Quelle est la différence fondamentale entre Flandriennes et Ardennaises ? "Le pavé, répond évidemment Franck Alaphilippe cousin et entraîneur de Julian. Il faut de la puissance pure pour y briller". Puissance qui va souvent de pair avec la masse physique dans les jambes mais aussi et surtout dans les hanches. Il n'est pas étonnant que les meilleurs rouleurs, Cancellara pour n'en citer qu'un, soient à l'aise sur Paris-Roubaix. "Les Ardennaises ont un dénivelé relativement élevé et là c'est plutôt le rapport poids/puissance qui est important", poursuit Franck. Là où Alaphilippe, poids plume donc, n'a que peu d'égal et où ses accélérations font souvent mouche.
"Pour autant, j'ai toujours pensé que le Tour des Flandres correspondait à Julian, assure encore son coach de toujours. Il y a du pavé mais ce sont les monts, des côtes courtes et pentues, qui font la différence. Avec le pourcentage, le rapport poids-puissance est important. Si on l'imagine à Roubaix, là où c'est tout plat, non il lui manquerait de la puissance pure". On l'a compris, c'est ici que le bât-blesse pour Alaphilippe. Sur le Ronde, il compense par son explosivité comme on l'a vu en 2020 quand il avait été à l'initiative de mouvement décisif. Attention, néanmoins à la météo. Un pavé glissant dans les monts rendrait moins efficace une accélération en danseuse. Les coureurs puissants naturellement trouveraient là un avantage certain en étant capable d'imprimer un gros rythme les fesses vissées sur la selle.

Le physique pour les Ardennaises, le caractère pour les Flandriennes

La pluie n'est pas annoncée pour dimanche et le Français de la Deceuninck-Quick Step devrait une nouvelle fois s'éclater dans cette course qui, paradoxalement, lui ressemble. "Les Ardennaises correspondent parfaitement à ses caractéristiques physiques mais [...] c'est l'inverse de ce qu'il aime faire en course", note son entraîneur. Les Flandres en revanche… : "On peut toujours dire que ça ne lui correspond pas d'un point de vue physique, et je ne suis pas d'accord avec ça, en revanche, ça correspond parfaitement à son caractère". Entendre ses coéquipiers en parler chez Deceuninck-Quick Step l'a toujours plus rapproché de ces courses jusqu'à 2020 où il a franchi le pas.
Nul ne sait si Julian Alaphilippe aurait remporté le Tour des Flandres sans cette maudite moto mais ce qu'on peut assurer sans trembler c'est qu'il serait monté sur le podium, au moins. Coup d'essai, coup de maître. Une habitude pour celui qui remportait les Strade Bianche dès sa première participation et montait sur le podium de La Flèche Wallonne (2e) et de Milan-Sanremo (3e) dans la même situation. Une réussite qui trouve sa source dans sa concentration en reconnaissance et son écoute de ses coéquipiers et directeurs sportifs selon son entraîneur.

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En 2020, Alaphilippe découvrait donc ce si particulier Tour des Flandres. Il a vu qu'il pouvait y briller et pourquoi pas l'emporter. Assez pour se donner envie d'axer son entraînement là-dessus ? "Non, on n'a pas travaillé le pavé spécifiquement, répond Franck. C'est pour ça qu'il a tenu à participer au Het Nieuwsblad en février et À Travers la Flandre ce mercredi. Nous avons simplement continué à développer ses qualités". Et la prise de poids dans tout ça ? "On l'avait évoquée l'année dernière quand Julian a émis le souhait de participer au Tour des Flandres". Problème pour Alaphilippe, son corps n'en est pas vraiment capable, son métabolisme l'en empêche.
"L'année dernière, il arrivait pour la gagne. Sans rien modifier, il n'était déjà pas loin", relève son coach. Finalement, si Alaphilippe devait gagner un jouer le Ronde, ce serait en le faisant à sa manière, avec l'explosivité qui le caractérise. Et ceci aurait en plus la vertu de n'altérer en rien ses chances de victoires sur d'autres terrains. Pourquoi changer une équipe qui peut gagner ?

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