Le contexte

Sans présager de la qualité des débats, ce Super Bowl 2021, le 55e du nom, possède une incontestable force d'attraction. Elle tient évidemment avant tout en deux noms : Tom Brady et Patrick Mahomes. Les deux quarterbacks aimantent l'attention et l'excitation, à juste titre. A 43 ans, Brady va devenir le plus vieux joueur, tous postes confondus, à disputer le Super Bowl. Ce sera sa 10e participation et il peut glaner un 7e titre. Du jamais vu, évidemment. En venant à Tampa Bay, il a pris un risque, mais il a déjà gagné son pari. Sa légende n'est plus à écrire, mais il peut l'agrémenter d'une de ses plus belles pages.
Face à lui, Patrick Mahomes s'impose comme le rival idéal. A seulement 25 ans, le joueur le plus payé de l'histoire du sport américain n'a bien sûr pas encore le palmarès de Brady, mais il a déjà beaucoup accompli. Tenant du titre, Kansas City compte sur lui pour conserver le trophée Vince Lombardi, ce que personne n'a réussi à faire depuis maintenant plus de quinze ans. Charisme, talent, leadership, sang-froid dans les moments décisifs, Mahomes possède la panoplie complète. En guidant les Chiefs vers un deuxième sacre consécutif, il s'ancrerait solidement, et son équipe avec lui, dans l'histoire de la NFL. La dimension historique de ce match lui confère donc tout son intérêt.
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"C'est LeBron contre Jordan" : Brady - Mahomes, le plus grand duel de l'histoire du Super Bowl ?
04/02/2021 À 22:53

Jusqu'à 2,25 millions dollars de primes : le jackpot qui attend Brady au Super Bowl

Les deux équipes ont connu des trajectoires différentes cette saison. Kansas City a déroulé d'un bout à l'autre ou presque et, sans écraser leurs adversaires chaque week-end, loin de là, les hommes d'Andy Reid ont fini avec 14 victoires pour seulement 2 défaites, dont une, lors de l'ultime journée, n'avait aucune incidence. Tampa, à l'inverse, a connu une mise en route chaotique. Aux trois-quarts de la saison, la présence des Buccaneers en playoffs n'avait même rien d'une garantie. Mais ce groupe, largement renouvelé à l'intersaison, notamment en attaque (arrivées de Brady, Gronkowski, Brown...) avait besoin de temps.
En playoffs, en revanche, les Floridiens ont impressionné, en s'imposant trois fois à l'extérieur, à Washington, puis surtout à New Orleans et Green Bay, équipes menées par deux autres quarterbacks de légende, Drew Brees et Aaron Rodgers. Leur récompense ? Ils vont devenir la toute première équipe à disputer un Super Bowl à domicile. De par le potentiel des deux formations, c'est sans doute l'affiche la plus logique. Pour ce Super Bowl LV, c'est en tout cas, à n'en pas douter, le plus affriolante. Cerise sur le gâteau, il y aura environ 25 000 personnes dans le Raymond James Stadium. La plus faible affluence de l'histoire, certes, mais en ces temps de pandémie, c'est déjà une victoire.

Le Raymond James Stadium de Tampa, théâtre du Super Bowl LV.

Crédit: Getty Images

Le parcours des deux équipes

Kansas City
Saison régulière : 14 victoires, 2 défaites
Attaque : 1er (415,8 yards/match)
Défense : 16e (358,8 yards/matches)
Playoffs
Wild card week-end : Exempt
Divisional round : bat Cleveland (22-17)
Finale de conférence : bat Buffalo (38-24)
Tampa Bay
Saison régulière : 14 victoires, 2 défaites
Attaque : 7er (384,1 yards/match)
Défense : 6e (327,1 yards/matches)
Playoffs
Wild card week-end : bat Washington (31-23)
Divisional round : bat New Orleans (30-20)
Finale de conférence : bat Green Bay (31-26)

Dis, pourquoi offre-t-on des bagues aux vainqueurs du Super Bowl ?

4 joueurs de Kansas City à suivre (en dehors de Mahomes)

Travis Kelce (Attaque, Tight end) : Le meilleur de la Ligue à son poste et peut-être, d'ici quelques années, le meilleur tight end de tous les temps. Il fait des ravages dans l'axe. Presque impossible à contenir, il est le joujou préféré de Patrick Mahomes. La question n'est pas de savoir comment l'arrêter, mais simplement de parvenir à le freiner.
Tyreek Hill (Attaque, Running back) : Aussi fort soit Mahomes, Tyreek Hill joue lui aussi un rôle majeur dans cette attaque des Chiefs. Sa vitesse et son explosivité le rendent dangereux dans toutes les phases de jeu. Et lors du duel entre les deux équipes en saison régulière fin novembre, il avait martyrisé la défense de Tampa avec trois touchdowns et 269 yards à la réception.
Tyrann Mathieu (Défense, Strong safety) : Un joueur électrisant et un leader inspirant. Mathieu est un "playmaker", capable de faire la différence à tout moment. Sa polyvalence pourrait s'avérer utile face à Brady. Il aura un rôle clé à jouer pour stabiliser une arrière-garde des Chiefs parfois fragile.
Chris Jones (Défense, Defensive tackle) : Le meilleur défenseur de Kansas City. Sa force de frappe à l'intérieure de la défense des Chiefs est précieuse. Son duel direct face au "guard" de Tampa Bay Ali Marpet ne sera pas un des plus visibles à l'œil nu, mais il sera déterminant.

Chris Jones (Kansas City Chiefs)

Crédit: Getty Images

4 joueurs de Tampa Bay à suivre (en dehors de Brady)

Chris Godwin (Attaque, wide receiver) : Moins physique que Mike Evans, il est malgré tout un atout indispensable de l'attaque des Buccaneers. Lors du dernier match entre les deux équipes, Tom Brady s'était connecté huit fois avec lui. Sa capacité à se démarquer a quelque chose d'unique.
Leonard Fournette (Attaque, running back) : Après une saison régulière assez quelconque, Fournette est monté en régime en playoffs. Tampa Bay aura besoin de lui dimanche soir. Sa capacité à gagner des yards au sol sera déterminante pour ouvrir l'attaque des Bucs.
Tristan Wirfs (Attaque, right tackle) : Tampa a multiplié les recrues clinquantes avant cette saison et cela a payé. Mais la franchise floridienne a également touché le jackpot lors de la dernière draft en sélectionnant avec le 13e choix du 1er tour Tristan Wirfs. Auteur d'une saison rookie quasi-parfaite, ce joueur de ligne offensive a encore haussé son niveau de jeu en playoffs.
Lavonte David (Défense, Inside linebacker) : L'escouade de linebackers de Tampa est redoutable, avec Devin White, Shaquille Barrett et Lavonte David. A 31 ans, ce dernier a longtemps évolué dans l'ombre, à cause de la médiocrité de son équipe. Tout a changé cette saison et le voilà enfin dans la lumière. Capable de couvrir énormément de terrain, il est le métronome de cette défense.

Lavonte David (Tampa Bay)

Crédit: Getty Images

Les deux entraîneurs

Andy Reid (Kansas City) : Longtemps, il a tourné autour du trophée Vince Lombardi. Battu par... Tom Brady et New England en 2005 alors qu'il était à la tête des Philadelphia Eagles, Andy Reid a enfin décroché la récompense suprême l'an dernier. Il est dans le top 5 des entraîneurs avec le plus de victoires dans l'histoire de la NFL, mais le seul dans cette liste à ne pas compter au moins deux titres. Doublera-t-il la mise dimanche ?
Bruce Arians (Tampa Bay) : A 68 ans, Arians va devenir le deuxième coach le plus âgé de l'histoire du Super Bowl derrière Marv Levy (Buffalo) dans les années 90. Un parcours atypique. Il n'a eu sa chance comme entraîneur principal qu'à l'aube de la soixantaine. Un meneur d'hommes et une forte personnalité, toujours adepte des prises de risques en matière de coaching.

Bruce Arians et Andy Reid.

Crédit: Getty Images

Trois stats à avoir en tête

-12 contre +24. Il sera intéressant de surveiller le déroulement du premier quart-temps. Tampa a souvent opéré en mode diesel cette saison avec 88 points inscrits dans les 15 premières minutes, pour 100 encaissés. Un ratio négatif alors que les Chiefs, eux, démarrent souvent beaucoup plus fort. Leur bilan dans le premier quart ? 94 points marqués, 70 concédés.
32. Voilà peut-être un sujet d'inquiétude pour le champion en titre, et probablement un des très rares domaines dans lequel Kansas City occupe la 32e et dernière place de la Ligue : les Chiefs ont concédé un touchdown plus de trois fois sur quatre (76,6% exactement) lorsque l'attaque adverse rentre dans leur zone rouge, soit les 20 derniers yards avant leur "end zone". Si Tom Brady et l'attaque des Bucs parviennent à avancer sur ses drives au point de se rapprocher de l'en-but adverse, cette stat pourrait venir hanter les hommes d'Andy Reid.
80,6. Reste que dans ce domaine, l'attaque des Chiefs est elle aussi d'une effroyable efficacité. Lors des sept matches de playoffs joués par Kansas City ces trois dernières saisons, la bande à Mahomes a atteint 31 fois la red zone. Elle en est repartie avec 25 touchdowns, soit 80,6% de réussite. On l'aura donc compris, pour les deux équipes, la clé sera de tout faire pour empêcher l'attaque opposée de se rapprocher de sa ligne des 20 yards. Sans quoi concéder un touchdown pourrait devenir quasi automatique.

Patrick Mahomes - Kansas City Chiefs

Crédit: Getty Images

La clé du match

Difficile d'isoler un élément parmi tant de facteurs. Un Super Bowl se gagne et se perd sur une foule de détails. Mais une grande partie de l'issue de ce match pourrait tout de même tenir ici : la défense de Tampa devra réussir à mettre constamment la pression sur Patrick Mahomes, sans se découvrir. En gros, blitzer pour le perturber, mais sans trop exposer son arrière-garde.
Un subtil équilibre que San Francisco avait parfaitement maitrisé pendant trois quarts-temps l'an dernier lors du Super Bowl LIV, avant de s'effondrer dans le dernier acte. Kansas City a perdu son tackle gauche, Eric Fischer, blessé contre Green Bay, et son pendant à droite, Mitchelle Schwartz, touché au dos, ne sera pas rétabli. La protection de Mahomes est donc quelque peu fragilisée. Reste à savoir dans quelles proportions.

Notre pronostic

Il est toujours risqué de miser contre Tom Brady avant un Super Bowl même si, en dépit de son immense carrière, il y a aussi connu quelques désillusions. Tampa Bay aura l'avantage de jouer à domicile, mais pas sûr que cet argument-là pèse dans l'issue des débats. D'abord parce que le stade ne sera pas plein, ensuite parce que les Chiefs possèdent suffisamment de maturité pour ne pas être pris par le contexte.
Les Buccaneers sont sans doute supérieurs sur les deux lignes, offensive et défensive, là où les matches, dans l'ombre, se gagnent souvent. Avec Brady, Goodwin, Evans, Brown ou Gronkowski, ils disposent aussi d'un arsenal susceptible de faire mal à la défense aérienne des Chiefs, parfois suspecte.
Mais la question est toujours la même : comment stopper Patrick Mahomes et l'attaque de Kansas City ? Si l'adage dit que les défenses gagnent les Super Bowls, la puissance de feu offensive des Chiefs a tous les atouts pour tordre le cou à ce dicton. Une victoire de Tampa ne constituerait certainement pas un tremblement de terre, mais les Chiefs étaient les grands favoris à la fin de l'été, ils ont survolé la saison régulière et rien de ce que nous avons vu en playoffs n'est de nature à inciter à un changement d'avis. Malgré Brady.
Kansas City 35 -Tampa Bay 27

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