Être un "fils de". Une chance ? Un luxe ? Peut-être. Un poids, aussi. Arch Manning n'est pas à proprement parler un "fils de" dans son domaine. Mais ce n'est pas plus simple à gérer pour lui. Il est un "petit-fils de" et un "neveu de". Plutôt deux fois qu'une, d'ailleurs. Archie Manning, c'est le dernier descendant de la plus célèbre lignée de la NFL. Archie, ou Arch pour les intimes et tous les autres, afin de le distinguer de son illustre grand-père, Archie. Arch, successeur annoncé de ses deux oncles, Peyton et Eli. Il porte dans son bras et sur son patronyme les nouveaux espoirs de cette saga amorcée il y un demi-siècle.
Il y eut donc d'abord Archibald senior. Numéro 2 de la draft 1971, Archie a connu une carrière prolifique jusque dans la première moitié des années 80. Retenu à deux reprises pour le Pro Bowl (le All Star Game de la NFL), il n'a jamais pu assouvir ses rêves de sacre en raison de la faiblesse de son équipe, les New Orleans Saints, dans les 70's.
Il va ensuite reporter ses rêves de grandeur sur ses fils. Peyton et Eli seront tous les deux sélectionnés en premier choix à leur sortie de l'université, en 1998 et 2004. Tous deux remporteront le Super Bowl à deux reprises. L'aîné des deux est considéré comme un des deux ou trois plus grands quarterbacks de tous les temps, et si Eli ne jouit pas tout à fait du même pedigree, son palmarès parle pour lui. Il est l'homme qui a battu deux fois Tom Brady au Super Bowl. Aujourd'hui à la retraite, ils attendent que leur neveu reprenne le flambeau au plus haut niveau. Encore un peu de patience.
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Archie. Peyton. Eli. Une sacrée lignée de quarterbacks. En attendant Arch ?

Crédit: Getty Images

Quand Archie Junior a vu le jour en 2005, Peyton était déjà une authentique star et Eli venait de boucler sa saison de rookie en NFL. Il est le fils de Cooper, l'autre rejeton de Archie Senior, celui que le grand public connaît le moins dans l'illustre fratrie puisqu'il n'a jamais foulé les pelouses de la grande Ligue. Pourtant, il possédait toutes les qualités requises. Si son père, son fils et ses deux frères sont tous devenus quarterbacks, c'est au poste de receveur que Cooper (prononcez Cou-Pa, il y tient...) Manning affiche à la fin des années 80 des promesses qu'il n'aura jamais l'occasion de tenir.
Recruté par les Rebels d'Ole Miss, une fac très réputée, le fils aîné d'Archie Manning passe des tests médicaux de routine à son entrée à la fac. Là, les médecins décèlent au scanner un rétrécissement congénital du canal rachidien. La pratique d'un sport exposant autant le corps que le football américain peut déboucher sur une paralysie si les nerfs sont touchés au mauvais endroit. Cooper tente de passer par la case chirurgicale mais la troisième intervention, la plus délicate au niveau de la colonne vertébrale, manque de tourner à la catastrophe. S'ensuit une atrophie musculaire dans la jambe gauche et le bras droit et des tremblements dans sa main droite. Pour lui, le football, c'est terminé.
Peyton et Eli ont hérité des gènes de mon bras, mais Cooper avait hérité de mon gène de la compétition et de la gagne
Désormais, dans sa vie, Cooper Manning croisera deux types de personnes : ceux qui connaissent son histoire et ceux qui en ignorent tout. Les premiers auront longtemps une forme de gêne à évoquer le sujet. "Même mon père et mes frères étaient plus embarrassés que moi je ne l'étais de parler de ça", expliquait-il en juin dernier dans Sports Illustrated en juin dernier.
Les seconds ne comprennent pas, surtout au regard de la réussite du paternel et de celle, plus éclatante encore, de ses frangins. Tout ça amuse Cooper, qui affiche humour et détachement vis-à-vis de son propre destin. Son épouse, Ellen, rigole nettement moins. Cette avocate n'hésite jamais à monter au créneau pour le défendre :
"Vous ne pouvez pas imaginer ce que les gens lui disaient, surtout quand ses frères sont arrivés en NFL. 'Vos frères sont tellement forts, pourquoi vous n'êtes rien ? Pourquoi vous n'êtes pas en NFL vous aussi ? Vous n'étiez pas assez bon ?' Quand ça arrive, et ça arrive souvent, je m'emporte, j'essaie de répondre 'Mec, laisse-moi te dire un truc, il a juste...' et c'est là que Cooper me coupe pour dire 'Laisse tomber, ils ne sont pas au courant, ce n'est pas grave, ne t'en fais pas.'"

Cooper Manning, le père du jeune Arch, dans un "beau" costume.

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Quand sa naissante carrière a été tuée dans l'œuf, Cooper a envoyé une lettre à Peyton, qui commençait déjà à éblouir tout le monde au lycée, pour lui écrire ce qu'il n'arrivait pas à lui dire : "J'aimerais vivre mon rêve à travers toi. Même si je ne peux plus jouer, je sais que je pourrais toujours ressentir les mêmes émotions en regardant mon petit frère faire ce qu'il fait le mieux." Peyton exaucera ce vœu dans des proportions inimaginables. Plus tard, Eli (de sept ans le cadet de Cooper) ajoutera de la fierté à la fierté.
Que serait devenu Cooper Manning ? Son père est convaincu qu'il aurait cassé la baraque en NFL, parce qu'il possédait une gnac supérieure à celles de ses frères. "Peyton et Eli ont hérité des gènes de mon bras, mais Cooper avait hérité de mon gène de la compétition et de la gagne", a dit un jour Archie.
L'aîné de la fratrie n'a jamais nourri de regrets et pas davantage de rancœur. Et s'il envie ce qu'ont vécu ses frères, ce n'est pas à cause de leur réussite, de leur célébrité ou de la gloire qui fut la leur, insistait-il en 2006 : "On m'a souvent demandé si j'étais jaloux de mes frères. Ma famille vous dira que non et que je suis leur principal supporter. Mais la vérité, c'est que je suis jaloux de Peyton et Eli. Je suis jaloux que le football soit leur métier. Jaloux qu'ils soient payés chaque semaine pour ça. Qu'ils s'entraînent tous les jours. Voilà ma jalousie. Elle n'est pas malsaine. Je suis si fier de mes frères. Je les aime. Mais je suis jaloux du fait qu'ils s'éclatent, qu'ils s'amusent."

Arch a battu tous les records de ses frères au lycée

Devenu un businessman avisé, Cooper Manning a réussi dans un autre domaine tout en gardant un pied dans le football avec son show populaire, The Manning Hour, diffusé sur la Fox. Après ses frères, c'est désormais via son fils qu'il prolonge son rêve par procuration. A 17 ans, Arch n'est encore qu'un gamin, mais les espoirs autour de son potentiel sont déjà gigantesques. Il est ce que l'on appelle une recrue "5 étoiles" au lycée, la catégorie la plus élevée, ce qui a fait de lui un des joueurs les plus prisés par les principales universités du pays.
Comme toujours, sa notoriété avant l'heure est une médaille à double tranchant. Les louanges sont parfois excessives. Les critiques aussi. Mike Farrell, un des recruteurs les plus respectés des Etats-Unis, s'est ainsi montré sévère avec le jeune Manning l'été dernier : "Si son nom était Arch Smith, je pense qu'il serait probablement perçu comme un quarterback 3 étoiles. Cette saison (son année de sophomore, la troisième année dans le cursus lycéen ou universitaire, NDLR), je ne dirais pas qu'il a régressé, mais il n'a pas progressé."
Depuis, le jeune Manning a fait taire ses "haters" en livrant une énorme campagne senior. Avec 34 touchdowns et zéro interception, il a signé un sans-faute, menant son lycée, Isidore Newman School, jusqu'en playoffs, dont les Greenies ont franchi le premier tour le week-end dernier. Cette saison, Arch a surpassé tous les records de ses deux oncles, eux aussi anciens pensionnaires du lycée louisianais.
Il possède tous les atours du futur grand quarterback : précision, efficacité, puissance de bras, leadership. Par rapport à Peyton ou Eli, il ajoute un élément précieux dans la NFL d'aujourd'hui : la mobilité. Un élément qu'il tient... de son grand-père, plus que de ses oncles. "Il est plus athlétique que Peyton ou moi, confirme Eli Manning. En cela, il joue davantage comme mon père que comme nous." En d'autres termes, Arch est une sorte de combinaison des trois Manning ayant laissé une trace en NFL. Ça promet.

Arch et Archie. Le petit-fils et son grand-père. Ici en 2008. Arch avait trois ans.

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A partir du printemps prochain, il ouvrira donc en NCAA le nouveau chapitre de sa jeune carrière. La fac, dernier arrêt avant la NFL. Sera-t-il numéro un de la draft 2027, suivant les traces de Peyton et Eli ? Numéro 2 comme son grand-père ? Il est évidemment trop tôt pour le dire mais cette cuvée 2023 est annoncée comme une des plus fortes de tous les temps au poste de quarterback, avec Baby Manning, son rival pour le titre de meilleur joueur de l'année en "High School" Nico Iamaleava, ou encore Dante Moore. De tous, Arch Manning sera le plus scruté, comme il l'était déjà ces dernières années au lycée.
Il le sait, on ne lui pardonnera rien et la comparaison avec les carrières de ses oncles pèsera sans arrêt sur ses épaules. S'il accomplit "seulement" une bonne carrière correcte en NFL, cela sera perçu par beaucoup comme une forme d'échec. "C'est très injuste, mais ça fait partie de son histoire", résumait il y a quelques semaines son père. Alors le clan Manning fait tout pour protéger son dernier joyau. Arch ne donne quasiment jamais d'interview. Il se fait très discret sur les réseaux sociaux. Son dernier tweet à ce jour remonte ainsi au 23 juin, lorsqu'il a annoncé son engagement avec l'Université du Texas pour sa future carrière universitaire.

Son loisir préféré ? L'analyse vidéo des matches

Qu'il s'agisse de son père, de son grand-père ou de ses frères, tous cherchent le bon équilibre pour le préserver sans l'étouffer, en le laissant mener une vie normale. Aussi normale que possible, disons. "Tous les ados sont immatures mais je pense qu'il a un niveau de maturité étonnant pour son âge", juge Cooper Manning. "Il a une très grande humilité, assurait l'an dernier sur ESPN son coach au lycée, Nelson Stewart. Il n'aime pas attirer l'attention et faire parler de lui. Il aime juste être là, avec ses potes."

Arch Manning et son père, Cooper.

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Comme beaucoup de jeunes Américains de son âge, Arch Manning fait du babysitting. Deux fois par semaine. Histoire de se faire un peu d'argent de poche. Si tout se passe bien, dans quelques années, ces quelques dollars auront l'air dérisoires quand il touchera le pactole d'un premier tour de draft élevé en NFL. Mais son père est là pour lui rappeler que tout peut s'arrêter très vite. "Qu'il s'amuse, qu'il prenne du plaisir, implorait Peyton à l'entame de la troisième année de son neveu au lycée. La NCAA viendra en son temps, mais il faut qu'il garde cette notion de plaisir."
L'université est presque là. Dans quelques mois, Arch changera de dimension. L'attention, déjà inédite pour un gamin de son âge, enflera encore. Il s'y prépare et la famille veille au grain. Il "bouffe" du football même une fois sorti du terrain. Son loisir préféré ? L'analyse vidéo des matches. Les siens. Ceux de ses oncles. Il a l'obsession de la compréhension du jeu. "C'est un vrai Manning", rigole Peyton.
Les choses (très) sérieuses vont bientôt commencer. Arch veut réussir. Pour lui. Et pour eux. Au nom de tous les siens. Au nom de son grand-père dont il partage intégralement le patronyme. De ses illustres oncles. Mais plus que tout de son père, Cooper. Le Manning oublié.

Arch Manning, 17 ans, sous le maillot de Isidore Newman School.

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