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100 sélections pour Rooney : beau score, triste bilan

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100 sélections pour Rooney : beau score, triste bilan

Crédit: Eurosport

ParCédric Rouquette
17/11/2014 à 23:20
@CedricRouquette

L’Angleterre est peut-être le pays d’Europe où le fossé entre les semaines de championnat et les semaines internationales est le plus difficile à combler. La Premier League propose au moins un thriller par week-end.

Au pays où la passion des fans peut être démente pour un match de Quatrième division, ils sont peu nombreux à s’intéresser vraiment au sort de l’équipe nationale en dehors des grandes phases finales. Le football de clubs le plus riche du monde brille d’une splendeur aveuglante. Il dissimule une énorme couche de poussière sur ce qu’est l’Angleterre dans le foot des nations. Si les Three Lions n’accèdent pas à la finale de l’Euro dans deux ans, ils auront passé un demi-siècle sans jouer la moindre finale internationale majeure ; la décence impose de rappeler que leur victoire en Coupe du monde, en 1966, constitue aussi leur seule apparition à ce stade ultime d’un grand tournoi dans l’histoire du football.

Douze nations européennes, dont certaines n’existent plus, se sont offerts, dans l’intervalle, victoires ou finales en grande compétition. Huit ont remporté au moins un titre prestigieux : l’Italie, l’Allemagne, la France, les Pays-Bas, le Danemark, la Grèce, l’Espagne, et une huitième qui n’existe plus (la Tchécoslovaquie, Euro 1976). Quatre autres ont atteint une finale majeure, dont deux qui ont disparu de l’espace géopolitique (Belgique, Portugal, URSS, Yougoslavie). Ce week-end, les tracas de la FIFA avec ses Coupes du monde avaient plus de chance d’intéresser nos chers voisins que la rencontre Angleterre - Slovénie de samedi (3-1), dans un groupe E que l’équipe de Roy Hodgson contrôle sans forcer. C’était omettre qu’une good story était programmée dans les cahiers sports des grands quotidiens. Depuis longtemps.

A 14 ans, Rooney a failli tout plaquer

Wayne Rooney célébrait samedi sa centième sélection, un chiffre qui fait de lui huitième du genre sous le maillot anglais, assez loin derrière Peter Shilton (125), David Beckham (115) et Steve Gerrard (114). Rooney est LA star du football anglais des années 2000 après Beckham, dans un genre différent et dans un espace chronologique qui n'est pas exactement le même. Rooney brille plus que les autres en Angleterre :
- Parce qu’il est attaquant ;
- Parce qu’il a une gueule ;
- Parce qu’il incarne une forme de pureté du jeu britannique avec sa faculté de se battre comme un chien sur chaque action, même pour l’équilibre de l’équipe alors qu’il est attaquant ;
- Parce qu’il peut jouer en 9, en soutien ou sur les côtés ;
- Parce qu’il a déjà joué au milieu et va probablement être amené à reculer vers un poste de 6 d’ici la fin de sa carrière ;
- Parce qu’il fut souvent, quand MU ronronnait, celui avec lequel il se passe quelque chose ;
- Parce qu’il a versé son écot aux pages people des tabloïds et aux pages transferts des site internet ;
- Et parce que son itinéraire de footballeur est en soi terriblement intéressant.

Rooney a failli tout plaquer à quatorze ans parce que son coach à Everton commençait à polluer son esprit innocent de considérations tactiques et autre consignes de repli défensifs. Colin Harvey sut s’y prendre en lui disant : « Tu es le plus grand talent que j’ai vu dans le football, tu ferais une grosse erreur, tu peux te retrouver en équipe première plus vite que tu l’imagines ». Deux ans plus tard, Everton l’adoptait. Trois ans après, la sélection anglaise. L’histoire a tourné en boucle tout le week-end.

"Rooney est bon, mais il n’a jamais atteint le sommet"

Que s’est-il passé depuis ? Pas grand-chose en réalité, et c’est bien ce qui faisait peine à voir à la lecture des doubles et triples pages consacrées à cet événement. « Gagner quelque chose avec sa sélection, cela doit être une émotion incroyable » dit un jour Steven Gerrard, numéro 3 du Ballon d’Or en 2005, dessinant une forme d'impossibilité à voir aussi haut pour un international anglais. Leur seuil de compétence commun reste un quart de finale de grande compétition, que Rooney atteignit trois fois (2004, 2006, 2012). La brutalité des faits est sans pitié : au plus haut niveau international, la star de MU n’eut rien d’autre à offrir qu’une poussée d’innocence un peu vaine, celle de sa phase de poules tonitruante à l’Euro 2004 (4 buts en phase de poule), prélude à une énième élimination aux tirs au but, contre le Portugal. Dans une page intitulé « Rooney est bon, mais il n’a jamais atteint le sommet », Jason Bunt écrivait ceci dans le Daily Telegraph, vendredi : « Il est difficile de contester que la moitié du Top 10 des meilleurs moments de Rooney en sélection se concentre sur cette seule phase finale, cette quinzaine de jours, une phase finale qui s’est achevée en quart, alors qu’il était au sommet de son expression durant toute sa carrière internationale. »

Même combat pour Benzema

Voir les sélections s’accumuler sans rien au bout constitue, pour un international, un outrage énorme à ses ambitions et sa réputation. Ce site avait relevé, il y a un an, que Karim Benzema était engagé dans ce type de spirale, en étant le seul Bleu à plus de 60 sélections sans aucun référence digne de ce nom avec l’équipe de France en phase finale. Ce qui est vrai pour Rooney l’est aussi pour Benzema : sa Coupe du monde honorable au Brésil reste une Coupe du monde à trois buts et bloquée au stade des quarts de finale. L’efficacité de Rooney (44 buts en 100 sélections, soit 0,44 but par match) reste supérieure à celle du joueur formé à l’OL (25 buts en 75 sélections, soit 0,33 but par match). Le niveau de jeu atteint par Benzema depuis le début de la saison au Real Madrid fait penser qu’à 29 ans - l’âge actuel de Rooney - le buteur des Bleus aura peut-être compensé ce passif quand viendra l’Euro 2016. Cela donnera sens, ou pas, à l’entièreté d’une carrière internationale.

Parmi les joueurs de la même génération que Rooney (nés en 1984, 1985, 1986), la récompense internationale est venue pour les Espagnols Fernando Torres, David Silva et Cesc Fabregas lorsqu’ils devinrent des hommes-clefs dans la conquête de l’Euro 2008. Kun Agüero a été associé à un parcours jusqu’en finale de Coupe du monde (2014).

L’Angleterre ne méconnaît plus la différence entre les champions qui ont réussi sur la scène internationale et ceux qui se sont heurtés à ce plafond de verre. L’époque est finie où un confrère britannique pouvait me dire, très sérieusement en salle de presse, il y a dix ans, qu’on ne connaissait pas réellement la valeur de Zidane puisqu’il n’avait jamais joué en Premier League. Jason Bunt toujours : « Le sentiment général en 2004 était que Rooney pouvait atteindre ce niveau. Depuis il a été bon ; parfois, très, très bon. Mais il a aussi été énervé, renfermé et agaçant. Rooney vient de réaliser un joli score. Mais il n’est pas devenu grand. »

Rooney vient d’égaler Jimmy Greaves au nombre de buts marqués, va probablement rejoindre Gary Lineker (48) puis dépasser le record de de Bobby Charlton (49), score atteint en 106 sélections. Mais Charlton a gagné la Coupe du monde. Lineker en fut demi-finaliste (1990) quatre ans après avoir été le meilleur buteur de la phase finale. Il reste quelque chose comme quatre ans à Rooney pour laisser autre chose que le souvenir d’un gamin pour lequel tout semblait possible. « Shrek » y croit. Il l’a annoncé ce week-end : il ne fera pas comme Lampard et Gerrard. Il n’arrêtera pas la sélection de lui-même. Il attendra de ne plus avoir le niveau. Trop peur d’avoir des regrets. Trop peur de cumuler les capes sans aucune médaille à placer au-dessus.

Cédric ROUQUETTETwitter : @CedricRouquette

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