En quelques mois, le TSG Hoffenheim s'est mué d'une équipe luttant contre la relégation à une équipe luttant pour les premières places de la Bundesliga. 5e à la trêve, à deux petits points de la 3e place occupée par le Hertha Berlin, le club du milliardaire Dietmar Hopp est l'une des grosses sensations de la première moitié de saison en Allemagne. Mieux : il est le seul des grands championnats européens encore invaincu.
Les raisons en sont multiples : la politique de recrutement menée par le jeune manager Alexander Rosen, notamment, s'est montrée extrêmement pertinente. Tous autant qu'ils sont, Kerem Demirbay (1,7 M€ en provenance d'Hambourg), Kevin Vogt (1,5 M€ en provenance de Cologne), Andrej Kramaric (10 M€ en provenance de Leicester), Sandro Wagner (2,9 M€ en provenance de Darmstadt), Lukas Rupp (5 M€ en provenance de Stuttgart) ou Benjamin Hübner (0,8 M€ en provenance d'Ingolstadt) se sont immédiatement fondus dans le collectif et ont répondu aux attentes. Leurs points communs ? Tous sont germanophones, tous connaissaient la Bundesliga, tous étaient capables de s'adapter aux exigences tactiques de leur entraîneur.

Empilement de records

Bundesliga
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21/04/2018 À 12:49
Car le moteur essentiel de la réussite actuelle du club basé à Sinsheim tient en un personnage : son entraîneur, Julian Nagelsmann. Engagé au milieu de l'hiver 2016 pour sauver le TSG de la relégation, le Bavarois de 29 ans - plus jeune entraîneur de l'histoire du championnat allemand - n'a pas seulement réussi sa mission ; il a effacé les dégâts collatéraux d'une saison 2015-2016 médiocre - 15e, un petit point au-dessus de la place de barragiste - pour faire de son club une destination attractive pour tout footballeur professionnel ambitieux.

Julian Nagelsmann, le coach d'Hoffenheim, en Bundesliga contre Moenchengladbach le 26 novembre 2016

Crédit: AFP

Il y a de quoi : Nagelsmann empile en effet les records chez les Bleu et Blanc. 9e entraîneur du club depuis la montée en Bundesliga en 2008, il est celui qui affiche, et de loin, la meilleure moyenne de buts par match, celui qui a réussi la plus longue série d'invincibilité depuis le début d'une saison (16 matches, série en cours), la plus longue série d'invincibilité de l'histoire du club (même chiffre), la plus longue série de victoires consécutives (5), la plus longue série sans défaite à l'extérieur (7)... Depuis son avènement en février 2016, seuls le Bayern (74) et Dortmund (60) ont inscrit plus de points en Bundesliga (51 pour le TSG) !
La compétence de ce "gamin" commence par le terrain : Nagelsmann offre à son équipe une dimension et une variété tactiques haut de gamme. L'entraîneur parvient en effet à trouver l'équilibre entre l'impact offensif cher à son coeur et la stabilité défensive prônée par son prédécesseur Huub Stevens. Tout ce sur quoi il comptait en début de saison a pris forme : grosses qualités physiques, flexibilité tactique, meilleure possession de balle, meilleure stabilité. Depuis le début de l'exercice 2016-2017, Hoffenheim s'est présenté, sans perdre en qualité, dans des systèmes aussi variés que le 3-5-2, le 4-3-3, le 4-1-4-1, le 4-2-3-1 ou le 4-4-2, passant de l'un à l'autre y compris en cours de match.
Le coach du TSG est réputé pour contraindre ses joueurs à des sessions d'entraînement très complexes, exigeantes et variées. En permanence, ceux-ci doivent faire face à des situations nouvelles, doivent improviser pour mettre en oeuvre les principes de l'entraîneur. Mais ces qualités tactiques et sportives se doublent d'une dimension managériale : Nagelsmann, bien qu'il soit plus jeune que certains de ses joueurs, tient son groupe par des discours forts et en garantissant l'ambiance collective. Il n'a pas hésité, non plus, à accorder sa confiance à certains éléments inexpérimentés de son groupe.

"Exceptionnellement intelligent"

"Le succès n'est pas dû au hasard. On sent sa signature“, estime Niko Kovac, l'actuel entraîneur de Francfort, autre club en vogue aujourd'hui en Bundesliga. Nonobstant sa jeunesse, Nagelsmann a eu le temps de polir ses qualités naturelles d'entraîneur, profitant d'une autorité et d'une sérénité naturelles. Il est arrivé dans le Kreichgau en 2010, où il a commencé par s'occuper des jeunes du TSG.
Son président Dietmar Hopp en a fait le constat à l'automne 2016 : "Julian est un entraîneur extraordinaire et extraordinairement jeune. Mais je le tiens aussi pour quelqu'un d'exceptionnellement intelligent. Je pense qu'il sait que même lui doit encore faire ses preuves. Il a déjà montré des choses extra, mais ça n'est pour le moment que ponctuel. C'est pourquoi je ne crois pas qu'il réfléchisse sérieusement à mettre fin prématurément à son contrat de trois ans avec Hoffenheim."
Si Lothar Matthäus, qui s'est exprimé à ce sujet cette semaine, voit déjà Nagelsmann futur entraîneur du Bayern, Hopp confie qu'il a eu des doutes, au moment de l'engager, sur la capacité du blondinet à maintenir son équipe en première division. Mais concède aussitôt que jamais, dans le domaine sportif, il n'a rencontré un homme comme lui. Au sein d'un club qui ne compte que 7500 membres et avec un stade de 30 000 places, le mécène du TSG a conscience que Nagelsmann partira probablement un jour et que son club n'a pas vocation immédiate à rivaliser avec les mastodontes de la Bundesliga. Son entraîneur, lui, a vocation à faire partie des ténors du métier, "à condition de garder les pieds sur terre", ce dont Hopp "ne doute pas“.

Les joueurs d'Hoffenheim contre Dortmund en Bundesliga le 16 décembre 16, 2016

Crédit: AFP

Pour les lecteurs du bi-hebdomadaire spécialisé kicker, interrogés en fin d'année calendaire, pas de doute, Nagelsmann est le coach de 2016. Dès sa présentation comme nouvel entraîneur, son charisme un rien polisson avait fait impression sur l'assistance. Lutte contre la relégation ? Qu'importe, nous jouerons un football alerte, avait-il asséné en substance. La passion et l'engagement dont a fait preuve l'équipe, depuis, ne se sont jamais dissipés. Engager un entraîneur de 28 ans à peine diplômé pour sauver un club de la relégation, voilà qui ne s'était jamais vu en 53 ans de Bundesliga. La valeur travail n'attend pas le nombre des années, telle avait été sa réponse.
"La confiance en soi, toute personne qui se tient face à un groupe doit en avoir. Jusqu'ici, je me suis montré respectueux face à toutes les tâches auxquelles j'ai eu à faire face, mais je n'ai jamais eu peur", a-t-il assuré. Il devait ne succéder à Huub Stevens qu'au début de la saison suivante, mais tant pis. "J'ai été très rapidement convaincu que nous pourrions mieux jouer et que nous pourrions nous maintenir", avait-il alors lancé. La suite lui a donné raison avec éclat.
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