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De l’ombre à la lumière : Flick, "le confident" qui a métamorphosé le Bayern

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Hansi Flick (Bayern Munich)

Crédit: Getty Images

ParFabien Esvan
17/06/2020 à 08:50 | Mis à jour 17/06/2020 à 10:19
@FabienEsv

BUNDESLIGA - En disposant du Werder ce mardi, le Bayern s’est offert un huitième sacre national consécutif. Un titre qui porte le sceau d’un homme : Hans-Dieter Flick. Propulsé entraîneur principal après le licenciement de Niko Kovač, “Hansi” a transformé une équipe en perdition, pour en refaire une machine infernale. Un destin exceptionnel qui n’a rien d’un simple coup de baguette magique.

Personne ne l’avait vu venir. Ou presque. En prenant les rênes de l’équipe première en novembre dernier à la suite de l’éviction de Niko Kovač, Hans-Dieter Flick n’avait rien de familier aux yeux du grand public. A l’heure où le “FC Hollywood” venait d’enchaîner les techniciens de renom, de l’historique Jupp Heynckes à Pep Guardiola en passant par Carlo Ancelotti, le Bayern Munich avait décidé d’opter pour un nom bien moins ronflant, mais pas moins talentueux, pour relancer une mécanique et un groupe en totale déliquescence.

Tête pensante du football allemand et de la Mannschaft de Joachim Löw de 2006 à 2014, Hans-Dieter Flick a fait taire les sceptiques. Mais pas seulement. En à peine huit mois, "celui qui ne devait rester que quelques matches" a redonné au Bayern son illustre pedigree et sa splendeur dans le jeu, quelque peu perdus au cours des derniers mois. Mieux, il a revitalisé un groupe, en cruel manque de repères et d’allant pour lui permettre d’asseoir plus que jamais sa domination sur le football allemand. “Le titre, c'est bien sûr les joueurs qui sont allés le chercher sur le terrain mais il en est la clé de voûte”, affirme Patrick Guillou, le consultant de beIN SPORTS et spécialiste de la Bundesliga. Un redressement et une métamorphose express, bien au-delà du cahier des charges initial, qui n’a pourtant rien d’un hasard.

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Hansi Flick, Niko Kovac - FC Bayern München

Crédit: Getty Images

Se construire à l’ombre

Eternel second, adjoint de luxe, appelez-le comme vous voulez. Hans-Dieter Flick est sorti de sa boîte au bon moment. Un coup du destin, peut-être. Un juste retour des choses, sûrement. Après une honorable carrière de joueur où il a disputé plus d’une centaine de matches en Bundesliga et remporté quatre titres de champion, tous avec le Bayern, “Hansi” se tourne vers le management, en 1996.

Après une petite dizaine d’années à entraîner dans les divisions inférieures, au Victoria Bammental en Oberliga (équivalent de la cinquième division) et au sein de l’ambitieux TSG Hoffenheim de Dietmar Hopp, alors en troisième division, Flick est repéré en 2006 par Giovanni Trapattoni et Lothar Matthäus, alors au Red Bull Salzbourg. Une éphémère expérience qui va profondément marquer l’ancien Bayerner dans son parcours d’entraîneur et de dirigeant.

Mais c’est surtout avec la Mannschaft que l’ancien milieu de terrain du Bayern et de Cologne va se faire un nom. Et une réputation. Sollicité par le nouveau sélectionneur Joachim Löw après la Coupe du monde 2006, Flick est nommé adjoint principal et devient l’un des hommes clés des succès allemands notamment lors du Mondial 2014. Une sélection qu’il continuera de suivre en tant que directeur sportif de la DFB, la fédération allemande de football, jusqu’en 2017. Avant d’aspirer à retrouver rapidement les bancs.

Hansi Flick mit Joachim Löw

Crédit: Imago

Humilité, proximité, travail : le tiercé gagnant de Flick

Car l’ancien entraîneur de Hoffenheim est avant tout un homme de terrain et un amoureux du jeu. Travailleur hors pair, Hansi Flick souhaite retrouver un groupe. Après une courte expérience de quelques mois dans la stratégie sportive de Hoffenheim, où il travaille étroitement avec Nagelsmann, il rejoint le staff de Niko Kovač au Bayern en juillet 2019. La suite, tout le monde la connait.

Humble, empathique, proche de ses joueurs, Hansi Flick a bâti le succès de son management en plaçant l’humain et le bien-être de ses troupes au centre de ses attentions. Comme un guide. Patrick Guillou abonde dans ce sens avec une anecdote insolite. “Tous les joueurs remercient Hansi Flick en conférence de presse. Avec lui, ils savent où ils vont. Thomas Müller avait donné un exemple assez intéressant : ‘Avec Kovac, c’est comme si ma femme me donnait un caddie et qu’elle me disait d’aller faire les courses, mais que je ne savais pas quoi mettre dedans. Avec Hansi Flick, c’est différent, je sais dans quel rayon je dois aller’. La comparaison était un peu “coton”, mais assez pertinente.”

Flick, ce n’est pas le pote, c’est le confident

Et du côté des joueurs, on a plutôt bien accueilli la nomination de l’ancien adjoint de Trapattoni. “Quand il est arrivé en poste, il avait déjà cette confiance et cette amitié que, normalement, il ne peut pas avoir en tant que coach. Ça a aidé pour gérer le groupe parce qu'on n'était pas dans la meilleure des périodes”, nous expliquait l’ailier français du Bayern Kingsley Coman, il y a quelques semaines. “Flick, ce n’est pas le pote, c’est le confident. Il y a une forme de respect”, complète Patrick Guillou.

Un changement de paradigme et d’atmosphère que l’on a également observé pendant le confinement. “Quand le Bayern a fait du cyber training pendant le confinement, les joueurs ont fait beaucoup de vélo pour rester en forme. Et qui a amené ces vélos ? C’est Hansi Flick. Il est concerné. Les joueurs se sentent importants et investis avec lui”, témoigne le consultant de beIN SPORTS.

Hansi Flick and Benjamin Pavard - FC Bayern München

Crédit: Getty Images

Copains, mais pas trop donc. Flick sait dire stop quand c’est nécessaire comme lorsqu’il a interrompu une séance d’entraînement avant le Klassiker face à Dortmund, en mai dernier. Pour l’ancien arrière droit, ”il a un côté paternaliste, mais quand il faut taper du poing sur la table, il n’hésite pas. Il a renvoyé tout le groupe au vestiaire lors d’un entraînement avant Dortmund (en mai dernier) pour leur dire qu’il n’était pas content du contenu. Sur les séances d’entraînement, il est intransigeant”. Depuis son arrivée, c’est tout un groupe qui a su se remobiliser et qui a embrassé son discours. Notamment les anciens, quelque peu délaissés pendant le mandat de Niko Kovač.

Retour des tauliers, jeunesse dorée : le cocktail explosif du nouveau Bayern

C’est sans doute l’un des plus gros changements depuis l’arrivée de Flick sur le banc du champion d’Allemagne. Mis de côté et en perte de confiance, les champions du monde 2014, tauliers du Bayern ces dernières saisons, ont retrouvé de leur superbe. Ancien adjoint de la Mannschaft entre 2006 et 2014, “Hansi” connaissait ce noyau dur mieux que personne. Et leur rendement a décuplé depuis qu’il a pris les rênes du club. En retrait et en délicatesse, des joueurs comme Manuel Neuer, Thomas Müller et Jérôme Boateng sont impériaux depuis novembre.

Thomas Müller, Hans-Dieter Flick - FC Bayern München

Crédit: Imago

En manque total de repères, le défenseur international allemand est transfiguré depuis la prise de pouvoirs de Flick et n’est pas étranger à la solidité défensive retrouvée du Bayern. “Jérôme Boateng a retrouvé une partie de sa tonicité, de sa vivacité qu’on n’avait pas vu depuis la finale de la Coupe du monde 2014”, analyse le consultant de beIN SPORTS.

Même chose pour son coéquipier Thomas Müller, bridé avec Kovač et rayonnant sur le front de l’attaque depuis l’arrivée de l’ancien adjoint de Joachim Löw. Dans son costume de Raumdeuter (l’interprète des espaces en allemand), le meilleur buteur du Mondial 2010 se régale dans ce rôle de facilitateur et fluidifie le jeu bavarois, comme au bon vieux temps. A trois journées de la fin, il a déjà égalé le record de passes décisives de Kevin De Bruyne établi avec Wolfsburg, en 2014-2015.

Outre les anciens, Hans-Dieter Flick a également mis l’accent sur la jeunesse en leur donnant des responsabilités et des opportunités avec l’équipe première. Si le talent du Néerlandais Joshua Zirkzee était connu de tous et s’est confirmé, d’autres jeunes pousses de l’académie bavaroise sont venues se greffer au groupe professionnel comme Oliver Batista-Meier, Sarpreet Singh, Leon Dajaku ou encore Jamal Musiala. “Il est capable de donner de l’importance à chaque joueur. La semaine dernière, il a remercié tous les jeunes du centre de formation pour la qualité qu’ils avaient apporté aux entraînements. Tout le monde est mobilisé”, explique Patrick Guillou.

Des idées, des paris et un vent de fraîcheur sur la Bavière

Si l’adage dit que c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures confitures comme avec Müller ou Boateng, Hansi Flick prépare aussi le futur du club. Surtout, il a redonné un nouvel élan dans le jeu et un style plus conforme au statut du Bayern. Innovant, le natif de Heidelberg tranche avec la rigidité footballistique de Kovač.

Grand amateur de Jupp Heynckes qui le qualifie d’ailleurs de “joyau”, adepte de la philosophie guardiolienne, Flick a instauré un jeu porté sur l’offensive, la possession et des projections rapides vers l’avant. En phases défensives, le Bayern a renoué avec ses standards d’autrefois avec un pressing haut et coordonné à la perte du cuir. “Nous défendons plus haut, nous courons plus haut, avec des liaisons plus étroites entre les lignes”, expliquait Manuel Neuer dans un entretien au quotidien allemand Kicker, il y a quelques semaines. Un retour du “vrai Bayern” qui ravit également Thomas Müller.

Interrogé par The Athletic en février, le numéro 25 bavarois avait salué ce changement de cap. “Nous avons changé notre façon de jouer sans le ballon. Nous essayons de perturber le jeu de l'adversaire dans sa propre moitié de terrain, par tous les moyens. Et ça fonctionne plutôt bien. (...) Les joueurs ont compris qu'il y a plus de plaisir à chasser le ballon quand on est récompensé par une occasion de but dans la foulée. C'est moins plaisant de chercher à récupérer le ballon quand c'est seulement pour enchaîner avec une passe latérale devant sa surface...»

Hansi Flick (links) und Leon Goretzka (rechts) - FC Bayern München

Crédit: Getty Images

L’ancien adjoint de Löw n’a pas hésité à reprendre quelques trouvailles de ses prédécesseurs. L’installation définitive au cœur du jeu de Joshua Kimmich, le replacement de David Alaba en charnière centrale et le pari Alphonso Davies au poste de latéral gauche sont quelques-uns de ses choix forts depuis son arrivée sur le banc. Avec ses joueurs de ballon, le Bayern n’hésite plus à repartir de derrière, en multipliant les jeux en triangle pour construire proprement et trouver rapidement les joueurs libres. “Nous n'étions plus capables d'accomplir ça après le départ de Pep Guardiola”, poursuit Thomas Müller. Un éloge pour Flick, un de plus.

Insatiable offensivement, le Bayern de Flick, porté par un Lewandowski toujours plus colossal, empile les buts. Jusqu’à se rapprocher de la barre des 101 buts inscrits sur une saison de Bundesliga, un record que le club avait établi il y a près de cinquante ans, lors de la saison 1971-1972. “Ses statistiques sont aberrantes… Elles dépassent l'entendement. Il a un meilleur ratio points pris/matches joués que Heynckes et Guardiola. En 21 matches, le Bayern a marqué 67 buts et reste sur dix victoires d’affilée. C’est quand même assez conséquent”, détaille Patrick Guillou.

L’intérimaire programmé pour durer

Pour beaucoup, Flick n’était qu’une solution temporaire. Dès sa nomination, de nombreuses rumeurs envoyaient les plus grands techniciens sur le banc du Bayern comme Mauricio Pochettino, Massimiliano Allegri ou encore Arsène Wenger. Que nenni.

Avec 26 victoires, un nul et deux petites défaites, le bilan de Hansi Flick parle pour lui. Outre les résultats, le technicien bavarois a fait l’unanimité dans la manière et auprès de son groupe. Séduisant, joueur et implacable, le collectif bavarois n’a jamais semblé aussi fort. Une alchimie qui a convaincu les dirigeants du Bayern d'offrir une prolongation à son ancien milieu de terrain des années 80. En avril dernier, Flick a transformé l’essai en paraphant un bail jusqu’en 2023. Une juste récompense. Et une condition sine qua non de la part de certains cadres pour prolonger l’aventure en Bavière, comme Manuel Neuer.

En plus de l’équipe première, le technicien allemand a montré son intérêt et manifesté toute son influence à tous les étages du club, de l’équipe première aux U17, en passant par la cellule de recrutement et le sportif. Une force selon Patrick Guillou. “Il ne se focalise pas uniquement sur l’équipe première. Pour le moment, au niveau de sa com’, c’est un sans-faute absolu. Il n’y a pas eu un truc de travers, sur et en dehors du terrain.”

Dans l’attente d’une reprise de la coupe aux grandes oreilles, sans doute au cœur de l’été, le Bayern peut encore s’offrir un incroyable triplé DFB Pokal - championnat - Ligue des Champions. Un épilogue quasi-inespéré il y a quelques mois, mais qui n’a jamais été aussi probable tant la mécanique bavaroise semble inébranlable depuis la prise de fonction du natif de Heidelberg.

Longtemps dans l’ombre, Hans-Dieter Flick brille aujourd’hui sous le feu des projecteurs. Avec succès et avec la manière. En quelques mois à peine, l’ancien adjoint de Joachim Löw a déjà mis tout le monde d’accord outre-Rhin et a redonné au Bayern son statut de machine infernale. Ce trentième Meisterschale de l’histoire du club porte sa patte. Et ce n’est que le début.

Hansi Flick lors d'une conférence de presse du Bayern en 2019

Crédit: Getty Images

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