Il a aligné deux rencontres de championnat sans marquer et pour lui, c'est presque une anomalie. A Leverkusen, Erling Haaland n'a pas trouvé le chemin des filets ni pesé sur le jeu de son équipe. Ce déplacement chez l’outsider (défaite 2-1) n’avait ni la même adversité, ni la même physionomie que la réception du relégable Mayence (nul 1-1) quelques jours plus tôt. Mais les ressorts étaient les mêmes. Et ils interrogent plus sur le projet collectif du coach Edin Terzic, qui se résume pour l’instant à de la solidité et quelques grosses séquences de pressing, que sur l’attaquant norvégien. Au-delà des statistiques, le prodige continue en effet à étoffer sa panoplie.

Le jeu et les flashs

L’avantage des matches anonymes, passés déconnecté des dix partenaires censés vous mettre dans les meilleures conditions pour conclure, c’est qu’ils peuvent être décrits de manière quasi exhaustive. Sur la pelouse du Bayer, Dortmund a commencé fort, avec une volonté d’aller dans le camp adverse et d’y rester.
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Et, forcément, on a vite vu Haaland : appel en profondeur depuis le milieu de terrain forçant une sortie limite du portier Lukas Hradecky, démarquage pour reprendre (mal) un centre au sol, pressing sur le gardien amenant une récupération et un tir de Marco Reus, appel qui embarque les deux centraux et offre une nouvelle occasion au meneur allemand. Transition offensive, défensive, jeu placé. En quatre minutes, toute la panoplie ou presque de l’attaquant moderne - sans la réussite.
Le problème, c’est qu’il n’y a jamais vraiment eu de suite. Une déviation en un temps à la 24e pour créer une situation dangereuse, un appel en profondeur suivi d’un tir contré à la 64e… et c’est à peu près tout. D’où une rencontre illisible sur le plan statistique (23 ballons touchés, 12 passes réussies sur 13), comme trois jours plus tôt (16 ballons touchés, 10 passes réussies sur 11), la propreté dans les transmissions étant d’habitude l’apanage de joueurs reculés d’équipes qui construisent patiemment.
L’incompréhension est prolongée devant les matches : en bout de chaîne, le Norvégien voit le reste des techniciens bafouiller leur football et semble partagé entre la volonté de descendre les aider et la peur de quitter la zone qu’il doit occuper. Une équation sans bonne réponse, le football de 2021 ne récompensant pas souvent les équipes qui jouent à neuf avec un attaquant isolé, mais le 4-2-3-1 avec trois milieux offensifs (Reus, Sancho et Brandt) ne permettant pas de décrocher sans investir la zone d’un partenaire.

Erling Haaland (Borussia Dortmund)

Crédit: Getty Images

Il faut donc être patient et avoir de la réussite. Ce que le Norvégien, victime du hors-jeu de Thomas Meunier alors qu’il avait marqué dès les premières secondes contre Mayence, n’a pas en ce moment.

Le récital contre Leipzig

Pourquoi autant s’intéresser aux problèmes d’un Borussia souvent coupé en deux ? La réponse se trouve dans la seconde période disputée à Leipzig il y a dix jours : parce que les lacunes collectives empêchent trop souvent de voir à quel point Erling Haaland est désormais utile hors de la surface. Ses 19 buts en 18 matches avec son club cette saison, auxquels il faut rajouter 6 réalisations en 4 apparitions avec sa sélection lors des fenêtres internationales de l’automne, ne disent finalement pas grand-chose de sa progression.
Le garçon tenait déjà une moyenne légèrement supérieure au but par match la saison dernière, sans que quitter le championnat autrichien pour la Bundesliga ne le ralentisse particulièrement. Quelque chose a pourtant changé dans sa capacité à participer à l’élaboration des actions. À Leipzig, après une mi-temps passée à faire de la lutte gréco-romaine contre Dayot Upamecano tandis que sa formation défendait dans son camp, la montée du bloc lui a redonné vie.

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Remise en une touche dos au jeu puis débordement et centre décisif sur le premier but, conservation et percussion pied droit-pied gauche au milieu de cinq adversaires pour lancer l’action et tête à bout portant pour la conclure sur le deuxième, appel en profondeur suivi d’un dribble du gardien sur le troisième : trois types d’actions décisives pour une victoire 3-1 reposant en grande partie sur ses (larges) épaules.
De ces situations émergent deux constats sur sa progression. L’amélioration de la technique d’un joueur qui, sorti de l’enchaînement contrôle-frappe, n’en a jamais vraiment eu besoin pour empiler les pions, mais aussi une meilleure compréhension des hauteurs de jeu à occuper en possession.
En clair : savoir quand décrocher pour servir de point d’appui et quand faire l’appel en profondeur. Un dosage difficile à trouver, qu’un changement de statut peut perturber. Bien plus à l’aise pour provoquer balle au pied qu’à ses débuts, Kylian Mbappé est ainsi devenu réticent à faire les courses alors qu’il va toujours aussi vite.

Sortir de sa zone de confort

Si les deux avant-centres sont souvent mis en concurrence - même au-delà de leur âge puisque le panel annuel des meilleurs joueurs du Guardian vient par exemple de classer Haaland 6e et Mbappé 7e -, ils ont finalement des caractéristiques assez différentes. Les qualités et défauts du Français empêchent de le fixer à un poste (ce qui n’est négatif que si on n’excelle nulle part), là où le Norvégien est un 9 spécialiste en finition qui comprend qu’il peut donner un coup de main à la construction. Et aimerait sans doute trouver meilleur architecte.

Erling Haaland lors du match opposant Mönchengladbach à Dortmund, le 22 janvier 2021

Crédit: Getty Images

Car, si le progrès passe par la répétition, alors Dortmund, son bloc médian passif et ses combinaisons improvisées ne mettent pas tous les atouts pour garder sa pépite. Avec Salzbourg, Haaland a pourtant évolué dans un cadre tactique propice au développement : pressing et contre-pressing permanent pour travailler la répétition des efforts et ne pas déconnecter mentalement, scénarios de nette domination en championnat et plus difficiles en coupe d’Europe, volonté de construire au sol… Un test qui a sorti le colosse d’une zone de confort, le long ballon en profondeur où il peut prendre tout le monde de vitesse, plus rare dans les très gros clubs. Et montré des lacunes dans le jeu en remise, notamment face à Liverpool, qui se gomment petit à petit.
Contrairement à Mbappé, qui touche très souvent la balle à trente mètres du but adverse grâce à la domination du PSG et peut explorer d’autres facettes - avec plus ou moins de succès -, Erling Haaland fonctionne encore trop souvent par échantillons faute de munitions. Sa taille et ses qualités physiques, couplées à un vrai instinct de buteur, lui permettent d’avoir la plupart des choses qui ne s’enseignent pas.
Si ses progrès dans le timing de ses déplacements se confirment, il ne lui restera qu’à perfectionner sa première touche sous pression. Pas de quoi en faire un OVNI au-dessus de Ronaldo Luiz Nazario de Lima, indiscutable meilleur joueur du monde l’année de ses 20 ans. Mais suffisant pour en faire une pointe soluble dans tous les plans de jeux.
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