Il s'est parfois retrouvé, au cœur de l'hiver, avec à peine suffisamment de joueurs de champ pour composer un onze. Ainsi à la reprise, après la courte trêve des fêtes, Julian Nagelsmann ne disposait que de douze éléments, gardiens compris. Contraint pour diverses raisons de se passer notamment de Neuer, Hernandez, Upamecano, Goretzka, Süle, Kouassi, Davies, Stanisic, Sané, Coman ou Tolisso, copieuse liste que l'on peut compléter par les deux appelés à la CAN, Bouna Sarr et Eric Maxim Choupo-Moting.
Au point de se retrouver, pour le premier match de l'année, avec un banc composé de Bright Akwo Arrey-Mbi, Nico Feldhahn, Timo Kern, Jamie Lawrence, Arijon Ibrahimovic, Nemanja Motika, Paul Wanner et Lukas Copado. Autant d'inconnus du grand public, rameutés de l'équipe réserve ou arrachés du berceau. Comment fait donc l'entraîneur du Bayern pour garder son équipe compétitive, la mettant de surcroît en position, malgré ce contexte difficile, de battre encore et encore des records, tel celui de la meilleure attaque de l'histoire de la Bundesliga à ce stade de la saison ?
Bundesliga
Une fin de saison tranquille : Le Bayern accroché
08/05/2022 À 17:31

Wanner, garçonnet dans le grand bain

Certes, et nous l'avons déjà répété, l'ancien coach d'Hoffenheim est un génie précoce. Début janvier, il a fêté son 200e match sur un banc de Bundesliga, ce qui en fait, à 34 ans, le plus jeune entraîneur de l'histoire à atteindre cette marque. Le record était jusque-là détenu par Erich Ribbeck (36 ans), devant Christoph Daum et Heinz Höher (39 ans chacun). Lancé sur un banc de l'élite allemande à moins de 30 ans – un record, là encore –, Nagelsmann est le mieux placé pour savoir qu'aux âmes bien nées, la valeur n'attend pas le nombre des années et n'a ainsi pas hésité à lancer, début janvier, le jeune Paul Wanner, précédemment cité, dans le bain.
À 16 ans et 15 jours, le blondinet a fait tomber le précédent record de précocité qui datait d'un certain Jamal Musiala, son modèle, entré en jeu pour le Bayern à 17 ans et 115 jours, en juin 2020. "Paul doit garder les idées claires, et la porte, comme le chemin du but, lui seront ouverts", a estimé son entraîneur, élogieux à l'égard du milieu offensif axial dont le style, en particulier dans ses passes laser, rappelle celui de Mesut Özil. L'adolescent, qui appartient au Bayern depuis ses 12 ans, a toujours été surclassé, évoluant notamment chez les U19 à 15 ans. Nagelsmann lui a donné sa chance en équipe première. Sans broncher.

Paul Wanner, Julian Nagelsmann (Bayern Munich)

Crédit: AFP

Ses troupes dégarnies n'ont dépossédé l'entraîneur ni de son habituel humour, d'une part, ni de sa fertile inventivité, d'autre part. Pour réduire les risques d'infection au virus qui a largement touché le Bayern depuis le début de la pandémie, il a séparé le vestiaire en trois espaces distincts à la reprise de janvier. Division purement matérielle car en matière de cohésion, à l'inverse, rien à redire.
Les craintes d'inexpérience liées à son jeune âge à son arrivée sont dissipées depuis longtemps. Chaque fois qu'il faut monter au front, chaque fois qu'il faut affronter une question ou gérer un dossier, Nagelsmann, brillant et souriant, a la réponse. Jamais pris en défaut, à l'aise dans le déminage, il a même gagné le surnom de “ministre des affaires étrangères” du Bayern chez nos influents confrères du Sport Bild.

Chanteur à skateboard

C'est que le bonhomme a compris qu'à Munich, le talent s'inscrivait dans l'institution, et non à côté ou au-dessus. Nagelsmann sait s'affirmer, il sait aussi se montrer modeste et se fondre dans le décor. Pas de pétrole ni de gaz dans les sous-sols de Bavière ? On fera avec.
Juste avant Noël, le successeur d'Hansi Flick a adressé à chacun des collaborateurs du club un message vidéo personnalisé, expliquant qu'il aurait bien aimé passer la tête par la porte de chaque bureau mais qu'en temps de pandémie, se contenter d'une allocution virtuelle était plus sage. "Je vous remercie de la façon dont vous m'avez accueilli au club", a-t-il en substance témoigné. Présentant presque ses excuses à propos de son style : "Je sais que ce n'est pas forcément toujours facile de se coltiner un entraîneur bruyant et à la voix perçante. Mais vous m'avez tous facilité la tâche pour mon arrivée ici."

Julian Nagelsmann (Bayern Munich)

Crédit: Getty Images

Nagelsmann joue ainsi avec bonheur et réussite tantôt d'autodérision, tantôt de son côté juvénile, tantôt de sa force de conviction ou de persuasion. On le voit se déplacer en skateboard dans les allées. On l'entend chanter à tue-tête dans son bureau les jours où l'enjeu est moindre, un volumineux casque audio sur les oreilles. On l'écoute aussi délivrer des causeries au scalpel pour motiver ses joueurs. Un atout dont disposent d'autres entraîneurs, évidemment, mais qui ne l'empêche pas, quant à lui, de faire une autocritique permanente.
À 34 ans, l'ancien joueur de Munich 1860 serait certes bien sot de s'en priver mais cette capacité à la remise en question constitue l'un de ses cartes maîtresses. "Je devrais mener davantage de discussions en tête-à-tête avec mes joueurs", a-t-il ainsi par exemple récemment concédé à Sports Illustrated. Maîtriser un vestiaire comme celui du Bayern est évidemment une condition sine qua non de la survie pour un coach à ce poste.

Pizzas ou burgers, le choix du vestiaire

La forme, donc, mais aussi le fond. Le natif de Landsberg sait que son équipe a une marge de progression, d'autant plus évidente que depuis son arrivée, les Bavarois ont joué tous les trois jours pratiquement tout le temps et n'ont donc disposé que d'un temps limité pour s'entraîner. Janvier, vierge de coupes d'Europe, était le mois idéal, nonobstant les absences mentionnées plus haut, pour approfondir le travail en vue des échéances à venir.
Replacement à la perte du ballon, défense de manière cohérente et collective, avortement des contres adverses, coups de pied arrêtés offensifs sont autant de thèmes dans lesquels Nagelsmann voit un potentiel d'amélioration. Avec ses adjoints Xaver Zembrod et Dino Toppmöller, il a identifié dans les moindres détails ce qu'il entend faire évoluer match par match. C'est ainsi que le coach a thématisé, dans le vestiaire à l'attention de ses joueurs et à l'aide de mots-clefs, chaque rencontre importante du calendrier. Dortmund ? De gros points à prendre ! FC Barcelone ? Boucler une phase de groupe parfaite ! Les résultats parlent pour lui.
Selon la bonne vieille méthode de la carotte et du bâton, chaque succès est l'occasion de relâcher la bride. Phase aller réussie ? Livraison de pizzas et de burgers dans le vestiaire ! Un modus operandi qui suscite l'admiration, voilée ou non, de la concurrence. Quand l'entraîneur du Borussia Dortmund Marco Rose pointe en public le manque de combativité de ses joueurs en prenant pour exemple la hargne indéfectible de Joshua Kimmich, il rend hommage au milieu de terrain bavarois, certes. Mais aussi à son propre homologue Julian Nagelsmann, dont le style, les méthodes et l'état d'esprit le destinent à un avenir radieux en Allemagne. Voire au-delà, si le cœur lui en dit. Mais ce serait oublier que l'on a là affaire à un Bavarois pur sucre...

Julian Nagelsmann (Bayern Munich)

Crédit: Getty Images

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