Mettre en adéquation la renommée d'un club avec son palmarès international. Voilà l'un des nombreux chantiers menés à bien par Marcelo Gallardo depuis qu'il s'est assis sur le banc de River Plate en 2014. En cas de victoire face à Flamengo, samedi, El Millonario ne pointerait ainsi plus qu'à une longueur de Boca Juniors, son grand rival aux six Copa Libertadores. Avant El Muñeco, River, malgré le prestige de son maillot, ne pouvait pourtant revendiquer que deux Ligue des champions d'Amérique du sud (1986, 1996). C'était bien peu, mais c'était tout de même mieux que Flamengo, autre mythe sud-américain à la vitrine continentale aussi désolée que Copacabana un jour de pluie.
Son unique succès en Libertadores remonte ainsi à 1981. C'était les années Zico, quand le Pelé blanc faisait vivre ses plus belles heures aux Rubro Negro (Rouge et Noir). Avec ses plus de quarante millions de fans, soit plus que la population du Pérou (32 millions) où se déroulera la finale, Flamengo est le club “le plus aimé“ du Brésil. Avant la globalisation du football, qui a conduit à une croissance exponentielle des fans du Barça, du Real Madrid, ou des mastodontes de la Premier League, à travers le monde, le Mengão revendiquait même être le club le plus populaire de la planète.

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Ela, ela, ela, silence dans la favela
A défaut de trophées, gagnés trop épisodiquement, Flamengo a au moins toujours eu le chic pour conquérir les cœurs. Dans son remarquable ouvrage, “Futebol : a brazilian way of life“, le journaliste Alex Bellos rapporte que l'origine de cette popularité n'a toutefois jamais vraiment été établie. Dans une Rio de Janeiro qui vibrait pour le ballon rond dès le début du XXe siècle, Flamengo, club crée en 1911, aurait notamment séduit les masses pour s'entraîner à ses débuts sur des "terrains publics". Avoir misé sur des stars noires comme Leonidas (meilleur buteur de la Coupe du monde 1938) ou Zizinho, leader de la Seleçao en 1950, aurait aussi contribué à faire de Flamengo le favori des quartiers les plus modestes, donc de la majorité, dans un Brésil profondément inégalitaire.
“Ela, ela, ela, silence dans la favela“ raille d'ailleurs les fans adverses quand le Mengão encaisse un but. “Fla“, l'antithèse de Fluminense, le club de l'élite, avec qui il partage toutefois une origine -Flamengo a été créé par des ex du "Flu"- mais aussi le mythique Maracana, où les deux ennemis jouent leurs matches. Enfin, l'âge d'or du club, au début des années 80, n'a fait que de sceller la popularité du “mais querido“. Emmené par un Zico irrésistible (509 buts en 732 matches), Flamengo remportait la Libertadores, mais aussi trois championnats du Brésil en quatre ans (1980, 1982, 1983). Après une parenthèse italienne (Udinese), le Pelé Blanc reviendrait pour enlever un dernier titre, en 1987. Mais depuis une trentaine d'années, les trophées majeurs se font rares : seulement deux titres de champion du Brésil à se mettre sous la dent, en 1992, puis en 2009, quand Adriano soignait sa saudade. Récolte bien maigre pour un club aimé dans tout le Brésil, de Rio à Manaus, en passant par Brasilia. Des évènements massifs seront d'ailleurs organisés aux quatre coins de l'immense pays le jour de la finale.

Flamengo

Crédit: Getty Images

Jorge Jesus, en guide

Après avoir vu Gremio, Corinthians, Santos, ou Internacional, remporter la Libertadores ces dernières années, les torcedores de Flamengo veulent enfin exulter. Leur enthousiasme est d'autant plus fort que le Mengão n'a jamais été aussi proche de remporter son septième Brasileiro (championnat national), qu'il domine avec treize points d'avance sur Palmeiras. L'année avait pourtant commencé de manière dramatique, quand dix joueurs du centre de formation périssaient dans un incendie, au mois de février. L'entrepreneur pétrolier, Rodolfo Landim, venait alors de prendre la tête du club carioca. Un début de mandat où il avait affirmé d'entrée ses ambitions en signant l'ex-Atlético Madrid, Filipe Luis, et l'ex-Bayern Munich, Rafinha.
Le club débauchait également l'ex-Interiste, Gabriel Barbosa, fantomatique en Italie, mais qui avait commencé à se refaire une santé à Santos. Gabigol est désormais le meilleur buteur du Brasileiro (22 buts). Mais le véritable tournant a été pris au mois de juin, quand l'entraîneur portugais, Jorge Jesus, trois fois champion du Portugal avec Benfica et double-finaliste de l'Europa League (2013 et 2014), a déposé ses valises à Rio. Un choix audacieux dans un pays pas vraiment habitué à faire appel aux techniciens européens. Avec Jesus, Flamengo n'a connu qu'une seule fois la défaite en championnat, pour dix-neuf victoires, et trois nuls. "Ce qui m'a convaincu, c'est la grandeur de Flamengo, avait dit Jesus lors de sa présentation, c'est l'un des quatre plus grands club au monde avec Barcelone, le Real Madrid, et Boca Juniors".
Je me demande si cette équipe n'est pas la meilleure que j'aie entraînée
Mais si Flamengo flambe aujourd'hui, c'est aussi parce que Rodolfo Landim a hérité d'une institution aux bases solides. A la tête du club de fin 2012 à fin 2018, Eduardo Bandeira de Mello, ex-fonctionnaire de la banque brésilienne du développement, avait notamment eu le grand mérite d'assainir des finances exsangues. Bien avant d'attirer Rafinha ou Filipe Luis, le club avait ainsi dû laisser filer Ronaldinho en juin 2012 à cause d'un défaut de paiement de ses salaires. De Mello a aussi pris le soin d'investir dans les infrastructures, et Flamengo dispose aujourd'hui de l'un des meilleurs centre d'entraînement du Brésil, d'un centre de formation professionnalisé, et recourt aux logiciels de pointe d'analyse de la performance. "Au niveau de l'organisation, des idées, de la compétitivité, et des salaires, Flamengo peut rivaliser aujourd'hui avec les meilleurs clubs européens" ose même l'ex-OM, Carlos Mozer, directeur sportif du club de 2016 à 2018, dans une interview à France Football.
Arrivé en 2016, l'ex de la Juventus, Diego Ribas, symbolise le renouveau d'un club si attractif que des valeurs sûres du Brasileiro le rejoigne : on pense à l'international uruguayen, Giorgian De Arrascaeta, débauché à Cruzeiro, le défenseur Rodrigo Caio, ex du Sao Paulo FC, ou à l'international brésilien, Bruno Henrique, qui brillait à Santos. "Je me demande si cette équipe n'est pas la meilleure que j'ai entraînée, s'est même interrogé Jorge Jesus, je n'en suis toutefois pas sûr car lors de ma première année à Benfica j'ai eu (Oscar) Cardozo, Saviola, Di Maria, Ramires, et Aimar. Cette équipe était très créative, mais je ne sais pas laquelle est la meilleure".

Reinier avec Flamengo en 2019

Crédit: Getty Images

La pépite Reinier

Flamengo dispose aussi de sa pépite, Reinier, milieu de terrain de 17 ans pour lequel le PSG serait près à débourser 60 millions. Ces deux dernières années, Flamengo avait déjà bien renfloué ses caisses avec les transferts de deux produits de son centre de formation : Vinicius Junior au Real Madrid et Lucas Paqueta au Milan AC. Les résultats ont aussi commencé à arriver. Finaliste de la Copa Sudamericana (équivalent Europa League) en 2017, Flamengo est le vice-champion en titre du Brésil.
A présent, le Mengão veut dépoussiérer sa vitrine internationale. Quand il avait levé sa seule Libertadores, il avait remporté dans la foulée la Coupe Intercontinentale face à Liverpool (3-0). En cas de victoire face à River Plate, ce sont encore les Reds que Flamengo pourrait retrouver sur son chemin au Mondial des clubs. Plus de quarante millions de Brésiliens veulent forcément y voir un signe.
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