Même si le différend entre Carlo Ancelotti et Kevin Gameiro est officiellement aplani (vidéo), il flottera probablement jusqu'à la fin de saison un parfum d'incompatibilité entre le projet du PSG et le statut de Kevin Gameiro. Non pas que l'ex-Lorientais ne soit pas assez "star", comme on le pressent souvent. On parle ici de projet de jeu. Si Gameiro a du mal à trouver ses repères dans le 4-4-2 de Carlo Ancelotti, lui qui incarnait presque à lui seul le 4-4-2 de Christian Gourcuff à Lorient, c'est parce que les conditions de sa mise en valeur sur le plan technique ne sont quasiment jamais réunies au vu du profil de ses partenaires. Ses chiffres - un but toutes les 115 minutes - n'en sont que plus méritoires. Mais ils risquent de ne rien changer à son statut de recours.
Samedi dernier, le PSG a gagné à Troyes (0-1) mais il a fait les gros titres pour d'autres raisons. Sorti de jeu à la 64e minute, Kévin Gameiro a exprimé sa frustration de laisser ses partenaires à l'heure de jeu. Ayant profité de la mise au repos de Zlatan Ibrahimovic après le quart de finale retour de Ligue des champions face au FC Barcelone, l'ancien Lorientais avait débuté  la partie à la pointe de l'attaque parisienne aux côtés d'Ezequiel Lavezzi. Rapidement, il s'est crée la première occasion de la partie : servi par Verratti dans la profondeur, il a ensuite perdu son face-à-face avec Yoann Thuram-Ulien. Une heure de jeu plus tard environ, Carlo Ancelotti l'invitait donc à rejoindre le banc de touche. Déçu par la décision de son coach, Gameiro a observé ses partenaires ouvrir la marque dans la minute qui a suivi sa sortie. Cruel pour un joueur qui s'était jusqu'ici montré irréprochable lorsque le coach italien a fait appel à lui.
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Gameiro, Ibra-dépendant ? 
"Irréprochable", le mot est peut-être fort. Mais les statistiques parlent en faveur de celui qui a été relégué aux portes de l'équipe de France depuis le début de la saison. Troisième attaquant de pointe dans la hiérarchie parisienne, derrière Ibrahimovic et Lavezzi, le natif de Senlis est apparu à 21 reprises cette saison en Ligue 1... Pour seulement six titularisations au compteur. Au total, il a passé 689 minutes sur les pelouses de Ligue 1. Un temps de jeu limité mais qui ne l'a pas empêché de faire trembler les filets à 6 reprises. Ce chiffre fait de lui le second meilleur buteur parisien en championnat derrière l'intouchable Zlatan. Mieux, son ratio but/minutes est un des meilleurs de Ligue 1 puisqu'il inscrit un but toutes les 115 minutes. A titre de comparaison, Ibrahimovic pointe lui à un but toutes les 94 minutes. Sans rentrer dans ce genre de calculs, il était sur un rythme d'un but inscrit toutes les deux titularisations (4 buts en 8 matches toutes compétitions confondues) avant le déplacement des Parisiens dans l'Aube.
Au-delà de ses statistiques individuelles, les buts de Gameiro ont tout simplement rapporté des points au PSG. Face à Sochaux, Reims et Montpellier, il est l'homme qui a fait basculer la partie en faveur des siens, en débloquant à chaque fois le tableau d'affichage. Ces chiffres mis bout à bout font de lui un joueur plus efficace qu'Ezequiel Lavezzi en Ligue 1. Peut-être le début d'une explication quant à la frustration affichée à sa sortie samedi dernier ? Pour la première fois de la saison, les deux hommes étaient associés. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'ils n'ont pas fait preuve d'une grande complémentarité. Logique pour une première et au vu du profil des deux hommes : leurs déplacements assez similaires font qu'ils ne peuvent s'entendre naturellement. Tout l'inverse de leur relation quasi automatique avec un joueur au profil de Zlatan Ibrahimovic (ou de Guillaume Hoarau parti durant l'hiver).
Comme Lavezzi, Gameiro a tout à fait le profil pour se régaler aux côtés du géant suédois. Efficace devant le but, dévoreur d'espaces, il est un parfait complément à "Ibra", qui attire à lui les ballons et les défenseurs. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si Gameiro n'a trouvé le chemin des filets que lorsque Ibrahimovic était sur la pelouse. Sans lui, l'ancien Merlu perd ce référent autour duquel tourner et capable de lui offrir des positions intéressantes. Sans Ibra, Gameiro n'a plus de véritable répère dans le 4-4-2 parisien, qui ne fonctionne pas comme celui qu'il affectionnait avec lequel il a explosé du côté de Lorient. En Bretagne, le jeu de passes et les mouvements sans ballon prenaient le dessus sur le reste : les milieux de terrain excentrés portaient très peu le cuir, le jeu était plus direct et Gameiro pouvait dévorer les espaces pour offrir des solutions à ses partenaires.
Gameiro finisseur mais pas dribbleur
A l'inverse, les excentrés du 4-4-2 parisien aiment tenir le ballon et provoquer les adversaires. Lucas Moura, Pastore, Ménez... Tous ont pour atout une certaine capacité à effacer leurs vis-à-vis et aiment à s'en servir. Excepté Ibrahimovic, qui peut toujours aspirer des ballons lorsqu'il décroche dans l'axe, les attaquants parisiens ont vocation à ne toucher le ballon que dans la zone de vérité. Idéal pour faire parler la poudre lorsque les coéquipiers ont fait le job pour vous mettre en bonne position, moins lorsqu'il s'agit de se défaire d'un ou deux adversaires directs dans des périmètres resserrées pour s'ouvrir le chemin du but. Kevin Gameiro touche là à son principal problème dans le système de jeu parisien : par rapport à son concurrent direct Lavezzi, il est moins capable de faire la différence tout seul en prenant le dessus sur son adversaire direct. Quand l'Argentin peut éliminer un ou deux joueurs avant de faire trembler les filets, Kevin Gameiro inscrit tous ses buts en profitant de positions idéales (aucun défenseur au contact).
Or la majorité des adversaires du PSG en Ligue 1 se présentent sur la pelouse pour ne pas laisser d'espaces à leurs attaquants. Chaque week-end, les équipes décident d'attendre les Parisiens pour les prendre en contre. Les attaquants doivent donc faire face à des défenses resserrées et ne laissant que très peu de fenêtres de tir. C'est d'ailleurs ce qui est arrivé au Stade de l'Aube samedi dernier : après l'alerte Gameiro sur service de Verratti, les Troyens ont corrigé leur approche et ont attendu le PSG pour limiter les risques. Face à ces défenses resserrées, la présence d'Ibrahimovic est salvatrice pour les autres attaquants puisque le Suédois peut monopoliser à lui seul deux adversaires, ou aspirer des défenseurs hors de leur position habituelle par ces déplacements. Sans lui, Gameiro et Lavezzi sont condamnés à des actions en solitaire... Et dans ce registre, l'Argentin sera toujours devant le Français.
Certainement en fin de course dans le club de la capitale, Kevin Gameiro a toutefois tout ce qu'il faut pour rebondir ailleurs, que ce soit en France ou dans un autre club européen. Malgré le peu de temps de jeu qui lui a été offert cette saison, il a prouvé à plusieurs reprises qu'il était un excellent finisseur pour peu qu'il soit mis en bonne position. N'importe quelle équipe dotée d'un fond de jeu intéressant aura le devoir de s'intéresser à son cas l'été prochain. De quoi lui assurer quelques propositions intéressantes et un véritable avenir loin du banc parisien.
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