Depuis le début de sa carrière, Jocelyn Gourvennec est passé par une multitude d’émotions. Mais l’entraîneur guingampais n’a jamais connu le bonheur suprême de remporter un titre chez les professionnels, que ce soit comme joueur ou comme entraîneur. Une anomalie qu’il aura l’opportunité de réparer ce samedi en finale de la Coupe de France contre Rennes (21h00). S’il venait à inaugurer son palmarès, Gourvennec validerait son excellent travail avec le club costamoricain. Le Brestois de naissance (41 ans) justifierait surtout la bienveillance avec laquelle la profession et les observateurs le couvent en ce moment. Jusqu’à lui coller une étiquette de "futur grand", qu'il n'a pas réussi à être en tant que joueur.

Vite catalogué parmi les "marginaux", Gourvennec interloquait coéquipiers et entraîneurs quand il jouait. Il était même taxé d’"intello" par certains. "Si avoir une maîtrise de Staps, c'est être intello, notre société ne tire pas vers le haut", souriait jaune le principal intéressé, dans un article lui étant consacré dans le JDD . Homme de convictions, pas seulement sportives, Gourvennec s’en est forgé des solides sur sa conception du football durant sa "première vie". Ce qui l’a rapidement amené à une réflexion sur une carrière de technicien. "J'ai toujours eu ça en moi. Je suis fils d'enseignants et, quelque part, ça reste de la pédagogie. La différence, c'est le côté animal et politique." Mais le Breton n’a pas brûlé les étapes.

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Denoueix en référence absolue

Après avoir raccroché les crampons à Clermont en 2006, il a évolué deux saisons en Division d’Honneur comme amateur à Rezé. Le temps de se trouver un challenge d’entraîneur intéressant et d’atterrir à La Roche Vendée Football en 2008. Il a pu y peaufiner sa méthode et sa vision du football. "Il y en a très peu qui démarrent tout de suite avec des pros, expliquait Gourvennec dans un entretien à 20 Minutes. A ma connaissance, je ne connais que Le Guen, Blanc et Deschamps qui ont commencé avec une belle équipe de Ligue 1. Tous les autres font leurs preuves. J’ai fait le choix de revenir chez les amateurs. Je préférais ça que prendre une équipe de jeune dans un centre de formation. Ça m’a permis de toucher à tous les aspects de fonctionnement d’un club". Dans le même temps, l’ex-international Espoirs français, jamais capé chez les A, en a profité pour passer ses diplômes.

Jocelyn Gourvennec à l'entraînement avec ses joueurs l'été dernier

Crédit: Panoramic

Gourvennec a obtenu son DEPF en mai 2010 et le hasard a fait les choses à la perfection : il s’est engagé quelques jours plus tard avec Guingamp. En quête d’un entraîneur pour relancer le club, tombé en National, l’En Avant a pensé à lui pour relever le défi. Séduit par le projet, le Finistérien a foncé, même s’il ne faisait pas forcément partie de son "plan". Gourvennec a imposé d’entrée sa patte, mélange d’influences de tous les entraîneurs croisés par le passé. Mais sa référence se nomme Raynald Denoueix, qui l’a dirigé pendant une saison à Nantes (1997-1998). "J’ai vraiment accroché dans sa manière de voir le foot, de gérer l’aspect technique, et dans sa façon de se comporter humainement avec ses joueurs. Avec beaucoup d’exigence mais aussi beaucoup d’empathie."

La hype du foot français

L’une des clés du succès de Gourvennec réside dans cet amalgame réussi, entre intransigeance sur le comportement de son groupe et volonté de développer un football attractif. Ce cocktail a porté ses fruits, avec une remontée immédiate en Ligue 2. Le club a continué sa progression à l’étage supérieur, et son entraîneur avec. De l’avis de tous, l’En Avant s’est mis en évidence par la qualité de son jeu dans une division où les ballons sont plus souvent dans les airs qu’à terre. Dans ce contexte, Gourvennec est resté fidèle à ses idées et les résultats ont suivi. Guingamp a terminé à une honorable septième place lors de sa première saison en L2 avant de finir deuxième en mai dernier, juste derrière un Monaco aux moyens stratosphériques. Pour le plus grand bonheur de son coach, sacré meilleur entraîneur du championnat.

Sur le banc, Gourvennec prend du plaisir, en distribue sur le terrain, donne le change aux medias et est devenu la hype du foot français, qui se dit avoir trouvé son Pep Guardiola. Le buzz est arrivé jusqu’aux oreilles des dirigeants rennais, qui ont tâté le terrain pour en faire le successeur de Frédéric Antonetti. Mais Gourvennec a finalement prolongé à Guingamp jusqu’en 2017. Ce phénomène de mode, le principal intéressé le suit de loin et avec son détachement habituel. "Les entraîneurs sont catalogués. Mais pour moi, jouer c’est être efficace. On a plus de chances de gagner des matches en ayant un jeu élaboré qu’avec un jeu stéréotypé et fermé. Après, on ne peut pas éluder tous les aspects d’organisation défensive qui font partie du jeu. (...) Le jeu, ce n’est pas seulement le jeu du Barça." Preuve de son ouverture d’esprit, il a souvent démontré son pragmatisme pour réussir ses premiers pas en Ligue 1.

Gourvennec "à 300% dans le projet guingampais"

Gourvennec ne s’est pas entêté dans ses certitudes, même s’il n’a quasiment jamais renoncé à son immuable 4-4-2, hérité d’un Christian Gourcuff érig" en modèle. "C'est celui qui excelle le plus dans la maîtrise de l'entraînement, soulignait-il dans Le Parisien. Cela m'a aidé d'être dirigé par lui. J'ai appris à être rigoureux, méthodique. Je le respecte énormément. Je lui dois beaucoup." Pour son retour dans l’élite, l’EAG a réussi un début de saison parfait, jusqu’à pointer au cinquième rang après onze journées. Dans ce sillage, la cote de Gourvennec, plus jeune technicien de Ligue 1, est montée en flèche. Même les cinq revers consécutifs des Guingampais en championnat au début du printemps n’ont pas écorné son image, d’autant que le maintien est quasiment assuré après le succès contre Valenciennes le week-end dernier (1-0).

Le parcours en Coupe de France, sublimé par la demi-finale remportée face à Monaco (3-1 a.p.), a aussi embelli son bilan. Lyon, Bordeaux et Lorient, parmi d’autres, le surveillent pour la saison prochaine. Mais personne n’envisage la fin de l’aventure dans les Côtes d’Armor. "L’EAG tient sa première recrue de la saison prochaine et elle s’appelle Jocelyn Gourvennec", assurait le président Bertrand Desplat en mars dernier. "Je suis à 300% dans le projet guingampais, je me réalise pleinement, que ce soit en tant que technicien ou humainement", indiquait Gourvennec à Ouest-France trois mois plus tôt. Autant dire que la nouvelle coqueluche des entraîneurs français, pas pressée de viser plus haut, veut continuer à grandir sans pression, en traçant sa propre route. Une forme de leitmotiv qui lui colle à la peau depuis si longtemps.

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