Cette saison en Ligue 1, il a marqué autant de buts que Burak Yilmaz (15) et délivré autant de passes décisives qu'Angel Di Maria (8). Pourtant les performances de Gaëtan Laborde ne jouissent pas de la même caisse de résonance. Bien élevé, l'ancien buteur du Red Star ne s'en formalise pas. Son parcours sinueux jusqu'à l'explosion, sur le tard, à Montpellier lui fait relativiser les choses. Avant d'affronter le PSG dans le genre de match qui peut faire basculer une carrière, entretien avec un buteur qui pourrait bien voir plus grand cet été.
Gaëtan, est-ce que vous jouerez mercredi face au PSG le match le plus important de votre carrière ?
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G.L. : En tout cas, des demi-finales, on en fait pas souvent. Moi, c'est la première de ma carrière. Le match le plus important de ma carrière, je ne sais pas. Pour chaque joueur, pour le club, c'est capital. Ça nous tient à cœur de faire une belle performance.
Comment faire pour battre le PSG ?
G.L. : C'est compliqué. On les a battus une fois depuis que je suis ici. Il faudra se donner à fond, être efficace, tenter de les contrer tactiquement. Et espérer qu'ils ne soient pas dans un grand jour. Parce que s'ils le sont, ça sera très compliqué.
Une finale au Stade de France serait aussi une façon d'offrir une sortie magistrale à votre coach Michel Der Zakarian.
G.L. : Tout le monde y pense. Pour tout le staff aussi. Une demi-finale de Coupe, ça n'arrivera peut-être plus. C'est peut-être une fois dans une vie. Donc il n'est pas question de ne pas être à 2000% et de tout donner sur le terrain.

Gatean Laborde et Michel der Zakarian à Montpellier (MHSC)

Crédit: Getty Images

Qu'est-ce que Michel Der Zakarian vous a apporté depuis votre arrivée à Montpellier, alors que votre carrière a décollé sous ses ordres ?
G.B. : De la confiance déjà. Il est dans le dialogue, il a su me faire confiance sur le terrain, me dire les choses quand ça allait mais aussi quand ça n'allait pas. J'ai évolué en tant que joueur mais aussi en tant qu'homme sous ses ordres.
Comment avez-vous vécu l'annonce de son départ ?
G.B. : J'étais très triste. Quand on passe trois ans avec un coach qui vous a fait confiance, qu'on a vécu des super moments ensemble, ce n'est pas évident.
Ce manque de considération, ça n'a pas été facile à vivre
Il a fallu attendre vos 25 ans pour qu'on vous fasse enfin confiance en L1. Pensez-vous que démarrer par des prêts à tout va (ndlr : Red Star, Brest, Clermont), sans se fixer, a retardé votre éclosion ?
G.B. : Ce n'est pas l'idéal mais aujourd'hui, j'en suis très fier. Je suis devenu l'homme et le joueur que je suis grâce à ces prêts. Je n'ai pas emprunté le chemin le plus facile mais l'important, c'est d'être performant aujourd'hui.
Lors de la saison 2017/2018, à Bordeaux, vous êtes écarté par Gourvennec après une saison pourtant remarquable. Est-ce que votre parcours, c'est aussi une revanche par rapport à votre club formateur ?
G.B. : Ca fait partie des expériences que j'ai vécues qui font ce que je suis aujourd'hui. Cette période, ce manque de considération, ça n'a pas été facile à vivre. Mais ça m'a fait grandir.
Est-ce que ce parcours tortueux a influencé votre façon de jouer ?
G.B. : Bien sûr. Mon éducation, déjà, m'a appris à ne rien lâcher sur un terrain. Après, mon parcours et les moments très compliqués que j'ai traversés, m'ont permis de rester les pieds sur terre. Je me sers de ces moments-là mais je n'ai pas toujours été irréprochable, j'ai aussi ma part de responsabilité. Parfois, je me dis : 'Souviens-toi où tu étais avant'. Aujourd'hui, avec ce que j'ai vécu, c'est impossible d'avoir la grosse tête.

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Avec Andy, on est les mêmes
Est-ce qu'un buteur a plus besoin d'amour qu'un autre ?
G.B. : D'amour, je ne sais. Mais de confiance, oui. On se doit de marquer, de porter l'équipe, d'avoir des statistiques. Et c'est plus facile quand on vous fait confiance. Après, il y a plusieurs façons d'en engranger : en étant bon sur le terrain ou en dialoguant avec son coach. Les périodes importantes sont celles où tu te sens moins bien, où tu traverses un moment compliqué mais le coach te maintient sur le terrain. Il n'y a rien de pire que de ne pas savoir, d'avoir un statut flou. Ça fait trois ans que le coach m'a installé en titulaire et j'essaie de lui rendre sur le terrain.
Avec Andy Delort, vous formez l'un des duos les plus redoutables de L1, pourquoi ça marche si bien entre vous ?
G.B. : On est les mêmes et nous sommes amis. Quand je regarde à côté de moi sur le terrain, je vois le même mec. Celui qui se bat, qui se dépense comme moi. Et ça crée des liens. Aujourd'hui dans le foot, c'est rare d'avoir des joueurs qui vont tout donner pour leur équipe ou pour les gars qui les entourent. En plus, on marque, on est décisifs.
On parle finalement peu de vous au regard de vos statistiques, de votre apport sur le terrain. N'avez-vous pas l'impression d'être un peu sous-évalué ?
G.B. : Non. On parle de plus en plus de moi quand même, parce que je suis performant. Je ne cherche pas la lumière, simplement à être le meilleur sur le terrain. Donc, non je ne me sens pas sous-côté. Je ne suis pas le meilleur joueur du monde mais je sais ce que je donne pour l'équipe. Après, ma renommée se fait naturellement. Ce n'est pas moi qui vais réclamer des choses sur les réseaux ou dans les journaux. Peut-être qu'un jour les gens se diront, ou se disent déjà d'ailleurs : 'Laborde, c'est plus que du sacrifice pour son équipe.'

La joie de Gaëtan Laborde et Andy Delort face à Amiens

Crédit: Getty Images

Etes-vous suffisamment égoïste pour ce poste ?
G.B. : Attention, j'aime aussi marquer. Bien sûr qu'il faut une part d'égoïsme. Mais je suis plus un attaquant qui va essayer de sentir le jeu. Faire la passe s'il le faut plutôt que tirer. Je ne vais pas forcer une frappe inutile.
Mon modèle ? Benzema
Est-ce que vous avez un modèle d'attaquant ?
G.B. : Karim Benzema. Il joue pour son équipe. Quand il y avait Ronaldo, il réussissait aussi à se mettre moins en avant pour que son équipe gagne. J'ai aussi en tête Aguero ou Lewandowski, même si c'est un autre registre. Leur régularité est assez incroyable.
Vous avez beaucoup joué sur un côté cette saison. N'est-ce pas frustrant de laisser l'axe quand on est attaquant ?
G.B. : Sur un côté, ça demande plus de retours défensifs. Mais être neuf quand on met des grands ballons devant, sans combinaison, ce n'est pas forcément intéressant. Je prends du plaisir grâce à la façon dont on joue. Que ce soit dans l'axe ou sur le côté, je suis souvent dans la surface. Le positionnement, ce n'est que sur le paperboard. Ce qui compte, c'est l'animation.

Ambroise Oyongo et Gaetan Laborde lors de Montpellier - Nantes en Ligue 1 le 9 janvier 2021

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Vous n'avez plus qu'un an de contrat, à Montpellier, vous vous êtes affirmé comme l'un des attaquants les plus réguliers du championnat. Après trois ans, est-ce qu'il est temps d'aller voir ailleurs pour progresser ?
G.B. : Je fais une bonne saison donc ça peut être intéressant. Il faut voir s'il y a des opportunités pour le club ou pour moi. Pour l'instant, on ne se pose pas la question. S'il y a des offres intéressantes, on se mettra autour de la table. Il est encore tôt.
Est-ce qu'un championnat vous fait particulièrement rêver ?
G.B. : Comme je n'ai connu que la France, l'étranger, ça m'attire oui. Mais je vais marcher au feeling. Un peu comme avec Montpellier.
Ce serait l'idéal d'achever votre aventure héraultaise en soulevant la Coupe…
G.B. : Ce serait idéal tout court. Aujourd'hui, je n'ai qu'un titre, c'est la Gambardella. Or, on retient les titres. Là, on le touche du doigt. A nous de tout donner pour soulever ce trophée.
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