Voir un match du Stade Rennais peut amener quelques frustrations. Notamment si on a encore en tête les performances d'Eduardo Camavinga de la saison passée. Avec sa fraicheur, son insouciance et sa spontanéité, le jeune milieu de terrain breton avait illuminé le dernier exercice de L1 par son talent. Jusqu'à s'offrir ses premières minutes riches en promesses avec les Bleus en septembre et octobre, alors qu'il n'avait encore que 17 ans. Mais cette saison avec le Stade Rennais, l'impression générale est plus mitigée : il n'est pas forcément à la hauteur des attentes.
Etant donné ses qualités intrinsèques largement au-dessus de la moyenne, tout n'est bien sûr pas à jeter, loin de là. Il a quelques séquences intéressantes, comme face à Lens le weekend dernier où il a retrouvé par moment sa capacité à régner sur l'entrejeu. Mais il livre trop souvent des copies moins impressionnantes, gâchées par un déchet qu'on ne lui connaissait pas la saison dernière. "Il n'est pas moins important à l'équipe. Mais il est moins influent. Et c'est le cas depuis ses sélections en équipe de France", constate Jocelyn Gourvennec, l'ancien entraîneur de Guingamp ou encore Bordeaux.
Ligue 1
Le but du 3-2 dans les arrêts de jeu, un triplé pour Milik : l'OM a vécu une folle soirée
HIER À 21:04

Eduardo Camavinga

Crédit: Getty Images

Les entraîneurs des équipes adverses trouvent des parades à son influence
Les raisons de cette baisse de régime sont multiples. Elles peuvent déjà être collectives et physiques, avec l'enchaînement des rencontres en début de saison entre le championnat, l'équipe de France et la Ligue des champions dans cette période atypique liée à la pandémie du Covid-19. Mais Eduardo Camavinga fait surtout face à de nouveaux défis, qu'il doit surmonter pour poursuivre sa progression que l'on prédit énorme. "Il y a un phénomène de maturation pour les jeunes joueurs, qui se traduit pour certains par un plateau, explique Alain Perrin, l'ancien entraîneur de Lyon ou de Sochaux. Quand ils arrivent au plus haut niveau, certains jeunes sont à 120% sans s'en rendre compte. Et quand les choses rentrent dans le rang, ils se retrouvent face à un plateau ou une baisse de performances."
Le prodige passé par Fougères, qui a dû composer avec quelques pépins physiques dans les premiers mois de la saison, est aussi plus attendu par ses adversaires. Il a alors moins de liberté sur le terrain. Moins d'espace pour s'exprimer. Moins de temps aussi. C'est le fruit empoisonné de son explosion aux yeux du monde. Forcément… "Les entraîneurs des équipes adverses trouvent des parades à son influence", remarque Gourvennec. "Les adversaires se méfient davantage. Il est pris en compte par l'entraîneur adverse. Tous les regards ont changé et lui doit s'adapter à ça", confirme Alain Perrin dans un propos plus large. Car ce n'est surtout pas qu'une question de football.

"Bielsa-dépendant" et sourires inexistants : Sampaoli, alléchant mais pas sans risque pour l’OM

Attention aux "étoiles filantes"

Mis en pleine lumière par ses prestations hors normes pour un garçon de cet âge même si le Stade Rennais met tout en place pour essayer de le protéger, Camavinga s'est retrouvé ces derniers mois dans un tourbillon médiatique. Entre les rumeurs d'un transfert au Real Madrid, l'équipe de France et sa décision en décembre de prendre le Britannique Jonathan Barnett comme agent, il a dû jongler avec un nouveau contexte hors des rectangles verts. Et forcément cela se ressent sur le terrain. "Toutes les sollicitations externes - les supporters, les médias - vont faire qu'un jeune espoir comme lui sort légèrement de sa ligne. Tout cet environnement-là vient parasiter son projet personnel sur le plan sportif", estime Alain Perrin.
Cette nouvelle donne à appréhender peut avoir de lourdes conséquences. "C'est l'apprentissage de la notoriété. Certains joueurs se sont perdus à ce moment-là de leur carrière. Je les appelais les étoiles filantes. Des joueurs qui sont devenus des stars mais ont été mangés par les parasites extérieurs", ajoute l'ancien entraîneur de Lyon. Posé et loué par nombre de ses formateurs pour son intelligence, Camavinga, qui a reconnu lui-même certaines difficultés ("Je trouvais que je ne touchais pas assez de ballons. Du coup, quand j'avais la balle, j'en faisais trop."), sait forcément le danger qui le guette. Et est en quête des recettes pour se sortir de cette période plus délicate.

Les clefs pour son rebond

Elles sont légion. Et assez évidentes au final. "Quand on est moins bien, il faut retrouver les bases et essayer de faire des choses simples sur le plan technique et dans ses choix de jeu. Ne pas tenter de dribbles difficiles au cœur du jeu, comme il sait bien le faire", confie déjà Gourvennec avant d'ajouter : "Il doit trouver la parade, à la fois sur le plan tactique pour mieux se déplacer et recevoir le ballon dans de meilleures conditions et ne pas à chaque fois subir un adversaire qui vient dans sa zone et le gêne". "Il faut réussir à digérer tout l'environnement et être encore focus sur l'efficacité, la maitrise du jeu, ne pas vouloir trop en faire", complète Alain Perrin.
Pour Jocelyn Gourvennec, son rebond passera cependant aussi par une décision sur son avenir, alors qu'il n'a pas fermé la porte à une prolongation avec Rennes. "Cela le perturbe sûrement un peu. Quand il aura fait son choix, je pense que ça ira mieux. Mais jusque-là, il n'est pas libéré ce qui n'est pas illogique étant donné son âge. C'est difficile à gérer. On ne se rend pas compte", nous confie l'ancien meneur de jeu. "Kylian Mbappé, à un autre niveau, est confronté au même souci aujourd'hui : il a un choix à faire et cela pèse un peu. Tout ce qui vient polluer l'esprit impacte la performance."
Ce coup de mou n'est toutefois pas trop inquiétant. A son âge, ce n'est pas illogique, comme le confirment nos deux experts. "Il faut accepter que les joueurs ne sont pas des robots et n'ont pas toujours des trajectoires linéaires", lâche Perrin. Et puis, Camavinga a montré tellement de choses lors de ses premiers mois au haut niveau qu'il y a des raisons de rester positif. "Il a la valeur technique, athlétique et la vista. J'ai toute confiance dans le fait que cela va être une période transitoire. J'ai toute confiance en un rebond", conclut Alain Perrin.
Ligue 1
"On doit être plus malin" s'agace Génésio
09/05/2021 À 23:03
Ligue 1
Paris résigné ? "Il faut commencer à bien se parler pour la saison prochaine"
09/05/2021 À 22:19