Le football peut décidément aller très vite. En l'espace de quatre jours, les Bleuets de Pierre Mankowski sont passés du statut de "grande déception" à celui de sérieux outsider à la victoire finale dans la Coupe du monde des moins de vingt ans. Avant le début du tournoi, ils étaient même évoqués parmi les favoris de la compétition. Une victoire poussive face au Ghana, suivie de contre-performances face aux Etats-Unis (1-1) et l'Espagne (1-2) les ont fait basculer du mauvais côté. Mais le probant succès face à l'hôte turc en huitième de finale (4-1) semble avoir complètement relancé la crédibilité des Bleus alors que le dernier carré est à portée.
Il faut dire que même privée de Raphaël Varane, cette génération 93 a quand même "une sacrée gueule". Portée par Paul Pogba et Geoffrey Kondogbia, ses deux "internationaux" (dans le sens où ils jouent à l'étranger), le onze de départ est constitué par une majorité de joueurs ayant déjà au moins une saison de Ligue 1 dans les jambes : Lucas Digne, Samuel Umtiti et Kurt Zouma derrière, Florian Thauvin et Jean-Christophe Bahebeck sur les ailes. Les joueurs de complément ne sont pas non plus en reste : Jordan Veretout devrait être l'une des découvertes de la L1 cette saison suite à la remontée du FC Nantes, Alphonse Aréola est l'un des grands espoirs français et du PSG au poste de gardien de but et, enfin, Yaya Sanogo va rejoindre la clique des exilés après ce Mondial en ralliant Arsenal. Reste le Rennais Dimitri Foulquier, qui a connu ses premières titularisations cette saison mais devrait voir son temps de jeu augmenter avec l'arrivée de Philippe Montanier.
Les difficultés
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A l'instar du parcours de l'équipe de France A en 2006, ces Bleuets ont donc vécu une phase de poules très difficile. Si certaines individualités ont déçu, le principal problème résidait sans aucun doute dans l'articulation du milieu de terrain. Sur le papier, le 4-3-3 mis en place par Pierre Mankowski semblait tout avoir pour inquiéter les 23 autres sélections engagées dans la compétition. Le milieu composé de Veretout, Pogba et Kondogbia avait tout pour être son principal point fort. Pour débuter le tournoi, le sélectionneur a donc choisi de libérer Pogba au milieu de terrain en plaçant Veretout devant la défense, Kondogbia complétant le système en tant que milieu relayeur. Tous les ballons de relance passaient par ce trio et franchissaient sans difficulté la ligne médiane. Les problèmes intervenaient en revanche dans les 30 derniers mètres adverses.
Veretout restant en couverture, il revenait à Pogba et Kondogbia de se partager les tâches devant. Quand l'un se chargeait de remonter le ballon, l'autre prenait moins de risques et inversement. Mais le meneur de jeu souffrait alors d'un cruel manque de solutions au moment d'arriver dans la zone de vérité. Souvent esseulé à la pointe de l'attaque, Yaya Sanogo était la plupart du temps serré de près par les défenseurs centraux adverses, quand il n'était pas en plus isolé en raison de la présence de un ou deux milieux défensifs pour s'opposer au porteur de balle. Ne restait alors plus que les solutions Thauvin et Bahebeck sur les ailes.

France U20

Crédit: Eurosport

Mais là encore, les Bleuets se heurtaient à un problème de taille : les deux Français étaient la plupart du temps servis sans vitesse, l'adversaire étant déjà replacé dans sa moitié de terrain. Pour peu que les montées de Digne et Foulquier soient compensées par le repli de leurs adversaires directs, Thauvin et Bahebeck étaient soit condamnés à l'exploit individuel, soit forcés de chercher une solution en retrait. Jouant à contre-emploi, les futurs Nordistes (l'un à Lille, l'autre à Valenciennes) ont vécu une entame de tournoi compliquée malgré un but pour le joueur formé au PSG. Paul Pogba a lui aussi souffert à son poste, semblant manquer de repères. Vite énervé au cours des deux premières rencontres, il a assisté à la défaite des siens face à l'Espagne depuis les tribunes pour cause de suspension.
Dans les grandes lignes, l'équipe de France semblait vouloir développer un jeu qui ne convient pas à ces joueurs. Sans doute trop portée sur la conservation du ballon dans le camp adverse (à la manière de l'Espagne), elle ne profitait tout simplement pas de ses forces. Les ballons arrivaient vite dans le camp adverse, mais une fois dans les 30 derniers mètres, le manque de créativité des milieux et de justesse technique des relais (Thauvin, Bahebeck) compliquaient les combinaisons dans des périmètres resserrées par l'adversaire. Qui plus est, les libertés accordées à Pogba et Kondogbia, couplée aux montées des latéraux sur les ailes, offraient beaucoup d'espaces aux adversaires.
La remise en question
Le troisième et dernier match face à l'Espagne a clos de la pire des manières la phase de poules des Bleus. Bien que qualifiés, ces derniers ont donné l'impression de régresser match après match jusqu'à encaisser un revers logique face au favori espagnol (1-2). Pierre Mankowski avait quatre jours pour rectifier le tir avant le premier match couperet et il l'a bien fait. Sans changer les piliers de son système de jeu, le sélectionneur a tout simplement inversé son milieu de terrain. Au lieu d'utiliser Veretout devant la défense, il l'a positionné en soutien de Sanogo, laissant le duo Pogba-Kondogbia dans l'entrejeu.
Dès les premières minutes du huitième de finale, l'équipe de France a affiché un tout autre visage. Pogba et Kondogbia ont très rapidement dominé les débats et ratissé un nombre incalculable de ballons. Intraitables dans les airs, ils réceptionnaient la majorité des longs ballons relancés par la défense turque. Des relances qui étaient justement forcées par la position avancée de Veretout, qui complétait le travail de Sanogo, Thauvin et Bahebeck. Qui dit récupérations rapides, dit aussi contre-attaques : les Bleus sont allés beaucoup plus vite de l'avant et ont enfin pu jouer sur les qualités de percussion de Thauvin ou Sanogo. A la relance, Pogba et Kondogbia ont excellé dans le premier quart d'heure ; devant, la présence de Veretout en soutien de Sanogo et les déplacements de Thauvin leur offraient des solutions dans le coeur du jeu, tandis que les latéraux profitaient de leur couverture pour bloquer les couloirs.
Si tout n'a pas été parfait, notamment en début de deuxième mi-temps où les Bleuets ont été légèrement en-deça de leurs adversaires, la prestation d'ensemble des Bleuets a largement validé le changement d'approche tactique. En partant de plus bas avec Pogba et Kondogbia, les Français peuvent enfin utiliser les qualités de percussion de leurs attaquants. Les deux milieux de terrain permettent en plus de libérer les latéraux, qui offrent des solutions supplémentaires dans la profondeur lorsque leurs partenaires des couloirs se recentrent. Bref, un jeu plus direct, enfin en adéquation avec les qualités d'une sélection mettant enfin ses deux leaders (Pogba, Kondogbia) dans les conditions qu'ils ont pratiqué en club. Comme quoi, le football n'est pas si compliqué que ça.

France U20, tactique

Crédit: Eurosport

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