Depay, c'est bien son nom. Mais il faudra apprendre à l'appeler Memphis. C'est inscrit sur son maillot, et cela n'a rien à voir avec une éventuelle admiration pour Elvis Presley ou Eddy Mitchell. Mais plutôt parce qu'il ne se reconnaît pas vraiment dans son nom. "Depay, c'est le nom de mon père, et je n'ai aucun contact avec lui, révélait-il il y a un peu moins de deux ans pour le média néerlandais ELF Voetbal Magazine. Avec ma mère, ils ont divorcé quand j'avais quatre ans. S'il me manque ? Tout ce que je sais, je l'ai appris moi-même, ou avec ma mère. Je vis ma propre vie. S'il appelait, je lui parlerais. Mais je n'ai pas besoin de lui."
Memphis Depay est loin d'avoir eu une enfance facile. Né dans la petite commune de Moordrecht, il a ensuite rejoint Rotterdam où il passait l'essentiel de son temps dans la rue. Il y a développé son incroyable habileté technique. Mais aussi un caractère pas facile à manœuvrer. Au Sparta Rotterdam, le club où il a commencé à grandir entre 2003 et 2006, cela a provoqué le plus grand scepticisme sur sa faculté à devenir footballeur. "Il avait une situation familiale difficile, et il ne savait pas ce que bien se comporter voulait dire, se souvient l'un de ses entraîneurs de l'époque, Kevin Valkenburg. Il était impossible à entraîner, il n'acceptait pas d'être corrigé. On ne l'a pas gardé. Il semblait dévasté. Mais il était déjà très fort au football."

Entre le rap et le foot, il fallait choisir

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Le PSV Eindhoven savait à quoi il s'exposait quand il l'a recruté en 2006. Il s'est donné les moyens de gagner ce pari. En plaçant Memphis dans une famille d'accueil où il a découvert une façon de vivre bien différente de ce qu'il avait connu à Rotterdam. Et en allant lui chercher un mentor, Joost Lenders, à l'Académie de jeunes talents de La Haye. Si un homme a contribué à mettre Memphis sur la bonne route, c'est lui. "Il a été le miroir qu'il me fallait, il m'a aidé, reconnaît le jeune attaquant néerlandais de 20 ans. Je pouvais lui ouvrir mon cœur. Il a été comme un père pour moi. Et il l'est toujours." Memphis a ainsi appris à se plier tant bien que mal aux règles en vigueur au PSV Eindhoven. Et son talent a entraîné un peu d'indulgence à son égard sur quelques écarts.

Memphis Depay laisse Raul Meireles sur place lors d'un match entre le PSV et Fenerbahçe

Crédit: AFP

Celui de Memphis a toujours sauté aux yeux. Surclassé dans toutes les catégories de jeunes de la sélection néerlandaise dès 2008, il a fait ses débuts avec les l'équipe première du PSV au cours de la deuxième partie saison 2011/2012, alors qu'il avait à peine 17 ans, inscrivant cinq buts en seulement onze apparitions. Malgré un potentiel évident, Fred Rutten, à l'instar de ses prédécesseurs, ne savait pas trop sur quel pied danser avec lui. Memphis n'hésitait pas à sécher l'entraînement pour s'adonner à son autre passion, le rap. "Le rap lui prenait beaucoup de temps, se remémore son entraîneur de l'époque. Je lui ai dit qu'il ne pouvait pas être à la fois meilleur footballeur et le meilleur rappeur. Qu'il fallait qu'il se concentre sur le jeu s'il voulait devenir le meilleur."

Un attaquant complet, et très spectaculaire

Memphis a compris le message. Contraint d'évoluer dans l'ombre de Dries Mertens en 2012/13, le jeune prodige néerlandais a explosé cette saison après le départ du Belge à Naples. Sur son aile gauche, il s'est révélé comme l'homme incontournable de l'attaque du PSV Eindhoven. Et l'un des joueurs les plus spectaculaires du championnat néerlandais. Il est celui qui a tenté le plus de tirs par match (5,1), celui qui a réussi le plus de dribbles (3,2 par match) et l'un de ceux qui a adressé le plus de passes clés, celles qui aboutissent à des occasions de but (2,7 par match). Pour sa première saison en tant que titulaire, il a signé 12 buts et 7 passes décisives. De quoi convaincre définitivement Louis van Gaal, qui l'avait fait débuter en sélection en octobre dernier, de l'emmener au Brésil.
Le tweet d'Opta Johan
Le sélectionneur néerlandais n'a pas eu à regretter son choix jusqu'ici. Sorti du banc, Memphis a trouvé le moyen d'être décisif en donnant la victoire aux Pays-Bas face à l'Australie (3-2) d'un tir lointain, devenant au passage le plus jeune joueur néerlandais à marquer en Coupe du monde. Il a récidivé en inscrivant le but qui a scellé le succès oranje sur le Chili (2-0) en reprenant un centre d'Arjen Robben. Un joueur auquel il est souvent comparé pour sa faculté à reproduire la même action, qui consiste à repiquer dans l'axe avant de frapper vers le but adverse. Memphis a bien d'autres cordes à son arc. Sa vitesse, son dribble, sa qualité de frappe et son intelligence dans ses appels en font un attaquant très complet. Et un cauchemar pour des défenseurs qu’il n’a pas fini de martyriser.

Memphis Depay est entré dans l'histoire de la sélection des Pays-Bas en marquant contre l'Australie

Crédit: AFP

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