A l'instar de l'équipe de France, qui a dû attendre le dernier quart d'heure pour se tirer du piège nigérian, l'Allemagne arrive en quart de finale après un match difficile face à une courageuse sélection d'Algérie. Sortie en tête du groupe F, la Mannschaft avait démarré fort face au Portugal (4-0) avant de ralentir la cadence avec des prestations moins abouties face au Ghana (2-2) et aux Etats-Unis (1-0).  Après un nouvel échec en demi-finale lors de l'Euro 2012, Joachim Löw a multiplié les tests sur le plan tactique. Depuis le début du tournoi, plus rien ne bouge : le 4-2-3-1 "à la Klopp ou Heynckes" a laissé place à un 4-3-3 qui renvoie au Bayern de Pep Guardiola. Lahm évolue d'ailleurs dans l'entrejeu. Autre particularité partagée avec la Belgique, Löw s'appuie sur une défense composée uniquement de défenseurs centraux (Höwedes à gauche, Boateng à droite, Mertesacker et Hummels dans l'axe). Au milieu, l'homme à tout faire du Bayern est accompagné de Kroos et Schweinsteiger ou Khedira. Devant, la blessure de Marco Reus durant la préparation a consacré le trio Özil-Götze-Muller.

Sans le ballon : un pressing à déjouer 

Défensivement, la solidité de l'Allemagne repose avant tout sur la solidarité entre ces différentes lignes. Dès la perte de balle, les efforts sont faits pour perturber la relance adverse et la ralentir, afin de permettre à l'ensemble de se replacer pour ensuite repartir de l'avant. Les trois milieux de terrain ainsi que Thomas Muller en attaque sont les moteurs de ce pressing, censé faciliter la tâche de l'arrière-garde. Hummels et Mertesacker ne sont toutefois pas en reste, auteurs d'excellente prestation depuis le début du tournoi. Une fois dans son camp, l'Allemagne peut ressortir à tout moment grâce aux courses de son attaquant de pointe, qui permet la remontée du bloc.
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Crédit: Panoramic

Toutefois, ce schéma défensif n'est pas sans risque. L'Algérie l'a montré en huitième de finale : quelques passes suffisent pour mettre à mal le pressing allemand, particulièrement sur les côtés où Höwedes et Boateng manquent de mobilité face à leurs adversaires directs. Les Fennecs avaient ainsi su déjouer la pression en redoublant les passes pour ensuite dégager un joueur capable de lancer les attaquants dans la profondeur ou de renverser le jeu. Adepte du jeu en une ou deux touches de balle depuis le début du tournoi, les Bleus devront poursuivre dans ce registre et compter sur la qualité de Valbuena, Benzema ou Griezmann dans le jeu court pour recréer ce genre de situations. Une option à quitte ou double toutefois, puisque le moindre déchet technique peut offrir une munition aux Allemands en contre-attaque.

Avec le ballon : un manque de profondeur 

Or depuis le début du tournoi, c'est bien sur ce genre d'attaques rapides que la Mannschaft brille. Car en étant construite autour d'un milieu de terrain à forte consonance bavaroise, son animation souffre évidemment du manque de présence offensive de ses latéraux lorsque l'adversaire est replacé. A gauche comme à droite, Höwedes, Boateng et Mustafi n'ont quasiment pas pesé dans le camp adverse depuis le début du tournoi. Capables de finir des actions commencées côté opposé, leur apport est toutefois bien trop sporadique pour être une véritable menace pour l'adversaire. Ils n'ont notamment aucun impact à la création et ne lancent jamais de mouvements depuis leurs couloirs.
Dès lors, la majeure partie des actions de l'Allemagne démarre depuis l'axe du terrain. Associés à un joueur plus "box-to-box" (Khedira ou Schweinsteiger), Philip Lahm et Toni Kroos sont les dépositaires du jeu de la Mannschaft. Limiter leur influence est capital pour l'adversaire. L'Algérie a d'ailleurs, là aussi, montré l'exemple au tour précédent. En renforçant son milieu de terrain (Mostefa, Lacen, Taïder), Vahid Halilhodzic avait toujours un joueur capable de sortir sur les milieux allemands pour les presser ou au moins les contenir. 
Ce travail dans l'axe entraînait les décrochages d’Özil et/ou Götze dans l'entrejeu afin de prendre en main la création et soulager leurs milieux de terrain. Mais ces déplacements des deux soutiens de Thomas Muller n'étaient pas sans conséquence : l'attaquant du Bayern se retrouvait esseulé dans le dernier tiers du terrain et la défense algérienne, présentée comme le point faible des Fennecs, profitait de cette situation confortable pour repousser les tentatives allemandes. 

Mesut Özil exulte après avoir assuré la qualification de l'Allemagne aux dépens de l'Algérie (Mondial 2014)

Crédit: Panoramic

La formation de Joachim Löw a toutefois su se tirer de ce mauvais pas avec les entrées de Schürrle et Khedira, ainsi qu'avec le repositionnement de Lahm dans le couloir droit. Les deux premiers ont posé des problèmes à l'organisation algérienne par leurs courses et leur capacité à se projeter dans les trente derniers mètres. Khedira avait d'ailleurs déjà eu un rôle capital dans ce registre face au Portugal lors de la 1re journée : le milieu de terrain du Real Madrid montait dès qu'il le pouvait, compensant les déplacements du trio Muller-Özil-Götze dans les autres zones du terrain (ailes, milieu). Malheureusement pour l'Allemagne, sa saison quasi blanche avec le Real Madrid fait qu'il manque encore de rythme et ne peut enchaîner les matches. Il ne serait toutefois pas surprenant de le voir dans le onze titulaire vendredi soir au vu de son importance sur le plan tactique.
Sur ce point, Joachim Löw en a d'ailleurs dit un peu plus sur ses intentions lors de sa conférence de presse. Au centre des discussions depuis le début du tournoi, Philipp Lahm restera au milieu de terrain (à moins d'une intox...). Cela signifie que l'Allemagne poursuivra sans véritables latéraux. Les incertitudes concernent donc les postes offensifs et le choix des joueurs qui épauleront Muller : auteur d'une très bonne entrée face à l'Algérie, Schürrle pourrait ajouter du poids dans le dernier tiers du terrain et libérer un peu plus l'attaquant du Bayern, capable de faire la différence sur les ailes comme sur le premier but inscrit face à l'Algérie.

Philippe Lahm, joueur clef.

Crédit: Imago

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