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"La pire Russie de l'histoire" est au pied d'une montagne

"La pire Russie de l'histoire" est au pied d'une montagne

Le 13/06/2018 à 22:57Mis à jour Le 14/06/2018 à 19:53

COUPE DU MONDE - La Russie a toutes les raisons de douter au moment d'ouvrir sa Coupe du monde face à l'Arabie saoudite (jeudi à 17h00). Est-elle en mesure d'éviter le fiasco annoncé ? Rien n'est moins sûr.

Tous les yeux seront forcément braqués sur elle. La Russie va apprendre à vivre la vie d'un pays organisateur d'une Coupe du monde. Elle n'est pas de tout repos en général. Elle promet de ne pas l'être pour elle en particulier. La sélection de Stanislav Cherchesov a trop de motifs d'inquiétude au moment de débuter son tournoi face à l'Arabie saoudite. Et trop de raisons de craindre d'imiter l'Afrique du sud, seul pays hôte dans l'histoire du Mondial à ne pas avoir réussi à franchir le premier tour en 2010.

Une crise de résultats

Le piètre match nul face à la Turquie (1-1) la semaine passée serait presque rassurant pour les Russes. Car ils restaient sur trois défaites lors de leurs trois précédentes sorties en 2018, face au Brésil (0-3), la France (1-3) et l'Autriche (1-0). Mais il n'a pas permis à la Russie de mettre fin à la disette. Elle en est désormais à sept matches consécutifs sans victoire et il faut remonter à octobre 2017 pour retrouver la trace d'un succès pour l'équipe de Cherchesov, face à la Corée du Sud (4-2).

Une série qui ne fait que confirmer les difficultés de la Russie depuis la nomination de son sélectionneur en 2016. En 18 rencontres, les Russes ne se sont imposés que cinq fois, pour cinq nuls et huit défaites. Cherchesov affiche un ratio assez catastrophique de 27,7% de victoires et la Russie n'occupe aujourd'hui que la 70e place du classement au FIFA. Aucune équipe n'est moins bien classée parmi les participants à cette Coupe du monde. Et la Russie n'était jamais tombée plus bas que la 66e place avant cela.

  • Quelle raison d'espérer ?

A défaut d'avoir signé une victoire marquante sous l'ère Cherchesov, les Russes ont réalisé deux nuls face à des nations réputées en 2017, la Belgique (3-3) et l'Espagne (3-3). Ils restent capables de signer des performances. Même si elles se font rares.

Stanislav Cherchesov

Stanislav CherchesovGetty Images

Une indigence dans le jeu

La crise de résultats des Russes n'est pas due au hasard. Elle traduit surtout les grandes difficultés rencontrées par la sélection de Cherchesov dans le jeu. Les lacunes sont multiples. La défense en premier est handicapée par les absences de deux joueurs clés (Gueorgui Djikiya, Viktor Vasin) et paie des erreurs récurrentes de placement. Elle concède beaucoup d'occasions. En mars, les Brésiliens avaient ainsi adressé pas moins de 24 tirs, dont 13 cadrés, sur le but du pauvre Igor Akinfeev. Quelques jours plus tard, la France avait frappé 14 fois sur le but russe, comme l'Autriche le 30 mai.

Et en plus de cette fébrilité défensive, la Russie est confrontée à une indigence offensive. A l'image de ce match face à l'Autriche durant lequel elle n'a tiré que quatre fois. A l'image surtout du seul tir cadré des Russes sur leurs deux dernières sorties. Il y a un manque criant de qualité individuelle dans un secteur offensif amputé de l'un de ses meilleurs éléments, Aleksandr Kokorin, forfait sur blessure. L'équipe de Cherchesov manque ainsi d'arguments dans les deux surfaces. Forcément, ses performances s'en ressentent.

  • Quelle raison d'espérer ?

Les Russes ont montré des ressources mentales, justement dans les matches évoqués plus haut face à la Belgique et l'Espagne, en remontant au score après avoir été menés. Ils ont aussi des qualités dans le défi physique. Il leur faudra les exploiter au maximum pour compenser leurs limites techniques.

La Russie s'est inclinée en Autriche

La Russie s'est inclinée en AutricheGetty Images

Le pessimisme ambiant

Le moral des Russes tient sur un fil. Ils ont été chahutés par le public moscovite pour leur dernière sortie avant le Mondial face à la Turquie. Ils sont aussi très critiqués par la presse. "C'est le pessimisme ambiant autour de l'équipe, expliqué Artem Butorin, notre confrère d'eurosport.ru. L'équipe se fait détruire par les médias. Tous les experts et les journalistes s'accordent à dire que la Russie n'a aucune chance de passer les poules. Et que cette équipe est la pire dans toute l'histoire de la nation." Mais au moins, les critiques ne se centralisent pas forcément sur les joueurs.

Elles concernent d'abord Cherchesov, guère aidé par les multiples blessures qui se sont abattues sur son équipe. Mais il est surtout critiqué pour son incapacité à exploiter le potentiel de son équipe. "Pour son salaire aussi, souligne Artem Butorin. Il gagne 2,5 millions d'euros par an, c'est l'un des coaches les mieux payés du Mondial. C'est totalement indécent, il n'a jamais été un grand entraîneur." Son cas illustre la crise qui touche le football russe. Et la Russie est loin de dégager l'unité dont elle a plus que jamais besoin à l'aube de son Mondial.

  • Quelle raison d'espérer ?

Débuter face à l'Arabie Saoudite, certainement son adversaire le plus abordable dans le groupe A. Une victoire peut créer un engouement populaire et médiatique, et ainsi galvaniser les joueurs russes pour les deux autres matches de poules. Un succès obligatoire pour déjouer les pronostics et éviter ce fiasco qui semble promis à la Russie.

Aleksey Miranchuk

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