Il n'y avait probablement pas de moment plus mal choisi pour se rendre à Florence. Depuis mardi et le départ annoncé de Dusan Vlahovic à la Juventus Turin, club à la rivalité historique de la Viola, c'est toute une ville qui hurle sa colère et se sent trahie. Encore. Comme si Chiesa, Bernardeschi et bien évidemment Baggio n'avaient pas suffi. Il suffisait d'ouvrir l'édition de mercredi de La Nazione, quotidien généraliste italien basé à Florence, pour comprendre l'ambiance du moment : "La farce est finie" ou encore le "déchirement" avec une photo arrachée du buteur serbe. On évitera de mentionner les banderoles insultantes et racistes autour du Stadio Artemio Franchi.
Alors, un conseil : si jamais vous aviez prévu de vous balader du côté du Ponte Vecchio ces jours-ci, évitez de parler de football. Ou alors d'un autre sujet, comme la venue de la sélection italienne du côté de Coverciano, un quartier de la zone est de la ville. Là où se trouve précisément le centre technique national de la Fédération italienne de football, soit le "Clairefontaine" italien. Mais sachez que le sujet n'est pas forcément moins épineux.

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Si Roberto Mancini a décidé de convoquer pas moins de 35 joueurs pour un stage de mobilisation de trois jours, débuté mercredi, ce n'est pas vraiment pour se refaire le film du dernier triomphe à l'Euro 2020. Mais plutôt pour tenter d'éviter un nouveau désastre. Plus de quatre ans après sa qualification manquée au Mondial en Russie, l'Italie craint en effet revivre le même cauchemar en vue du Qatar. Mais cette fois en qualité de championne d'Europe. Encore pire.
Expédiée en barrages par la Suisse lors des qualifications, la Nazionale va (en plus) tester la nouvelle formule souhaitée par la FIFA. Plus de confrontation aller-retour. Mais une demi-finale face à la Macédoine du Nord le 24 mars à Palerme puis, en cas de succès, une finale en Turquie ou au Portugal. La sélection qui l'emportera verra le Qatar. Les autres resteront devant la télé. Un scénario que la botte a connu une fois. Pas deux, si possible. Et elle est prête à tout pour se l'épargner.

Balo is back

Seul face au vide depuis le 15 novembre dernier et un triste 0-0 en Irlande du Nord, Roberto Mancini a beaucoup gambergé. Pendant que chacun est reparti dans son quotidien de clubs, joueurs, tifosi et observateurs, le sélectionneur italien, lui, veut préparer au mieux un rendez-vous crucial pour tout un pays, d'où cette volonté d'organiser ce rassemblement improvisé. Il doit tout d'abord régler un problème qui dure depuis trop longtemps : celui du buteur.
Si Ciro Immobile est toujours installé sur le trône de co-meilleur buteur de Serie A avec 17 buts, ses prestations en sélection (15 buts en 54 sélections) continuent de diviser. Mais il reste quand même le choix numéro 1 du "Mancio". Derrière, son ami et doublure Andrea Belotti connaît une saison tourmentée au Torino. Gianluca Scamacca, lui, explose avec Sassuolo cette saison, au point d'être promis à un grand club l'été prochain. L'Italie voit en lui le futur numéro 9 de sa sélection. Mais dans le doute, c'est un certain Mario Balotelli qui a été rappelé.
Mais où en est Mario Balotelli ?
Même si Mario n'est plus vraiment "Super", celui qui n'a plus porté le maillot azzurro depuis plus de trois ans et semblait perdu pour la cause, après une demi-saison à Monza (en Serie B) puis un départ en Turquie, à Adana Demirspor, a été rappelé par Mancini. "La technique ne s'oublie pas, c'est comme les coups de poings pour un boxeur. Mario frappe comme peu d'autres, en décembre il a marqué des trente mètres", a assuré dans la Gazzetta dello Sport son entraîneur en Turquie, Vincenzo Montella. "Mario représente une opportunité dans ce moment particulier, s'est justifié Mancini en conférence de presse mercredi. Nos portes sont toujours ouvertes. Le rappeler, ce n'est pas un signe de désespoir. (...) Il faut comprendre comment il se sent physiquement. Techniquement, il n'a jamais été remis en cause. Il va également falloir qu'il s'intègre parfaitement dans un groupe qui travaille merveilleusement bien. Ce qu'il m'a promis? Absolument rien... Il a été appelé comme d'autres ont été appelés. On est curieux de le revoir après un peu de temps. Il ne doit rien me promettre, comme je ne dois rien lui promettre. On va évaluer s'il peut donner un coup de main."
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Avec 9 buts et 5 passes décisives en 21 matches, l'ancien attaquant de l'OM rêve justement d'endosser la cape de super-héros pour sauver son pays d'une nouvelle apocalypse. Mais il n'est pas le seul. L'avant-centre de Cagliari Joao Pedro, né au Brésil il y a 29 ans et naturalisé selon les règles de la FIFA, fait aussi partie de ceux qui ont trois jours pour séduire Mancini en vue de l'échéance de mars.

Un stage pour inculquer de "nouvelles idées"

Si l'idée de ce stage peut paraître comme incongrue en France, ce n'est pas vraiment une première en Italie. En quoi va-t-il consister ? "Une mise à jour tactique", pouvait-on lire dans les colonnes de La Gazzetta dello Sport en début de semaine. Au programme : un premier entraînement sur le terrain qui s'est déroulé mercredi, une leçon tactique, vidéo et didactique ce jeudi matin, avant un autre entraînement dans la foulée. Pour conclure, un match d'entraînement vendredi à 10h30 avant le retour dans les clubs respectifs, qui ont accepté de libérer leurs joueurs pour le bien de la sélection. Ils n'en étaient pas obligés, puisque ce n'était pas une "date FIFA".
Preuve de l'importance du rendez-vous : Leonardo Bonucci et Lorenzo Pellegrini, blessés, sont également présents en qualité d'observateurs. "Mancini souhaite apporter des nouveautés à son jeu, qui a enthousiasmé tout le monde à l'Euro mais que tout le monde a appris à connaître et affronter, rapportait le quotidien. Il travaille dans deux directions : accroître le poids offensif de son équipe et expérimenter une nouvelle forme tactique à utiliser en cas d'urgence." Le tout dans un huis clos total, avec interdiction d'accès aux journalistes.

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Si le sélectionneur italien ne "renoncera pas à l'âme de son équipe", il souhaite "pouvoir utiliser une autre forme de milieu de terrain" au cours d'un match. "Plus physique, plus offensive et moins de possession", comme peut l'être le fameux "double play" Jorginho-Verratti. Le 4-3-3 reste le schéma de référence, mais un passage au 3-5-2, en fonction de la physionomie d'une rencontre, pourrait être envisagé. "On ne doit pas changer notre jeu, juste le varier", a reconnu Mancini. Nicolò Zaniolo pourrait avoir une carte à jouer.
Avec Federico Chiesa, blessé et absent pour au moins 7 mois, le joueur de l'AS Rome est probablement l'un des plus talentueux de la nouvelle génération. Après un an et demi quasiment sans compétition en raison de deux graves blessures aux genoux, il est temps pour lui de briller en sélection. José Mourinho, son entraîneur, utilise ses qualités de percussion sur l'aile droite mais aussi régulièrement comme second attaquant de soutien. Avec l'Italie (8 sélections, 2 buts), l'attaquant de 22 ans n'a rejoué qu'une demi-heure en septembre mais postule pour les barrages. Son pays attend beaucoup de lui. Mancini aussi.
Le Mondial ? Peut-être même que nous le gagnerons...
Italie-Macédoine, c'est dans 56 jours. C'est beaucoup trop ou pas assez, tout dépend des points de vue. Mais de l'autre côté des Alpes, on préfère se dire que tout ira bien. Du moins en apparence. Comme pour dégager des ondes positives et, surtout, ne pas dramatiser une situation qui pourrait plomber l'humeur d'un groupe qui a difficilement supporté la dernière ligne droite des qualifications.

"Avec l'Italie, l'Euro ne pouvait pas rêver plus beau vainqueur"

"Si on ira au Mondial ? Je suis totalement confiant, et peut-être même que nous le gagnerons…", avait carrément lancé Mancini après la discussion en Irlande du Nord. "Redevenons un groupe à part et nous irons au Mondial avec encore plus de confiance", lui emboîtait le pas Gabriele Gravina, le président de la Fédération italienne de football.
"Quelque chose s’est enrayé, reconnaissait toutefois Leonardo Bonucci. Après l’Euro, nous nous sommes rendu la vie difficile. Nous devons recharger nos batteries pour le mois de mars. Nous devons trouver l’équilibre, la détermination et, surtout, l’insouciance de l’Euro. Il faut que nous entrions sur le terrain avec la légèreté et la force du groupe qui a fait de nous des champions d’Europe (…) Nous devons retrouver ce plaisir collectif d’entrer sur le terrain. Retrouvons le sourire et la légèreté. Si nous retrouvons l’envie d’être une équipe, nous irons là-bas et nous ferons une grande Coupe du monde". Huit ans après la dernière, les tifosi ne demandent que ça.
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