"Le Portugal participe à cette qualification en tant que candidat au titre de champion du monde. Il faut arriver avec la certitude de pouvoir la gagner. Ce serait la cerise sur le gâteau pour ce pays". C’est par ces propos tenus le 7 décembre 2020 que le sélectionneur Fernando Santos avait commenté le tirage de la poule éliminatoire pour le Qatar 2022. Or, au Portugal, en marge des réserves raisonnables qui avaient accompagné l’annonce d’un objectif aussi ambitieux, très peu doutaient de la sincérité de celui qu’on surnomme "l’ingénieur" : Fernando Santos croit l’exploit possible au Qatar.
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Après tout, récemment, Jamie Carragher avait pronostiqué pour The Telegraph une place de finaliste pour la formation lusitanienne. Selon l’ancienne gloire de Liverpool, à condition de finir d’abord premier du groupe H (Ghana, Uruguay, Corée du Sud), le Portugal s’engagerait dans un tableau où sa supériorité manifeste lui ferait triompher de la Suisse en 8ème, de la Croatie en quarts et de l’Angleterre en demie. Mais le bon Jamie voyait les hommes de Fernando Santos s’incliner en finale face à l’Argentine, sacrée championne du monde...

Une génération dorée

Si le Brésil, la France ou l’Espagne apparaissent a priori comme favoris de l’épreuve, le Portugal se présente avec un statut d’outsider. Mais d’outsider renforcé ! Comme les Bleus en 1998, qu’on imaginait juste atteindre le dernier carré. Voilà pourquoi personne n’exclut tout à fait la probabilité de voir la seleçao triompher. Sans doute parce qu’elle aligne une nouvelle "génération dorée", la plus brillante et la plus complète pour beaucoup d’observateurs au pays.

Cristiano Ronaldo à l'entrainement avec Ruben Dias avant le début du Portugal dans la Coupe du monde 2022.

Crédit: Getty Images

Depuis quelques saisons, on observe une incontestable montée en puissance du football portugais, notamment à travers la multitude de grands joueurs qui essaiment dans les grands championnats (Dias, Cancelo, Cristiano Ronaldo, Joao Felix, Vitinha, Bernardo Silva, Rui Patricio, B. Fernandes, Leão). Or, c’est cette réussite à l’étranger qui avait rendu les Bleus de Jacquet très compétitifs au moment de la Coupe du monde 1998 : les Tricolores d’alors brillaient en Serie A (meilleur championnat européen des années 90), comme aujourd’hui les Portugais sont nombreux à briller en Premier League (meilleur championnat actuel). Seul le volume de joueurs est différent car le réservoir lusitanien (10 millions d’habitants) est moindre que celui de la France en 1998 (60 millions).
Et comme pour le football français des années 90, c’est d’abord grâce à l’excellence de sa formation que le football portugais a su atteindre une masse critique de nombreux sélectionnables de haut niveau, préalable indispensable à toutes les ambitions élevées lors des grands tournois internationaux. Résolument engagé dans une politique de formation d’élite, le Benfica qui vient de sortir des pépites comme Gonçalo Ramos (21 ans) et Antonio Silva (19 ans), présents au Qatar, a dépassé le Sporting, longtemps numéro 1 national des clubs formateurs ayant façonné récemment l’attaquant prodige Rodrigo Ribeiro (17 ans) ou Nuno Mendes (20 ans, PSG). Même le FC Porto, troisième club historique du pays, se met au diapason de cette politique de formation qu’il abandonnait jadis à son voisin, Boavista…

Le Portugal peut s'appuyer sur une jeunesse triomphante

Comme pour France 98, c’est d’abord la dynamique de la jeunesse, formée dans l’excellence, qui booste aujourd’hui la sélection portugaise. Les résultats des sélections de jeunes l’attestent depuis une dizaine d’années. A l’Euro, les U19 ont atteint les demies en 2013, 2016 et 2017, la finale en 2014 et 2019 et ont été sacrés en 2018. A l’Euro, toujours, les U21 ont été finalistes en 2015, tout comme en 2021 où la qualité de leur jeu collectif a épaté, tout comme leurs nombreuses individualités passées aujourd’hui chez les A (Diogo Costa, Dalot, Vitinha, Gonçalo Ramos, Leão). Pour l’édition 2023, le Portugal est dores et déjà annoncé favori et son excellent sélectionneur, Rui Jorge, serait pressenti pour succéder prochainement à Fernando Santos.
Mais la richesse de la jeunesse portugaise se manifeste aussi en clubs, notamment en Youth League : depuis 2014, les rookies de Porto et du Benfica ont disputé six finales et ont en sus remporté deux victoires (Porto 2019 et Benfica 2022). Globalement, au niveau des talents formés au pays, à travers les résultats des clubs (sections jeunes) et des sélections, le Portugal vient se placer en second derrière la France, toujours Numéro 1 en Europe, voire dans le monde. C’est grâce à sa formation et l’afflux de jeunes talents que le football français est parvenu sur le toit du monde en 1998 et 2000.

De nombreuses similitudes avec France 98

Le Portugal en prend le chemin : sacré ou non en 2022, il se positionne quand même favorablement pour les tournois à venir… Sans oublier que les A ont déjà balisé la trajectoire vers le succès : malgré deux éliminations précoces en 8ème à la dernière coupe du monde 2018 et à l’Euro 2021 où il n’a pas non plus été véritablement surclassé, le Portugal a quand même gagné l’Euro 2016, son premier titre international, ainsi que la Ligue des Nations. Preuve que le Portugal sait désormais gagner ! Les coupes d’Europe, C1 et C3, où Benfica et Porto figurent régulièrement apportent aux deux locomotives du foot national un regain de compétitivité et d’expérience qui aguerrissent les futurs internationaux. A l’indice UEFA, les clubs portugais talonnent régulièrement la France, 5ème, aux moyens financiers plus conséquents et dopés par un PSG hors norme…

Cristiano Ronaldo à l'entrainement avec la sélection portugaise.

Crédit: Getty Images

Comme la France en 1998, le Portugal partira donc comme outsider pas facile à manœuvrer et qui possède les quelques individualités qui peuvent faire la différence, au milieu et en attaque. Sur les côtés, les latéraux brillants (Cancelo, Guerreiro, Nuno Mendes) savent apporter le surnombre et créer des déséquilibres. On s’accorde à dire que, sur le papier, le Portugal possède bien l’une des meilleures équipes du plateau, qu’il jouera sans la pression du "champion d’Europe en titre" qu’il portait sur ses épaules à l’Euro en 2021 et qu’il ne supportera pas non plus l’étiquette de "génération dorée" qui avait lourdement pesé à chaque tournoi sur la bande à Figo, Rui Costa et autres Fernando Couto.
L’âge moyen actuel de la Séleçao qui frôle les 27 ans place le Portugal dans la bonne moyenne des vainqueurs potentiels des coupes du monde depuis 1998. Et contrairement à beaucoup d’équipes arrivées au Qatar et plombées par de nombreux forfaits de joueurs importants, la Séleçao ne déplore qu’un seul absent marquant, Diogo Jota. Comme pour les Bleus de Jacquet en 1998, on déplore toutefois le style trop "prudent", trop restrictif dicté par Fernando Santos. Or, il n’y a pas besoin d’être spectaculaire pour gagner la Coupe du monde : le style vieux croco patient et qui mord subitement convient désormais mieux aux grandes compétitions et ce Portugal est profilé pour aller loin à coups de 1-0 face aux gros. Gagner un Mondial 2022 qui s’inscrit dans un calendrier international exceptionnel, hyper resserré, s’accomplira selon une opération commando, en allant à l’essentiel, sans faire de prisonniers ! Et le Portugal semble avoir ce profil-là…

L'inconnue CR7

Reste l’inconnue Cristiano Ronaldo… Le tourbillon médiatique qui l’a accablé depuis ses sorties incendiaires sur MU et Erik Ten Hag n’a-t-il pas contribué à parasiter la sérénité du groupe ? Ce serait oublier qu’en 1998 l’équipe de France avait subi un déferlement médiatique encore plus hostile avec les polémiques autour des six exclus de Clairefontaine, de l’incompétence supposée d’Aimé Jacquet, de la compatibilité contestée de la paire Zidane-Djorkaeff, du favoritisme envers Dugarry ou de la guerre larvée entre Lama et Barthez !
CR7 vient de rompre avec le club mancunien et se recentre sur ce qui pourrait bien être sa dernière Coupe du monde : "Je me sens bien. Je me suis préparé pour commencer de la meilleure des façons ce Mondial et l’équipe est prête. La pression est toujours la même. Je suis capable d’assumer." Et dans le jeu ? Sans Ronaldo, le Portugal "joue mieux". Mais c’était vérifiable surtout contre les petites équipes. Face aux grosses équipes, il reste l’atout offensif de choix qui bénéficie toujours de l’appui inconditionnel de Fernando Santos. On déplore que sa personnalité XXL et son jeu qui accapare l’espace offensif de la Séleçao de façon parfois trop exclusive inhibe l’expression de Bruno Fernandes et Bernardo Silva. Mais on peut aussi objecter que ces deux stratèges arrivés à maturité au plus haut niveau en club doivent aussi prendre enfin leurs responsabilités et trouver la meilleure coordination avec un CR7 qui n’ignore plus qu’il n’est plus aujourd’hui l’arme fatale unique qu’il avait été.
Forcément revanchard et pas trop épuisé, Ronaldo n’a pas dit son dernier mot : son duel à distance avec Messi, telle la pub Vuitton où les deux stars s’affrontent aux échecs, va reprendre. Enfin, les questionnements sur son âge (37 ans) ne doivent pas faire oublier qu’en 2014 Miroslav Klose avait été sacré champion du monde à un âge tout aussi canonique (36 ans)…
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