Rarement, y compris lorsqu'il était plus haut dans la hiérarchie des favoris, le Portugal n'avait attendu le coup d'envoi de son premier match de Coupe du monde avec tant d'impatience. Ce n'est pas que la Seleção soit emplie d'une confiance débordante - encore que - mais les derniers jours furent particulièrement éprouvants. Le séisme de l'interview du Cristiano Ronaldo et sa rupture de contrat avec Manchester United ont alourdi l'atmosphère autour d'un groupe qui n'avait pas franchement besoin de ça pour ressentir le poids du "Capitão".
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"Je ne peux pas lui pardonner, il a triché"
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Depuis que l'effectif de Fernando Santos s'est réuni, aucun des joueurs conviés en conférence de presse n'a échappé à la ribambelle de questions portant sur CR7. Et chacun de leurs faits et gestes a fait l'objet d'une analyse sociologique.
Il y a d'abord eu la vraie-fausse poignée de main glaciale entre Bruno Fernandes et son leader, qui n'était en réalité rien d'autre qu'une boutade. Puis un geste d'humeur impliquant encore le quintuple Ballon d'Or, cette fois-ci avec João Cancelo, après que le latéral a perdu un duel avec João Félix.

Habitués à être dans l'ombre

La vie d'un groupe, en somme. "Le groupe est blindé et uni, a assuré Ronaldo face à la presse, en début de semaine. Je suis certain que ça [son interview] n'affectera pas la concentration dans le vestiaire." Et Fernando Santos, premier adjudant de la star, d'ajouter : "Nous sommes habitués à ce que quatre ou cinq questions sur Ronaldo soient posées durant les conférences de presse."
Il n'empêche, un évident agacement, aperçu chez Bernardo Silva ou Bruno Fernandes, semblait aussi traduire autre chose. Peut-être est-ce simplement lié au contexte. Peut-être n'est-ce pas un hasard non plus qu'il s'agisse précisément de ces deux joueurs-là, alors que leur influence sur le jeu de la sélection grandit à mesure que celle de l'homme aux 181 capes se réduit. Comme si son omnipotence devenait moins acceptable, maintenant qu'il n'est plus tout à fait irréprochable sur le terrain.

Dembélé, "mieux qu'en 2018 mais il n'en a pas assez montré"

Les deux milieux de terrain et tous les autres, qui constituent une génération "au potentiel énorme", de l'aveu de Cristiano, ont déjà démontré qu'ils savaient aussi se débrouiller sans lui. C'était il y a une semaine face au Nigéria (4-0), où chacun des talents, y compris les plus jeunes - João Félix fut le meilleur exemple - a pu jouer son jeu sans être aimanté par son idole.
Dans les matches décisifs, c'est lui qui est là
C'était aussi lors d'autres matches plus lointains, en Ligue des Nations (Italie, Pologne...). Mais jamais lorsque la pente s'est élevée, puisque depuis quatre ans, Ronaldo s'est toujours débrouillé pour être là quand ça comptait.
Bref, l'échantillon est encore trop petit pour matérialiser une impression générale qui, entre l'Atlantique et la frontière espagnole, n'est pas encore majoritaire. Selon un sondage réalisé pour plusieurs grands quotidiens nationaux, 59,5% du peuple estime que Cristiano Ronaldo doit encore être titulaire. Ce qui veut quand même dire que deux Portugais sur cinq aimeraient le voir s'installer sur le banc. Et au sein d'une sélection où chacun considère encore CR7 comme "le meilleur joueur du monde", Fernando Santos le premier, le sujet est encore tabou.

Les Bleus ont-ils été aussi convaincants que ça ?

"Ils peuvent dire que l'équipe est meilleure sans lui, soulignait Ricardo Quaresma, qui a passé toute sa carrière dans son ombre, lors d'un entretien à O Jogo il y a quelques mois. Mais dans les matches décisifs, c'est lui qui est là." Le CV du bonhomme lui a conféré une interminable immunité. La génération dorée, deuxième du nom au Portugal, n'est elle pas éternelle. Ronaldo, lui, a déjà assuré qu'il sera, de manière sûre et certaine, à l'Euro 2024. Gare au gâchis.
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