La grève du bus des Bleus, le premier sacre de l'Espagne... La Coupe du monde 2010 a été marquée par ces deux événements. Un Mondial qui s'est tenu pour la toute première fois sur le continent africain et qui a changé le visage de l'Afrique du Sud, selon l'organisateur Danny Jordaan. "Grâce à cet héritage notre pays dispose de quelques-unes des meilleures infrastructures de tout le continent", résume-t-il dans un entretien accordé à l'AFP.

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Comme un symbole, le patron de la Fédération sud-africaine de football (SAFA) a installé ses bureaux dans le fameux stade de Johannesburg, théâtre de la finale de 2010. Sur les dix enceintes où se sont disputées les 64 rencontres de la compétition, la moitié, dont ce fameux FNB Stadium, ont été spécialement construites pour l'occasion. A l'exception d'un seul - celui de Rustenburg (nord-ouest) - tous ces stades accueillent toujours des rencontres de foot ou de rugby, y compris féminines.

"Nous avons aujourd'hui plus de 400.000 femmes qui jouent au foot", se réjouit Danny Jordaan, en ajoutant que les dix dernières années ont vu éclore toute une génération de femmes arbitres et d'entraîneures. "Sa" Première ligue féminine se targue de ses 144 équipes (réparties entre les neuf provinces sud-africaines) et de ses 2.800 joueuses. Quant à l'équipe nationale, elle a intégré en 2018 le top 50 du classement de la FIFA (48e à l'époque). Aujourd'hui, les Banyana Banyana sont retombées en 53e position.

L'image forte de ce Mondial 2010 : Andres Iniesta offre le succès à l'Espagne face aux Pays-Bas.

Crédit: Imago

Dix ans plus tard, le président de la SAFA s'étonne encore qu'il ait fallu si longtemps pour que l'Afrique décroche l'organisation de son premier événement sportif planétaire. "Le doute avait été instillé dans les esprits que les Africains et l'Afrique n'avaient pas la capacité de livrer en temps et en heure les infrastructures, analyse-t-il. Nous n'en avons d'ailleurs pas encore fini avec cet afropessimisme".

Mais le pays fut au rendez-vous. Après six ans de travaux herculéens et une facture salée de 1,7 milliard d'euros, les métros, lignes ferroviaires, routes et infrastructures de télécommunications étaient toutes prêtes au coup d'envoi de la compétition, le 11 juin 2010. "Après 2010, l'Afrique est devenue une destination pour le tourisme et pour les investissements", souligne Danny Jordaan. Le très huppé Forum économique mondial sur l'Afrique s'y est ainsi déjà réuni à deux reprises.

"De continent sans espoir, l'Afrique est devenue celui des opportunités, celui de l'avenir. Plus personne ne peut ignorer l'Afrique aujourd'hui, estime-t-il. Être africain et de classe mondiale n'est plus contradictoire. Plus jamais nous n'accepterons qu'ils nous pressent leur genou sur le cou." Une allusion au mouvement planétaire de protestation né après la mort de George Floyd. S'il devait émettre un seul regret au bilan de "sa" Coupe du monde, Danny Jordaan citerait le peu de succès remporté par les fameuses vuvuzelas, ces longues trompettes en plastique, auprès des supporteurs étrangers.

Les vuvuzelas ? Les Européens n'aimaient pas leur son. Ils le comparaient à celui d'un essaim d'abeilles en colère

"Les Européens n'aimaient pas leur son, s'esclaffe-t-il. Ils le comparaient à celui d'un essaim d'abeilles en colère..." Plutôt que leur vacarme assourdissant, Danny Jordaan préfère se souvenir de la clameur qui a soulevé le stade lors de l'apparition, le jour de la finale, du premier président noir du pays, l'icône Nelson Mandela, décédé en 2013. "Il était déjà frêle et malade mais il avait insisté pour être là", se rappelle, ému, le patron de la SAFA. "Ce fut sa toute dernière apparition en public", conclut-il.

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