C'est l'histoire d'un Italien au Qatar. Non, on vous arrête tout de suite, ceci n'est pas le début d'une blague. Mais bien une histoire vraie. Oui, il y a bien une pointe d'Italie à la Coupe du monde, et ce malgré l'absence de la Nazionale de Roberto Mancini. Pour représenter le pays quatre fois champion du monde, Andrea Stramaccioni, que le Qatar a appris à connaître depuis un an et demi, est bien présent L'ancien entraîneur de l'Inter Milan (2012-2013) et l'Udinese (2014-2015), véritable globe-trotteur de la planète foot après être passé par le Sparta Prague (République tchèque) ou encore l'Esteghlal Téhéran (Iran), a en effet décidé de rejoindre le club d'Al-Gharafa, basé à Doha, en juillet 2021.
Si l'histoire s'est terminée il y a peu, "Strama", l'homme qui a infligé à la Juventus sa première défaite dans son nouveau stade en 2012 après 49 matches d'invincibilité, a décidé de rester encore un peu au Qatar. La raison est compréhensible : assister à la 22e édition de la Coupe du Monde de football. Pour l'occasion, la Rai a décidé de le recruter dans le rôle de commentateur et consultant. Depuis un an et demi, l'Italien a en effet suivi de près la préparation de tout un pays à ce moment historique. Pour Eurosport.fr, il a accepté de répondre à toutes nos curiosités, de son avis sur les infrastructures à l'accueil des supporters, tout en passant par les polémiques sur les droits de l'homme et les initiatives prises par certaines équipes pour protester. Entretien.
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Enfin un petit coin de ciel "azzurro" au Qatar...
Andrea Stramaccioni : Oui... (sourires) Mais la déception de ne pas voir la Nazionale ici reste immense, la plaie est encore ouverte. On aurait mérité d'être ici après notre titre à l'Euro et notre récent parcours en Nations League. Malheureusement, ce n'est pas le cas, probablement à cause d'une approche post-Euro pas idéale. Il y a eu aussi beaucoup de malchance. Les deux penalties ratés (de Jorginho contre la Suisse, ndlr), les occasions contre la Macédoine du Nord... Je continue toutefois de croire en Roberto Mancini et je suis certain que nous serons là au prochain Mondial.
Vous avez récemment commenté la défaite de l'Argentine face à l'Arabie Saoudite, avez-vous été surpris ?
A.S : Cela a surpris le monde entier, oui ! Hervé Renard a préparé le match parfait. J'ai vu une équipe très courte et avec un hors-jeu presque exaspérant qui a piégé l'Argentine tout le match. Durant les dix premières minutes de la deuxième période, je pense que toute la magie du football a été réunie, avec toute l'exaltation d'une équipe inférieure sur le papier. Mais en mettant toutes ses valeurs sur le terrain, de l'organisation à la passion en passant par son coeur, elle a réussi à marquer deux buts magnifiques. Le deuxième a été inscrit par Salem Al-Dawsari, un grand protagoniste du football du Golfe. C'est l'un des plus grands talents de cette partie du monde, un peu le "Del Piero" local.
La qualification s'est sérieusement compliquée pour l'Albiceleste...
A.S : Oui, mais je pense qu'elle reste l'une des favorites du tournoi. J'espère, pour le bien du Mondial, que l'Argentine apprendra de cette défaite et qu'elle réagira lors des deux prochains matches. Le nul entre le Mexique et la Pologne est une aubaine dans l'optique d'une qualification.
C'est complètement fou
Le Mondial a débuté dimanche dernier. Comment le pays s'était-il préparé à cette Coupe du monde ?
A.S : Pour eux, c'est quelque chose de très grand. C'est un événement national, qui va bien au-delà du sport. C'est le nom de toute une nation envoyée au monde, une préparation qui a duré des années. Ces derniers mois, ici, c'était un vrai chantier. Une fois terminé, j'ai vu une grande euphorie dans le pays. L'organisation est vraiment exceptionnelle et dingue. Tout a été calculé et réglé au détail près.
Mais selon vous, le pays était-il prêt pour accueillir un tel évènement ?
A.S : Pour moi, oui. Absolument. Après, je suis curieux de voir ces centaines de milliers de spectateurs ici dans cette grande ville, qui est moins grande que "ma" ville de Rome. Tout ce que je peux vous dire, c'est que l'organisation a été impressionnante. Tout est orienté sur la compétition, au point que les écoles sont fermées ici. Chaque activité est réglée en fonction du Mondial.
Que pouvez-vous nous dire sur les infrastructures mises en place ?
A.S : Les stades sont modernes et avant-gardistes. Sept stades ont été construits exprès pour la Coupe du monde, et ils n'appartiennent donc à aucun club. Ce n'est pas comme San Siro pour Milan et Inter, ou l'Olimpico pour la Roma et la Lazio... J'ai joué dans certains de ces stades avec mon équipe, je suis resté impressionné par ce que j'ai vu. Les spectateurs vont découvrir les toutes dernières technologies, avec des ingénieurs venus du monde entier.
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Ils vont même pouvoir voyager dans un train reliant le stade de Al Khawr, qui se trouve tout au nord, à celui d'Al Wakrah, qui se trouve à l'opposé...
A.S : J'habite justement en face de cette voie ferroviaire. Elle était prête depuis plusieurs mois, et a été inaugurée par l'Emir lui-même avec le capitaine de la sélection. C'est un train qui relie les huit stades et permet d'aller de Al Khawr à Al Wakrah en 25 minutes à peu près, pour un total d'environ 70-80 kilomètres. Si un supporter le souhaite, il peut donc assister aux quatre matches du jour. C'est complètement fou.
Le sport a contribué à accélérer un changement nécessaire
Il y a énormément de polémiques sur les droits de l'homme au Qatar. Quel est votre sentiment, vous qui avez également assisté à la révolte des femmes lors de votre passage en Iran ?
A.S : C'est un fait depuis maintenant quelques années. C'est quelque chose de regrettable, même si le Qatar est en constante évolution. Moi, j'ai une vision personnelle de tout ça. Je pense qu'il ne faut pas politiser le sport. Plus que jamais, le sport a justement permis de mettre la lumière sur une série de choses pas forcément belles, de droits non respectés. Pour obtenir ce Mondial, le Qatar a également dû se mettre en adéquation avec une série de droits fondamentaux. Le sport a contribué à accélérer un changement qui était nécessaire. Il faut qu'il continue à l'avenir.
Malgré le refus de la FIFA de porter les brassards "One Love", certaines équipes continuent de véhiculer des messages contre les discriminations.
A.S : Je pense que c'est une très bonne chose. C'est dans la bonne direction et cela favorise la liberté d'expression. Il faut toujours faire valoir les valeurs auxquelles on croit.
Vous êtes resté sur place malgré votre séparation avec Al Gharafa. Comment vous sentez-vous au Qatar ?
A.S : Ces deux années ont été très belles avec mon club, j'ai eu plusieurs satisfactions sportives avec une équipe très jeune, dont notamment d'avoir atteint la finale de la Coupe de l'Emir. Cela m'a permis de connaître d'ailleurs l'Emir en personne, puisqu'il m'a invité à déjeuner le lendemain. Cette saison, nous étions bien partis en championnat. Après le Mondial, ici, il y aura la Coupe d'Asie et les choses vont changer. Nous avons ainsi pris la décision commune de se séparer sans aucune animosité, j'ai toujours une excellente relation avec mon ancien club que je remercie. Je reviendrai en Italie après la Coupe du monde.
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Pouvez-vous nous raconter cette histoire des nombreuses amendes infligées à vos joueurs ?
A.S : Nous les Italiens, on est toujours un peu rigides avec la tactique, les règles (rires). Ici, disons que l'approche était différente. Si tu dois être à l'entraînement à 17h, par exemple, c'est que tu dois y être avant 17h, pas 17h01. Ici, tu pouvais arriver à 17h05. Au début, j'ai donc infligé des amendes, notamment des retenues sur les salaires des joueurs. Mais ici, cela ne faisait aucun effet (rires). Un jour, un membre iranien de mon staff m'a dit : 'Mister, désolé de vous le dire, mais ici les amendes ne servent à rien. La condition moyenne des joueurs qataris est très bonne et ils sont plutôt riches'. Nous avons donc décidé de changer de méthode. 17h01 : le joueur était exclu de l'entraînement. Et même de certains matches. L'Émir m'a remercié en disant que j'avais 'européanisé' Al-Gharafa. Je raconte cette histoire avec le sourire car je reste très lié à mes anciens joueurs, je voulais juste transmettre une nouvelle mentalité.
Le Qatar a manqué son entrée en lice face à l'Equateur, que pensez-vous du niveau de cette sélection ?
A.S : Cela reste le Champion d'Asie en titre. C'est une sélection qui a préparé cette compétition depuis plusieurs mois, puisque les internationaux ont été appelés pour se rassembler à la mi-mai. Ils n'ont pas pris part au début du championnat. Moi, je n'ai pas eu à disposition certains de mes joueurs, autant dire que ça peut surprendre... Mais ici, c'est la Fédération qui a les droits des joueurs, pas les clubs. C'est inversé par rapport à l'Europe, où les clubs mettent à disposition les joueurs. Ce n'est pas une sélection qui peut rivaliser avec les grosses équipes, mais elle peut se reprendre.
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