On n’a pas attendu octobre 2021 pour avoir de gros doutes sur la Coupe du monde 2022. Sur sa tenue au Qatar. Sur les conditions de son attribution. Sur les dates retenues pour qu’elle soit disputée dans des conditions climatiques que l’on ne qualifiera pas de décentes, mais de physiologiquement acceptables, simplement.
Et puis, voilà qu’on a découvert, grâce à nos confrères de L’Equipe, ce qu’on présageait depuis longtemps et ce qui pendait au nez des internationaux et de leurs sélections : les heureux élus qui disputeront la 22e Coupe du monde de football de l’histoire n’auront pas le droit au "full package" classique, mais disputeront un Mondial mal né et mal fagoté, jusqu’à être phagocyté.
En effet, une circulaire de l’UEFA, datée de juillet 2021, demande à ce que les internationaux soient mis à disposition des trente-deux nations qualifiées le 14 novembre. Pour une compétition qui débutera pile une semaine plus tard, à savoir le 21 novembre. Bref, ça ressemble comme deux gouttes d’eau à un bras d’honneur adressé aux sélectionneurs, à leur travail et aux sélections nationales.
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24/06/2022 À 16:33

Gianni Infantino et Aleksander Ceferin lors d'un match de foot

Crédit: Getty Images

Sept jours chrono

Juste avant l’Euro, à l’occasion d’une interview qu’il nous avait accordée, Didier Deschamps nous avait rappelé combien le temps passait vite en sélection, toujours un peu plus, alors que les équipes nationales n’ont jamais disputé autant de matches.
“C’est factuel : avant la Coupe du monde 2014, j’ai eu 30 jours de préparation. Aujourd'hui, j’en ai 20.“
Avant le Mondial 2022, dont les Bleus sont très proches puisqu’une victoire face au Kazakhstan le 13 novembre prochain les y enverra, DD aura le droit à sept jours grand maximum pour préparer la défense du titre glané en Russie. Royal au bar.
Sept jours, soit le temps de… ne rien faire. Peut-être un match de préparation, quand même. Parce que les Bleus, s’ils ont de la chance au tirage et se retrouvent dans les groupes G ou H, démarreront la Coupe du monde le 24 novembre. Et auront donc dix jours pour se mettre en ordre de marche. La moitié du temps qui leur a été imparti avant l'Euro, si vous avez tout bien suivi.
L’avantage, c’est que ça ne changera pas tellement des rassemblements actuels, toujours plus ramassés et rabougris. Le dernier des Bleus, consacré à la Ligue des Nations, a été bâclé en six jours. Six jours, cinq entraînements (dont deux décrassages) et deux matches. En septembre, on avait eu droit à 3 matches en 9 jours. Une autre aberration.

A quoi jouent-ils ?

On ne sait pas si l’UEFA a décidé de rétrécir le temps pour faire plaisir aux clubs ou ne pas trop les agacer alors que le Mondial est placé au pire moment de l’année (et ça, les clubs n’y sont pour rien), pour déplaire à la FIFA et contrer son désir hégémonique (FIFA qui n’a pas non plus envie de faire de cadeaux à l’UEFA) ou, ce n'est pas exclure, parce que l’UEFA n’a pas d’autre choix. Un peu des trois, sans doute. Mais à l’arrivée, c’est le football qui va payer les pots cassés.
La Coupe du monde est censée être le pinacle absolu du jeu. La prochaine, on va l’évacuer comme une vulgaire Coupe de la Ligue, entre la poire et le fromage. Sans préparation, ni rien. Sans respect pour les joueurs. Sans considération pour les sélectionneurs. Sans égard pour les spectateurs/consommateurs. Physiquement, cela ne sera pas forcément un souci pour les participants, qui n'arriveront pas rincés comme c'est régulièrement le cas en fin de saison. Mais le symbole est catastrophique au possible.
Par le plus grand des hasards, cette information de L’Equipe est tombée quelques minutes après une nouvelle sortie d’Arsène Wenger - vous savez l’homme qui rêve d’un autre football et d’une Coupe du monde tous les deux ans. Lors d’une rencontre avec la presse à Paris, en amont des Journées de l’arbitrage, l’ancien manager d’Arsenal, désormais directeur du développement du football mondial à la FIFA, s’est laissé aller à une petite confidence que voici : "Il y a de fortes chances pour que le hors-jeu soit automatisé en 2022. Je suis tenu au secret, mais ça sera la prochaine des grandes évolutions de l'arbitrage." Tous les jours, une nouvelle idée. Ils voudraient tuer le football qu’ils ne s’y prendraient pas autrement.

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