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Culture foot, culture club : encore un effort, le PSG

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Culture foot, culture club : encore un effort, le PSG

Crédit: Eurosport

ParCédric Rouquette
14/12/2014 à 10:19
@CedricRouquette

Sur le papier, ça ne doit pas faire un pli. Le PSG se rend à Guingamp cet après-midi pour le compte de la 18e journée. Tout autre résultat qu’une victoire parisienne nourrirait le scepticisme qui entoure, avec plus ou moins de justesse, le cru 2014-2015 du club de la capitale.

A ma gauche, le dix-septième de la Ligue 1, ex-lanterne rouge, qui a fêté sa qualification pour les 16es des finale de la Ligue Europa sur le terrain du PAOK Salonique comme un exploit historique ; à raison au vu de ses moyens et son statut. A ma droite, le double champion de France. Une armada de joueurs de premier plan qui fait la fine bouche après avoir terminé derrière le Barça en Ligue des champions, suite à sa seule défaite de la saison, mercredi au Camp Nou (3-1). Quoiqu’il arrive au Roudourou puis lors de Monaco-Marseille (21 heures), le PSG restera placé pour se succéder à lui-même au palmarès de la Ligue 1, mais quelque chose nous dit que dans le climat ambiant, Nasser Al-Khelaïfi est susceptible, en cas d’absence de victoire, de faire connaître sa façon de penser, publiquement ou non. Et que Laurent Blanc ne sera pas loin [Le Parisien].

Que le PSG soit susceptible de faire autre chose que marcher sur son adversaire en Bretagne, c’est pourtant, très simplement, la loi du sport et le risque encouru par tout compétiteur. C’est un scénario plausible. Le dernier déplacement du club de la capitale s’est soldé par un nul (1-1) à Lille, une équipe qui possède le même nombre de points que l’En Avant. Le passé récent enseigne que Paris a horreur de ces matches chez les petits budgets de la L1 à ces moments de la saison où il ne dégage pas la plus totale sérénité. Les heures les plus difficiles de l’ère QSI correspondent à ce type de rendez-vous. La défaite à Nice en novembre 2012 et celle à Reims en mars 2013 eurent raison de la patience de Nasser Al-Khelaïfi mais surtout celle de Carlo Ancelotti, l’entraîneur d’alors, trop mal à l’aise avec le manque de recul de ses dirigeants [So Foot]. Les deux défaites à Annecy contre Evian-Thonon-Gaillard, en Coupe puis en L1, en 2013, avaient elles aussi suscité une forme de sidération. Que Guingamp s’ajoute à la liste, poussé par trois victoires consécutives, est une ambition que les hommes de Jocelyn Gourvennec aiguisent secrètement, n’en doutez pas.

Entre impatience et volonté de laisse mûrir le club, Paris n'a pas choisi

Quoiqu’il arrive ce soir, on pourra disserter à foison sur ce qui manque au PSG sur le plan technico-tactique ou sur le marché des transferts, l’impression dominante de la semaine est que le club rencontre une difficulté persistante à porter son propre projet. La seule chose à peu près officiellement certaine est que le PSG veut tout gagner, notamment la Ligue des champions. Jusqu’à l'arrivée du fair-play financier, il était limpide que tous les moyens étaient bons pour y parvenir. Mais l’absence de consensus sur le délais raisonnable d’accomplissement nous révèle, davantage chaque mois, un club incapable de régler sa communication. Entre l’ambition d’y arriver le plus vite possible et celle consistant à se donner le temps de laisser mûrir les choses, Paris n'a toujours pas choisi. Quelques institutions du foot européen ne se sont pas gênées pour parler du club français avec une forme de condescendance. Après le Bayern, contestataire assumé, et le Barça mardi [Le Parisien], Mourinho s’y est mis au nom de Chelsea, tandis qu’Ancelotti ne se prive plus depuis longtemps de communiquer sur une forme d’amateurisme entre l’actionnariat et son rapport au football. C’est beaucoup et c’est un signe.

En France, la bienveillance autour de la figure de Nasser Al-Khaleïfi a été rompue de façon brutale, voire ouvertement démagogique, par Bernard Laporte dès jeudi. L’outrance de la posture ne suffit pas à faire oublier la scène qui fut à l’origine de ce déferlement. Je reste confondu par le processus qui peut conduire un homme si responsable et respecté qu’Al-Khelaïfi à réagir sous le coup de l’émotion au point de critiquer, sobrement mais quand même, les choix tactiques du cadre le plus important dans une organisation sportive : son entraîneur. Si Carlos Ghosn, le PDG de Renault, allait voir un directeur d’usine lui expliquer comment faire son planning de production, cela me ferait exactement le même effet.

En agissant comme il l’a fait à Barcelone, Al-Khelaïfi soulage peut-être son agacement, mais il fragilise son entraîneur, donc son organisation interne, donc son équipe. Qu’il le veuille ou non. Evidemment, en qualité de patron opérationnel, il fait ce qu’il veut. Il peut même se débarrasser de Laurent Blanc avant la fin de saison s’il estime cet acte conforme à l’intérêt de son club. Mais il mesure déjà le risque d'un tel empressement : ne pouvoir attirer, à l’avenir, sur le banc de touche parisien, que son sixième ou septième choix, comme il dut le faire l’été 2013 en désignant Laurent Blanc après la reprise après le refus de pointures méfiantes.

Quand Zlatan pensait qu'il n'y avait rien eu avant QSI

L’intéressé, lui, subit. Au fil des conférences de presse, il enchaîne les maladresses, jamais très sérieuses, mais parfois spectaculaires. Comme ce samedi. Dans la quête de Ligue des champions, Blanc milite pour la patience. Il a raison sur le fond, sans dissimuler que la patience sans horizon fixe est une forme de protection. Elle l’a conduit à ce raccourci hasardeux : "Barcelone a mis 60 ans avant de gagner sa première Ligue des champions". En réalité, la coupe d’Europe des clubs champions - ancêtre de la Ligue des champions - va fêter ses soixante ans la saison prochaine et le Barça mit exactement trente-six ans à la remporter si le point de départ de la quête doit être placé à la saison 1955-1956! Un entraîneur n’est pas historien ou journaliste. Il n’est pas question d’amplifier la portée de cette déclaration. Mais un cadre de ce niveau ne peut pas se hasarder à pareille déclaration sans mesurer ce que cela révèle de son manque de culture professionnelle au sens large ; que dirait-on d’un ministre inventant une fausse date de naissance pour la Ve République ?

Ce manque de culture générale autour du projet parisien actuel est lisible à tous les échelons. Il est le signe d'un court-termisme avec lequel le PSG n'a pas le luxe de composer. J’ai du mal à ne pas rapprocher ces épisodes de celui d’il y a un an, lorsque Zlatan Ibrahimovic clamait que le public du Parc, avant son époque, "n’avait rien" [RMC]. Rien ou presque... Une Coupe d’Europe figurait à son palmarès depuis dix-sept ans, la Coupe des coupes 1996. Celle dont Thiago Motta avouerait quelques mois plus tard ne pas connaître l’existence [TF1]. Si le PSG a remporté huit Coupes de France, il ne le doit sûrement pas à l’ère QSI. Et les grandes heures européennes du club de la capitale remontent bien aux années 90 et à cette série de cinq demi-finales entre 1993 (ah, le Real Madrid...), dont une en C1 (1995), et deux finales consécutives en 1996 et 1997. Cette série n’a pas encore eu de succession digne de ce nom. Le manque de recul avec lequel avait été accueillie la victoire contre Barcelone lors de la 2e journée (3-2) m’avait d’ailleurs frappé, qu’il s’agisse du contenu du match lui-même ou de sa portée historique réelle.

En réalité, le Barça n’a pas mis trente ans à gagner la Ligue des champions. Entre le moment où il en a fait un projet et sa réalisation, il a mis quatre ans, entre l’arrivée de Johann Cruyff en 1988 et la victoire contre la Sampdoria en 1992, comme le relate en détail Guillem Balagué dans son Histoire Illustrée du FC Barcelone récemment parue aux éditions Hugo Sport. Quatre ans au cours desquels le club a tracé un sillon, ne l’a jamais lâché malgré de nombreux remous internes, et a construit cette réussite autour de la figure d’un entraîneur pétri de conviction et d’autorité. Johann Cruyff avait ses certitudes et quelques comportements discutés. Mais il inscrivait son action dans le cadre d’une institution qu’il avait appris à connaître et à respecter ; et avec un peu moins de concurrence, il faut le reconnaître. Son héritage y est encore très fort. Quitte à se comparer avec le Barça, poussons la logique jusqu'au bout : on ne sent pas, pour l'instant, le PSG engagé dans un processus aussi mature. Et ça, c'est par définition la responsabilité du sommet de l'organigramme.

Cédric ROUQUETTE
Twitter : @CedricRouquette

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