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La troisième Coupe d’Europe ? Des miettes aux "petits" pour que les "gros" se gavent entre eux

La troisième Coupe d’Europe ? Des miettes aux "petits" pour que les "gros" se gavent entre eux

Le 11/09/2018 à 15:47Mis à jour Le 11/09/2018 à 17:05

COUPES D’EUROPE – L’UEFA et l’ECA sont tombés d’accord : une troisième Coupe d’Europe devrait être recréée à l’horizon 2021. Elle serait destinée aux petits pays, qui s’éloigneraient encore un peu plus de la prestigieuse et rémunératrice Ligue des champions. Sous couvert d’une idée démocratique - permettre à plus de clubs de participer -, c’est l’élitisme qui triomphe.

Du rêve à la réalité, il n’y a qu’un pas. Surtout quand on a de l’argent. Dix-neuf ans après la mort de la Coupe d'Europe des Vainqueurs de Coupe et la réduction du contingent des compétitions européennes à deux, l'UEFA et l'Association des Clubs Européens (ECA), dirigée par Andrea Agnelli, ont mis sur les rails l'idée du retour d'une troisième coupe d'Europe dès la saison 2021/2022. Sur le papier, ça ressemble à une bonne nouvelle. On a bien dit "sur le papier", parce que dans les faits, c'est une autre paire de manches.

Déjà, soyons clairs : on ne va pas revenir au triptyque Coupe des champions (Ligue des champions) / Coupe des Vainqueurs de Coupes / Coupe de l'UEFA (Ligue Europa). Oubliez cette organisation sensée des compétitions européennes qui, il y a bien longtemps, ressemblait à une grille de lecture claire et rationnelle du foot continental. La première des compétitions accueillait les champions nationaux (C1), la deuxième les vainqueurs des coupes nationales (C2) et la troisième, enfin, était dévolue aux clubs ayant accroché une place d'honneur en championnat la saison précédente (C3). C'était net et précis. Et, si certains jugent que ce n’était pas forcément mieux avant, ce n’était assurément pas plus mal.

Et puis, le football a changé et pris la voie du "tout pour les gros". Jusqu'à faire de la Ligue des champions un club semi-fermé qui tend un peu plus (grâce à l'annonce du jour notamment) à clore ses portes au nez de ceux qui rêvent encore d'y pénétrer sans avoir les poches pleines. Jusqu'ici, ils avaient la Ligue Europa, devenue une deuxième division continentale, pour se consoler. En 2021, ils auront une troisième coupe d'Europe pour aller voir ailleurs.

Un os à ronger pour les "petits pays"

Pour qui cette nouvelle coupe d’Europe ? Eh bien pour les petits qu'on va pousser sous le tapis pour ne plus les voir en Ligue des champions, ni même en Ligue Europa. Parce que cette compétition serait avant tout réservée aux "petites nations" dont le coefficient UEFA est jugé trop faible pour accéder à la cour des grands ou des moyens. Pour faire simple : on donne un minuscule os à ronger aux "petits pays" et on laisse la moelle aux puissants. Une certaine idée du sport où l'incertitude n'a plus sa place parce qu’elle ne remplit pas les caisses.

A l'image de ce que l'UEFA a fait avec les équipes nationales et sa Ligue des nations qui ne mélange plus les genres pour des raisons financières, l'institution européenne s'apprête à doublonner ce modèle en coupes d'Europe pour de mauvaises raisons.

Champions League: Draw

Champions League: DrawGetty Images

Evidemment, l'Association des Clubs Européens, sous couvert de défendre le football de clubs alors qu’elle protège surtout ceux qui se trouvent en haut de la pyramide, est ravie. Andrea Agnelli en tête. Le président de la Juventus Turin et de l'association assure ainsi à la Vieille Dame et ses riches amis de ne plus croiser des équipes qui risqueraient de plomber leurs comptes par leur attrait économique incertain. D'ailleurs, vous avez sans doute remarqué que le lancement de la troisième coupe d'Europe est prévu pour 2021.

Le hasard fait bien les choses puisque c'est précisément cette année-là que la Ligue des champions (avec son nouveau format qui fait déjà la part belle aux quatre pays les plus puissants) pourra être réorganisée et ouvrira un nouveau cycle des droits TV. Mon petit doigt me dit qu'elle se refermera un peu plus et tendra vers le rêve ultime d'Agnelli, Rummenigge et les autres : une ligue fermée. Mon petit doigt me dit, aussi, que si l’on excepte le PSG version QSI, la France, nation moyenne qui se voit plus belle qu’elle ne l’est, sera de moins en moins la bienvenue au banquet.

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